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Sex Friends

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Réflexion autour du concept des amis « et plus si affinités », voici Sex friends : fausse comédie sexuelle mais vraie sitcom chaste qui semble croire que le mieux, c’est d’en parler.

Il faut avoir vu Love et autres drogues, à peine plus tôt dans l’année, pour prendre la véritable mesure de la frilosité d’Hollywood en matière de représentation du sexe à l’écran. Couplé avec Sex Friends, les deux films donnent facilement à théoriser sur la question. Parler de cul, d’accord ; le pratiquer, ok aussi, mais sous les draps, en soutien-gorge et sans amour. C’est d’ailleurs ce qui frappe le plus, aussi bien chez Zwick que Reitman : à quel point, dès que le sentiment amoureux s’installe, le sexe fout le camp. Autre point commun : ce sont les filles les plus libertines, elles qui ne veulent pas d’une relation installée, mais seulement d’un partenaire sexuel à consommer dès que l’envie leur prend. Le rêve de n’importe quel mec, en somme, si ce n’est dans Sex Friends, où Adam (Ashton Kutcher) aimerait beaucoup qu’Emma (Natalie Portman) s’engage un peu plus.

 
C’est là le pitch d’un film forcément hautement prévisible, comédie balisée et très en dedans des clous, où (presque) tout fait du sur-place pendant 1h45. Après plusieurs coups d’un soir avortés depuis une quinzaine d’années, Adam et Emma deviennent "friends with benefits". Elle est médecin interne, accroc au boulot et donc incapable d’une relation sérieuse ; lui scénariste frustré, assistant de prod’ pour une série qui ressemble à s’y méprendre à Glee, et doit gèrer un père célèbre pour une vieille sitcom à succès et qui, comble du comble, lui a piqué son ex. Ils baisent indifféremment à l’hôpital, entre deux portes cochères, chez elle, chez lui, sobres ou alcoolisés. Ces retrouvailles sous les draps à heures plus ou moins fixes vont naturellement avec quelques règles de base : pas de rendez-vous, pas de petit-déjeuner commun, pas de sentiments.

Sex Friends se voudrait enlevé, vif et désinhibé. En fait, c’est plutôt mou, longuet, et terriblement chaste. Si Natalie Portman claironne partout en interview que le film est féministe, qu’il veut dire le droit des femmes au sexe sans conséquence, il tendrait plutôt à prouver que les galipettes occasionnelles ne sont que le témoin d’une solitude acharnée. Que le sexe, au final, est en bien en-deça de l’amour, et ne saurait constituer le fondement d’une histoire dans les normes. Constat plutôt triste et arriéré d’un cinéma américain qui, défaussé de ses Apatow, Farrelly et cie, semble ne pouvoir se résoudre à autre chose que la frilosité quand il s’agit de montrer à quoi ressemble le sexe dans la vraie vie. Ici, les scénaristes préfèrent encore les situations/lieux/positions cocasses à la bestialité.

Pourtant, Ivan Reitman a quelques bonnes idées, de celles qui vont dans le sens de ses collègues plus gonflés. Par exemple, le film s’ouvre sur deux ados coincés, qui n’osent pas s’aborder, genoux tremblants et œil dans le vague. Finalement, le garçon se lance : « je peux te doigter ? » Là, Sex friends propose une approche crue mais réaliste d’une sexualité naissante qui n’en possède pas encore les codes. Malheureusement, le plan dure une minute trente, et le garçon, quinze ans plus tard, c’est Ashton Kutcher, éternel poupon mal dégrossi, plutôt mignon mais carrément fade. Impossible d’y voir le mètre-étalon de l’amant idéal, surtout face à une Natalie Portman qui prend son rôle aussi au sérieux que si elle jouait Bérénice, et lui donne épaisseur et réalisme. Ce n’est pas une nouvelle, mais Portman est bel et bien une grande actrice ; ici autant qu’ailleurs.

D’ailleurs, si Sex Friends échappe de peu au naufrage, c’est grâce à une poignée de seconds rôles plutôt bien écrits, sitcomesques certes, mais vraiment drôles. A commencer par Greta Gerwig, révélée par Greenberg l’année dernière, héritière Sundance qui sait l’équilibre entre comédie et finesse. Avec les deux autres colocataires d’Emma, elle élève souvent le film au rang d’un bon épisode de How I met your mother. Kevin Kline et Olivia Thirlby sont aussi idéalement castés dans les rôles du père d’Adam et de la petite sœur d’Emma : ils n’ont absolument rien à dire, mais ils le font bien. Mais c’est surtout du côté de Lake Bell qu’il faut chercher le salut. En productrice télé hyperactive et pro de la logorrhée verbale, elle épingle fabuleusement un certain côté d’Hollywood, où le workaholisme est légion, et les travers professionnels un vrai hoquet dans les relations intimes. Dans ses scènes à elle, Sex Friends a une sorte d’humour cruel et malaisé qui fait mouche. Pour le reste, il suffit d’attendre que ça se déroule. Aucune inquiétude à avoir : à la fin, l’amour triomphe. Chaste et pur.


Titre original : No Strings Attached

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Durée : 105 mn


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