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Ténor

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En dépit de ses clichés, Ténor est un très beau film, un authentique conte moderne, que l’on ne peut que recommander.

Ce beau film, que d’aucuns peuvent ne pas avoir aimé en raison des clichés qu’il véhicule sciemment, est un conte moderne et c’est ainsi qu’il faut apprécier son côté naïf lorsqu’il nous présente un Candide de banlieue à la découverte de l’Opéra Garnier et de sa musique. C’est un conte en effet qui se situe en grande partie dans le prestigieux opéra parisien après des années de tractations avec la direction. Cet exploit le place de plain-pied avec La Grande Vadrouille qui avait déjà eu l’honneur quelques cinquante ans auparavant de pouvoir se tourner in situ. Le réalisateur, fils de Claude Zidi, et dont c’est, à quarante ans, le premier long métrage, est très conscient de cette chance justement parce que la beauté du lieu lui a permis de proposer un beau contraste avec la banlieue parisienne où vivent les personnages et de donner à son conte un décor sublime qui porte toute la suite du film. « C’est un travail de longue haleine, sur plusieurs années, mené par Raphaël mon producteur pour convaincre les responsables de l’Opéra, déclare-t-il dans le dossier de presse du film. L’avantage avec Garnier, c’est que tout est beau, où que vous placiez votre caméra. Mais ce qui est compliqué en revanche, c’est de ne pas en faire trop, du style « regardez comme c’est magnifique » avec le risque de détourner l’attention du spectateur vers le décor au détriment des personnages et de l’intrigue… Montrer ce lieu unique sans qu’il ne vampirise le film a été une affaire d’équilibre ! »

Le film raconte l’histoire d’un jeune homme, Antoine, qui vit à Bagnolet dans une cité. Il a entrepris des études de comptabilité pour faire plaisir à son frère aîné mais il passe le plus clair de son temps à faire le guet pour couvrir les combats clandestins de boxe de son frère et à participer à des battles de rap qui dégénèrent souvent en clash entre cités voisines et ennemies. C’est un univers bien terne et un peu désespérant même si Antoine ne manque ni d’amitiés, ni d’amour, ni de talent. Mais il est ce qu’on appelle un tchatcheur qui, le jour, gagne sa vie en livrant des sushis dans le neuvième arrondissement de Paris, tout près de l’Opéra Garnier. Un jour, pour remplacer son ami d’enfance qui souffre de phobie de la pluie, c’est lui qui se rend à l’Opéra pour livrer des makis à une jeune chanteuse. Sa vie va se trouver transformée comme dans les contes puisqu’il y croisera madame Loyseau qui ne manquera pas de remarquer sa voix alors qu’il vient de se prendre de bec avec un de ses jeunes élèves méprisants en se mettant à chanter un air d’opéra. Madame Loyseau, ancienne cantatrice et professeur de chant, le prendra alors sous son aile pour lui montrer sa voie et lui ouvrir la voix. De la battle au bel canto, en somme.

Le projet mûrissait dans l’esprit de Claude Zidi Junior depuis très longtemps, mais il a mis plus de six ans à monter la production du film grâce à l’aide de Raphaël Benoliel, producteur entre autres de Stephen Frears, Woody Allen, Tom Hooper, Alfonso Cuaron, Lasse Hallström. Il se trouve que ce film qui met en scène un personnage qui ne parvient pas si facilement à sortir de sa condition sociale et à trouver sa place dans le monde sera cependant le ferment pour imposer un jeune chanteur découvert par l’émission The Voice, Mohamed Belkhir, dont le nom de scène en tant que rappeur est MB14. Ténor, en le mettant notamment en relation avec Roberto Alagna et les grands airs d’opéra, lui donnera l’opportunité de réaliser un rêve d’enfance : faire du cinéma et chanter de l’opéra. Il est bien aidé en cela aussi par Michèle Laroque, absolument crédible dans le rôle d’une professeur de chant fantasque et malade qui lui fait découvrir malgré elle tous les grands arias dont un sera d’ailleurs chanté en direct par le ténor Alagna sur la scène de l’opéra sous les yeux ébahis d’Antoine. Ce film ne perd donc pas son caractère de conte puisqu’il est à la fois fantastique au sens propre du terme, émouvant et bien sûr pédagogique dans sa manière de donner une leçon de vie, de tolérance et d’humanisme qui trouve son point d’acmé dans la séquence finale où tous ses potes de banlieue sont entrés en force dans la salle de l’Opéra alors qu’Antoine passe son audition pour son admission comme chanteur de l’Opéra de Paris.

Parti d’une idée venue par hasard dans l’esprit du réalisateur, comme toutes les bonnes idées du reste, Ténor est une comédie moderne qui possède l’humour et la modestie aptes à délivrer un message aux jeunes contemporains parfois bien désillusionnés à cause des compartiments créés par notre société. Si seulement, il pouvait donner envie à certains de pousser la porte de Garnier et d’écouter tous ces airs qui flottent dans son atmosphère féerique et chatoyante et qui font résonner les cœurs à plusieurs reprises dans le film : Pelléas et Mélisande de Debussy, La Traviata de Verdi, Madame Butterfly de Puccini, Lucia de Lammermoor de Donizetti, Nessun Dorma de Puccini, etc. Les propos du réalisateur accordés au dossier de presse du film résument bien cette passion qui l’a guidé depuis le début de son projet et l’a aidé à en faire un grand film : « Tout part d’un feu rouge à Saint-Ouen devant lequel je m’arrête en scooter. En face de moi se trouve un établissement scolaire et j’aperçois deux ados, une fille et un garçon, en train de danser un rockabilly au milieu de leurs potes ! J’y ai vu un contraste formidable : logiquement ça n’allait pas ensemble mais c’était pourtant très beau et j’ai immédiatement imaginé la même chose entre le rap et l’opéra… J’adore la musique et l’idée de marier ces deux genres apparemment si opposés m’intéressait beaucoup. Il y avait également la possibilité d’étendre ce contraste à la différence entre la banlieue et l’Opéra Garnier. D’un côté un urbanisme contemporain qui, on le sait, vieillit assez mal et de l’autre un bâtiment plus ancien qui, lui, est de plus en plus beau. » Décidément, depuis quelques années le cinéma s’accorde à donner du brillant à l’opéra et à la danse et l’année 2022 aura été très riche en la matière puisqu’elle nous a donné aussi à voir En corps de Cédric Klapisch et Alors on danse de Michèle Laroque, qui sont tous deux des hommages à la danse.

 

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Durée : 100 mn


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