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Rencontre avec certains acteurs du film La Commune

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Vendredi 2 novembre, 19h, je me dirige vers la rue René Alazard à Bagnolet afin de rencontrer quelques-uns des acteurs de La Commune (Paris 1871) . Sont présents au rendez-vous Patrick Watkins, technicien (casting et montage –version 3h30) et fils du réalisateur, Maya Olaso du groupe des adolescents, Jean-Pierre Le Nestour, élu municipal, Pierre Vergnaud, […]

Vendredi 2 novembre, 19h, je me dirige vers la rue René Alazard à Bagnolet afin de rencontrer quelques-uns des acteurs de La Commune (Paris 1871) . Sont présents au rendez-vous Patrick Watkins, technicien (casting et montage –version 3h30) et fils du réalisateur, Maya Olaso du groupe des adolescents, Jean-Pierre Le Nestour, élu municipal, Pierre Vergnaud, artilleur, Zahïa Zerrouk du groupe de l’union des femmes, Maylis Bouffartigue, la femme du bijoutier et Matteo, un enfant de la cour (qui n’avait alors que 7 ou 8 ans au moment du tournage).

L’ambiance est détendue et très agréable. L’interview se transforme vite en véritable discussion des plus intéressantes autour d’un thé ou d’une bière. Ce film m’a énormément surprise, intriguée et j’ai vraiment envie d’en savoir plus sur le tournage, les sensations de chacun, la préparation d’un tel projet etc…Dès la première question, les langues se délient. Ils ont tellement de choses à dire sur le film et tout ce qui l’entoure.

On sent que chacun d’eux croit vraiment au projet et qu’ils le portent tous. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs qu’ils font partie de Rebond pour la Commune, association pour la promotion et la diffusion de La Commune (Paris 1871) de Peter Watkins. Le film, qu’ils essayent d’accompagner le plus souvent possible de discussions et débats, a été projeté dans de nombreux pays. « On n’a pas pu assister à toutes les projections. On essaye de le faire au maximum, mais compte tenu du fait qu’on est très peu nombreux, c’est un peu compliqué de s’organiser. On ne suscite pas les projections, on réagit aux demandes » explique Patrick Watkins. Quand on lui parle de renommée internationale, il répond : « Renommée internationale ? Non je ne pense pas », sur quoi Jean-Pierre Le Nestour ajoute tout de même qu’en tout cas, « le film circule ».

Le film n’a peut-être pas une très grande renommée mais comme le précise l’élu municipal, il circule, certes dans des milieux alternatifs comme le précise Maya Olaso, mais il circule tout de même. Il a même reçu un très bon accueil aux Etats-Unis où il a obtenu le prix du film indépendant lors du festival de Los Angeles, Film critics association awards.

Alors, le bilan de l’association ? Patrick Watkins l’expose en ces termes : « Le bilan, c’est qu’on a fait pas mal de projections et qu’on a réussi à faire circuler le film. C’est un peu grâce à ça que le film sort en salles. On a un peu participé au fait que le film soit vu, non pas par beaucoup de gens, mais qu’il circule dans les réseaux, qu’il soit un peu connu, même si ça reste dans des réseaux alternatifs, et même si l’objectif de départ de « Rebonds » ce n’était pas ça, c’était d’essayer de poursuivre le processus du film en faisant des débats, des créations éventuellement collectivement… »

On l’aura très vite compris donc, La Commune n’est pas un film comme les autres. La base du projet est déjà très originale. Peter Watkins, à travers ce film, se penche sur un événement historique très important de l’histoire de France qui est la Commune, bien qu’il soit encore considéré par certains (et nombreux) comme « un détail de l’histoire » dixit Jean-Pierre Le Nestour. Loin de vouloir faire un documentaire, Peter Watkins se fonde sur des faits historiques réels tout en introduisant un grand nombre de thématiques contemporaines.

Pour un film comme celui-ci, le casting sort déjà de l’ordinaire. A la suite de projections, Peter Watkins expliquait son projet aux spectateurs. «Et nous, on lui disait si on voulait y participer et comment, soit en jouant, soit en accueillant des participants » explique Maya Olaso. Voilà comment les communards ont donc été recrutés. Quant aux versaillais, c’est une autre histoire. Peter Watkins souhaitait que chacun interprète son personnage selon ses propres convictions. Donc, « un certain nombre de versaillais ont été recrutés par le Figaro et les Nouvelles de Versailles où on demandait à des gens qui étaient opposés à la Commune, de se prêter au jeu raconte Patrick Watkins. Je crois que c’est là la spécificité du travail de mon père avec les comédiens. De même que dans Punishment Park, il y avait des policiers qui jouaient leurs propres rôles. Il présente le film de manière honnête, c’est-à-dire qu’il ne prétend pas que ce sera équilibré. […] mais pendant le processus de tournage, ils ont une place qui est difficile. Les antagonismes sur le plateau étaient assez forts ».

Un autre trait fondamental du projet se trouvait dans la prise de parole. Sur ce sujet, Patrick Watkins développe : « […] du côté des militants, des gens très engagés, la question [politique] prime au départ, mais après il y a aussi une question de démocratie, de démocratie du tournage et de démocratie humaine, en essayant de fonctionner dans un rapport collectif. Et ce n’est pas forcément les plus grandes gueules au niveau politique qui étaient les plus appréciées dans leur manière de fonctionner. Parfois les questions politiques passaient au deuxième plan, après la manière dont on traitait les autres ». Maya Olaso renchérit sur ce thème car, au centre du groupe des adolescents, elle se trouvait au cœur de ce questionnement de prise de la parole : « On fonctionnait par groupes quand on préparait une séquence qui allait être tournée. Peter nous donnait des éléments historiques. Il nous demandait, ou pas, de parler de certaines choses précisément dans l’ordre chronologique de la Commune, du point de vue historique. Dans les premiers jours du tournage, ce qui se passait c’est que les gens les plus à l’aise (car il y avait quand même des comédiens dans le lot) […] prenaient peut-être trop de place dans les groupes. Ça a donc été remis en cause et il y a eu beaucoup de discussions dans chacun des groupes, notamment le notre (celui des adolescents) où il y avait une grande différence d’âge. Les plus âgés avaient 26/27 ans et les plus jeunes 13/14 ans. Il fallait apprendre à laisser la place mais aussi aider les autres à prendre la parole par rapport à la caméra qui est un objet loin d’être neutre. […] ça a été jusqu’au clash du tournage. C’est le problème de la prise de parole qui a amené la mise en place des discussions dans le café. Ce clash a remis même en cause le tournage ».

Ce processus de prise de parole était véritablement essentiel pour le film. « Quand les gens prennent la peine d’aller jusqu’au bout du film, ils s’aperçoivent aussi que ça fait partie du processus du film. Au début, les dialogues sont un peu maladroits et en fait, petit à petit, les gens rentrent dans le film et les acteurs aussi. La parole devient alors un peu plus fluide. Au début, je trouve qu’il y a plein de paroles maladroites, mais c’est intéressant de voir tout cela car ça permet de comprendre le processus de création du film, de construction du film, par rapport au metteur en scène, aux comédiens. Ça permet de comprendre plein de choses. Le cinéma ne montre jamais ces étapes là. Et même si ça gène les gens, c’est bien. Je suis contente que ce ne soit pas coupé, enlevé pour aller à un film efficace. Ça amène des réflexions pour le public sur la prise de parole par rapport à une caméra et comment on arrive à exprimer ses idées » nous dit Maya Olaso.

Patrick Watkins revient d’ailleurs sur ce clash. « Toute cette embrouille est venue d’un évènement bien particulier. A un moment donné dans le film, le reporter de la télévision communale démissionne […]. Il avait alors pour consigne de tournage d’approcher les gens de manière très agressive avec son micro. Il utilisait le micro un peu comme les micros-trottoirs, c’est-à-dire ne donnant la parole 30 secondes puis la retirant. Cette consigne avait été donnée pour le journaliste mais n’avait pas été communiquée aux autres. Les gens se sont sentis volés de leur parole [alors] réduite à des slogans. Et ils n’aimaient pas ce qu’ils avaient prononcé et surtout la manière dont ça s’était passé. Il y a eu à ce moment là une rupture de confiance par rapport au contrat de départ […] et on a donc placé les comédiens qui le souhaitaient dans le café ». En effet, un des points très importants du film est constitué par ces discussions (beaucoup plus nombreuses dans la version intégrale du film) dans le café où chacun peut prendre librement la parole et où des thèmes actuels tels que la place et le rôle de la femme dans la société, le racisme, la censure, la mondialisation, l’inégalité des richesses et tant d’autres encore, sont abordés au cœur de débats qui se déroulent au sein des communards.

Mais comment ces comédiens ont-ils donc réussi à se placer dans l’univers parisien du XIXème siècle tout en abordant des thèmes aussi contemporains ?
J’apprends alors que le travail de préparation (16 mois) fait en amont a été énorme, un vrai travail de titan. Là, c’est Patrick Watkins qui s’exprime : « Il y a eu un travail de préparation, de recherche assez important dans les groupes avec des historiens, des gens qui avaient travaillé dans la recherche historique et qui recadraient le contexte. Il y avait donc une espèce de canevas général ».
Maya continue avec ces mots : « Il y a eu aussi un travail sur l’hygiène, la manière de construire un personnage, la façon de s’exprimer. Cette question du langage a été rapidement écartée d’abord car on n’avait pas les connaissances suffisantes […]. On créait son personnage, on avait choisi un nom, on avait écrit une histoire, présenté cette histoire à Agathe, on avait eu des discussions avec elle… Moi j’avais décidé que j’étais comme ci comme ça, que j’avais tel âge, mon histoire… On en avait besoin au départ dans le film et petit à petit, au fur et à mesure qu’on rentrait dans le processus du film, on devenait plus souple par rapport à ça. Dans les discussions au bout d’un moment, ça passe de 1871 à 1999 très facilement ».

La discussion sur ce sujet continue entre Patrick Watkins et Maya Olaso. Patrick Watkins enchaîne alors : « Dans les consignes au départ, dès le premier jour, il y avait : n’oubliez pas qu’à chaque moment vous pouvez sortir de votre personnage ». Ce à quoi Maya rétorque vivement : « Oui, mais ça c’était assez difficile de le faire spontanément au début, et c’est pour ça qu’il est nécessaire que le film dure 6h (version intégrale), car c’était indispensable pour nous qu’il y ait du temps pour que la parole se libère vraiment. Et en effet, là où c’est flagrant, c’est dans les discussions dans le café où les gens parlent de la Commune à l’aube de l’an 2000. C’en est troublant des fois ».

L’interview glisse peu à peu vers un échange qui dura près de deux heures durant lesquelles chacun donna son avis sur des points très divers. La conversation s’est déroulée petit à petit, se dirigeant vers des thèmes tels que la nuisance de la télévision, la crise dans les banlieues, Sarkozy, l’oppression, mais aussi la conscience politique, l’utopie et la révolution…

J’aimerais donc clore ce papier avec une citation qui colle parfaitement au moment : « Ceux qui vivent sont ceux qui luttent », Victor Hugo.

Propos recueillis par Morgane Postaire, avec la collaboration de Vincent Avenel du site Critikat

Titre original : La Commune (Paris, 1871)

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Durée : 210 mn


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