Serena

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Distribué en Europe sans avoir de diffuseur américain, ce film d´époque sur les déboires professionnels et passionnels d´un couple glamour a quelque chose de l´incident technique.

Début du 20ème siècle, dans les Appalaches de Caroline du Nord, l’exploitant de bois Pemberton s’amourache d’une riche orpheline à l’attachement dévorant. La croisée des nombreux arcs thématiques de la cinéaste danoise Susanne Bier accouche d’un film tiraillé de toutes parts, dont l’intérêt des pistes, plus ou moins abouties, dépendra du public concerné.

Très tôt, l’exploitation du bois, affaire aussi lucrative que dangereuse durant la conquête de l’Amérique, offre ses scènes les plus dynamiques, lorsque l’action éclate violemment dans le quotidien des bucherons. Durant ces séquences, certainement inspirées de l’écrivain Ron Rash dont le roman est ici adapté, la force de caractère des personnages principaux s’incarne bien tout en dépeignant la dangerosité du métier.

Du côté des personnages, Susanne Bier hésite constamment entre utiliser à fond son couple de stars glamour, quitte à forcer un peu sur les costumes glitter alors que les personnages habitent un village de trois baraques autour d’une arrivée de chemin de fer ; tout en jouant constamment la carte Jennifer Lawrence, femme de tête montant à cheval qui se débrouille bien lorsqu’il faut parler au petit personnel et avoir des idées comme un homme.
 

 

 
Dans un autre coin du film, les « affaires » du mari, petites magouilles et corruption de sénateur, sont trop peu développées et mal exploitées pour qu’on y trouve d’intérêt autre que celui d’oberver Rhys Ifans, accent américain à couper à la hache, en homme de main allumé dégommant tout ce qui bouge, dans le virage thriller de la fin du film.
 
Quant à la fascination amoureuse entre trois personnages, thématique d’un de ses premiers films danois, Brothers (2004), elle n’est ici perceptible que dans le premier tiers du film, et encore à peine. Ne reste que ce personnage de Serena Walsh, dans un premier temps avant-gardiste et passionnée, avant de sombrer dans la folie, et hélas, la caricature.

Par ailleurs, si le film peine à assembler tous ces éléments épars dans le projet roboratif et homogène qu’on attendait, il est empli de manies visuelles récurrentes, tels ces plans aériens et musicaux sur la forêt filmés comme des interludes courts de soap qui feraient le lien entre deux plans d’intérieur. Mais aussi et surtout ces scènes très courtes, sortes de mémo visuel que la cinéaste balaie sous le tapis d’un cut : souvent pour les scènes de sexe, qu’elle « lance » avant de s’excuser pudiquement dans la coupe d’un « vous voyez ce qu’il se passe ensuite ». Volontaires gestes de montage ou problèmes de post-production, ces tics peinent encore plus à raccorder le film, qui en l’état demeure l’ébauche de ce que Serena aurait pu être.
 

 

Titre original : Serena

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Durée : 105 mn


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