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Rencontre avec Paolo Virzi et Micaela Ramazzotti

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Pour la sortie de son film La Prima Cosa Bella, Paolo Virzì et Micaela Ramazzotti, sa femme et son actrice, étaient à Paris. Entre rires, échanges de regards amoureux et discours politiques… le réalisateur et son actrice nous parlent des femmes, des hommes et de l´humanité en général !

Dans La Prima Cosa Bella, Paolo Virzì met en scène une galerie de portraits humains : des femmes et des hommes réunis autour du personnage haut en couleurs d’Anna, interprété par Micaella Ramazzotti. Véritable comédie à l’italienne avec ses qualités et ses défauts, elle a raflé pas moins de trois David di Donatello. Nous les avons rencontrés avec envie et curiosité, ils nous ont communiqué cette légendaire vitalité italienne !

Votre scénario présente des similitudes avec votre vie personnelle, votre mère étant devenue vendeuse après avoir été chanteuse de variétés…

Paolo Virzì : Pas de variétés, chanteuse tout court !

D’accord, chanteuse ! Est-ce que le personnage d’Anna s’inspire de votre mère ?

Paolo Virzì : Bien sûr, il y a beaucoup d’éléments autobiographiques dans ce film que je qualifie de « mensonges pleins de petites vérités ». C’est une histoire qui se passe dans ma ville natale. Une ville pour laquelle je ressens de la haine et de l’amour comme le personnage de Bruno, une ville qui m’étonne et qui m’effraie en même temps. D’autant plus par rapport à l’esprit, à l’enthousiasme que cette femme (Anna, ndlr) qui appartient à la génération de ma mère, a pour la vie. Comme dans le film, je me souviens qu’avec ma mère, elle faisait des gaffes et j’avais honte.

En fait, ce film m’a forcé à me poser beaucoup de questions sur moi-même. Il a également suscité le désir de me réconcilier avec quelque chose d’authentique et de profond, dont parfois on veut s’enfuir, qui est cet amour primitif qui existe entre les êtres humains, entre cette mère et ces deux enfants. A travers les aventures rocambolesques que les personnages du film traversent, ils nous donnent une grande leçon de vie qui devrait nous forcer à accepter la nôtre pour en profiter.

Vous êtes en couple à la ville, quels sont vos rapports entre réalisateur et actrice ? N’est-ce pas trop compliqué de mêler vie privée et vie professionnelle ?

Micaella Ramazzotti : (rires) On se dispute beaucoup et on fait beaucoup l’amour !

P.V. : Pour mon métier, il ne s’agit pas de parler d’un travail, mais plutôt d’une grande passion, d’un grand amour ! C’est un privilège d’avoir la possibilité d’inventer des histoires, de donner vie à des personnages. Et pour cela, j’aime beaucoup m’entourer de gens qui me sont familiers, de me créer une sorte de famille de cinéma et franchement, qu’est-ce qu’il y a de mieux que de pourvoir faire un film avec son grand amour ?
Et Micaela n’est pas simplement ma femme, c’est une formidable artiste, sensible et unique !

M.R. : Pour un acteur, c’est un privilège de tourner avec Paolo. Tous les acteurs et actrices qui travaillent avec lui sont susceptibles de recevoir des prix, notamment des David di Donatello, car c’est un grand directeur de comédiens. Les plateaux de tournage de Paolo sont vivants, c’est un gourou charismatique qui hypnotise et il possède la magie de te faire faire ce qu’il veut ! (clin d’œil) Faites attention d’ailleurs !
Paolo motive les acteurs. Avec lui, un comédien qui était en train de rire peut être capable de pleurer la seconde suivante ! Pour un acteur, avoir des moments d’émotions est délicat car tu n’es jamais certain d’y arriver, mais lorsque Paolo arrive avec son grand sourire, qui fait un peu peur d’ailleurs, tu sais qu’il faut que tu le fasses, qu’il faut que tu te lances !

Justement, Micaela, parlez-nous de la manière dont vous avez travaillé votre personnage, la manière dont vous avez incarné Anna ?

Micaela Ramazzotti : Ça n’a pas été simple d’incarner Anna. Lorsqu’on m’a proposé ce rôle, j’ai eu un peu peur, j’ai même eu envie de m’enfuir ! Ça a été difficile parce qu’en fait, j’avais devant moi cette icône, cette grande actrice qu’est Stefania Sandreli (qui incarne Anna vieille, ndlr).
J’ai donc décidé de me comporter comme une étudiante qui doit passer un examen plutôt difficile, un de ces examens à vous couper le souffle. J’ai regardé tous les films de Stefania Sandreli, et il y en a beaucoup, surtout des comédies à l’italienne. J’ai essayé de m’imprégner d’elle, de sa façon de marcher, de sa façon de regarder… est-ce j’ai réussi ? Je n’en sais rien ! Mais mon travail a été principalement de m’imprégner de cette grande actrice, que je ne connaissais pas personnellement.

J’ai dû également changer d’accent. Je viens de Rome et il fallait que j’ai l’accent de Livourne, en Toscane. Et puis, je devais incarner un personnage vivant dans les années 1970, alors que moi, je vis à Rome aujourd’hui ! J’ai donc choisi d’assumer une façon de me comporter à l’ancienne, comme j’imaginais qu’une femme de Livourne de ces années-là se comporterait. C’est l’Anna qu’on voit dans le film, l’Anna jeune avec des enfants en bas âge, Anna qui est joyeuse, qui se dandine un peu, qui est frivole. Ensuite, il a fallu faire le lien avec l’Anna des années 1980 qui a des enfants qui ont grandi. Elle commence à porter le poids de l’âge : elle fume cigarette sur cigarette, elle a un chignon avec des mèches qui s’en vont, elle parle avec une voix plus basse. C’est à la fois un travail technique et un travail de cœur.

Et puis, Stefania Sandreli est une icône du cinéma italien, c’est une des plus grandes actrices italiennes depuis les années 1960. Elle travaille énormément, elle a tourné des films magnifiques. C’est une personne pour qui j’ai beaucoup d’estime. Elle possède beaucoup de grâce et de poésie. Elle est capable de trouver cet équilibre difficile entre ironie et séduction et elle le fait naturellement !

Le film a été qualifié de machiste par ces détracteurs, personnellement je ne le trouve pas, bien au contraire vous proposez une belle vision italienne de la femme et de son importance, comment définiriez-vous votre vision de la femme et celle du film de manière générale ?

P.V. : Aah Si ?? (il continue en français) J’ai lu de terribles choses sur le film, mais ça je ne l’ai pas lu !  Le film présente une galerie de portraits d’hommes plutôt horribles : ils ne sont pas matures, ce sont tous des traîtres… Pour moi, ce film est un hymne à la figure de la femme. Un des sujets du film est la frivolité, cette qualité que possède les femmes et qui peut mettre mal à l’aise. Alda Merini, une poétesse italienne très connue, a écrit que les femmes sont parfois frivoles parce qu’elles sont trop intelligentes ! On a tendance à croire que les femmes pour pouvoir s’émanciper doivent se masculiniser. Mais, selon moi, la chose la plus précieuse, le secret féminin reste la grâce. C’est sa véritable force subversive. Et je crois que dans mon sacré pays, il faudrait qu’il y ait une femme au pouvoir mais une femme qui ne ressemble pas forcément à un homme !

La mentalité petite bourgeoise de certains hommes fait qu’on a une vision subalterne des femmes. D’ailleurs, les parties de partouzes du Conseil donne cette vision de la femme dans l’Italie actuelle. Parfois, on lui oppose une autre idée de la femme, toute aussi moraliste, celle de la femme très laborieuse qui a plein de bon sens, qui ne pense qu’à ses enfants, à sa famille et à son travail. Mais elle est aussi subalterne que l’autre parce qu’elle est sujette à un regard masculin. De mon point de vue, la véritable force subversive des femmes est leur beauté, leur mystère ! C’est pourquoi les moralistes disent que le film est machiste !! (Rires)

Pour décrire Anna, on dit frivole, on pourrait même dire un peu sotte, mais ce n’est pas ça. En réalité, Anna a des passions, des passions simples comme la barbe à papa ou les magazines féminins… qui peuvent lui donner un côté superficiel, mais c’est son humanisme. Anna est humaine, elle commet beaucoup d’erreurs. Ce film, pour moi, est une enquête qu’on mène sur le secret d’Anna, sa vitalité qui déteint sur les gens qui l’entourent. Même au moment de son décès, elle donne une leçon de vie à ses enfants en chantant une petite chanson un peu stupide sur son lit de mort. C’est une leçon de bonne humeur envers et contre tout.

Justement, le personnage d’Anna est-il un personnage destructeur ou fédérateur pour sa famille ?

P.V. : Non, non, non, pas de doute. À mon avis, Anna ne détruit rien du tout, elle est victime de beaucoup de malentendus, de beaucoup de violence. C’est quelqu’un qui lutte pour défendre ses enfants. Le film ne véhicule pas le mythe de la famille, ni l’image idyllique de la famille, mais il tente de montrer l’amour fragile, le fait qu’ils se protègent les uns les autres, même en se faisant du mal. Parce que la vérité cruelle de la vie est là, il arrive qu’on se fasse du mal en s’aimant en même temps. Anna est inconsciente et héroïque et c’est pour cette raison qu’il y a autant de monde autour de son chevet parce qu’elle possède le secret du bonheur contagieux.

M.R. : A mon avis aussi, Anna est une victime. Elle est une personne qui se confie et qui fait confiance à la vie et aux autres et à chaque fois, elle se fait chasser : par son mari, par le conte Paoletti, par son patron dans le magasin où elle travaille. A chaque fois qu’elle fait confiance, elle se fait mettre à la porte. Il n’y a qu’une seule figure masculine qui reste à côté d’elle tout le long de sa vie, c’est son voisin.

La leçon du film est que la vie est un « joyeux bordel », là-dessus vous proposez trois manières d’appréhender la vie : comme Anna en enjolivant la réalité, en décidant d’être heureux à tout prix, comme Valéria en ayant peur et en restant dans son coin ou comme Bruno en étant malheureux jusqu’au bout ? Laquelle vous choisiriez ?

P.V. : (rires) Mais en fait à la fin du film, les deux enfants nous réservent des surprises : la fille qu’on croyait l’image de la femme prévisible qui a épousé le premier venu par besoin de protection, nous montre une certaine audace en se jetant au cou de son amant devant son mari et ses enfants. Bruno qui semble tout le long du film autodestructeur, après la douleur de la perte de sa mère, va se jeter dans l’eau. Mais il se baigne dans des eaux agitées, sales… comme le sont celles devant Livourne qui est un grand port. En quelque sorte, il se jette dans la vie ! Et, si un jour je devais faire une suite de ce film, je suis sûre que Bruno aurait beaucoup changé.

J’ai beaucoup aimé ta définition de la vie comme un « joyeux bordel » (en français) ! Effectivement, la vie est un « bordel », mais je ne pense pas qu’il y ait moyen de remettre de l’ordre dedans. La vie ne sera jamais un paradis parce que nous sommes humains, nous avons beaucoup de limites et beaucoup de défauts. Par contre, on peut peut-être avoir un regard différent sur ce bordel pour nous permettre de l’accepter, mais on ne peut pas y mettre de l’ordre !

(En français) Le paradis n’existe pas, ou peut-être après la mort !

Propos recueillis à Paris par Marie Loulier, juin 20011


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