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The American

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Le réalisateur de « Control », biopic sur les derniers jours de Ian Curtis et Joy Division, laisse de côté la musique, son univers de prédilection, pour un scénario à la James Bond en Italie. Dans le rôle principal, Georges Clooney. What else ?

Jack, ou Edward pour les intimes, tue, frappe, surprend. Agent secret au service de Pavel, son boss, il court se cacher dans les Abruzzes, au nord de Rome, après une fusillade qui a mal tournée. C’est alors qu’il rencontre une prostituée italienne, gracieuse et impulsive, prête à tout donner pour découvrir son secret… et lui faire tout arrêter.

De la guitare au gun

Après l’excellent Control (2007), Anton Corbijn marque, le temps d’un film, une rupture avec la musique, son métier premier étant photographe et journaliste musical. Avec un scénario adapté du livre A Very Private Gentleman, le film suit le changement de cap d’un agent en plein doute, en pleine reconversion.

Georges Clooney très sombre

On a connu Georges Clooney tueur de vampires et criminel, séducteur, investigateur, mais pour la première fois, il se montre triste et vide. Un regard cerné, une lassitude de la vie, une déprime plus que passagère : dans The American, l’acteur donne à voir un personnage atone qui justement tente de renouer avec une forme de vie, sans armes et sans pression. Avec une précision extrême des détails – des pièces constitutives d’un fusil de chasse silencieux à la lingerie fine portée par Violante Placido ou les cheveux mis en pli de Thekla Reuten – Corbijn montre une fois de plus sa qualité de réalisateur et la beauté qu’il accorde à l’enchaînement des scènes.

Malgré un cadre géographique sublime – le village de Castel del Monte, avec ses maisons historiques accolées et ses ruelles moyenâgeuses, vues du ciel dans le film – et des acteurs bons dans leurs rôles, le scénario manque terriblement de rebondissements et d’action. Les scènes s’enchaînent avec une certaine douceur, dans un rythme lent et sans péripéties. Seule la fin apporte un côté « thriller » à The American, qui jusque là apparaissait comme plat et assez longuet.


Un fossé entre le livre et le film

Quant au côté excentrique du personnage principal du roman, le film oublie simplement de le montrer, avec pour seul rappel un papillon tatoué dans le dos de Jack – sa passion dans le livre. Envolés donc les espoirs d’une folie, d’une histoire moins lisse et moins clichée. Avec un titre tel que The American, une référence constante aux dires que l’on porte à ce pays et ses habitants, un café « américain » et autres dialogues sur la langue anglaise, se fait sans doute jour la faille profonde du film : une surenchère de déjà-vu mettant de côté l’esprit so british du bouquin, son humour typiquement l’anglais.

La beauté des paysages et du cadre de tournage a sans doute influencé le réalisateur, laissant ainsi de côté l’action, insistant sur la personnalité mystérieuse de son personnage principal. Déception donc, sachant que le regard peu conventionnel de Anton Corbijn en fait d’ordinaire un réalisateur plus concerné par ses films, spectateur avant tout, mais toujours en quête d’émotions nouvelles.

Titre original : The American

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Durée : 103 mn


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