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Quelqu’un de bien (La Febbre)

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« Sans offense, le film était peut être sincère, mais ça ne marche pas ». On pourrait ainsi paraphraser le commentaire de Mario, protagoniste du film, à propos du vin fabriqué par son collègue Faoni, qui venait juste de disparaître. Si nous reprenons cette phrase, effectivement forte, ce n’est pas tant par goût de la […]

« Sans offense, le film était peut être sincère, mais ça ne marche pas ». On pourrait ainsi paraphraser le commentaire de Mario, protagoniste du film, à propos du vin fabriqué par son collègue Faoni, qui venait juste de disparaître. Si nous reprenons cette phrase, effectivement forte, ce n’est pas tant par goût de la provocation, mais plutôt parce qu’elle nous semble bien décrire ce long métrage d’Alessandro d’Alatri.

Il y a effectivement la représentation affectueuse mais sans complaisance d’une Italie qui n’arrive pas à sortir de l’impasse. Le choix de situer une bonne partie de l’histoire dans les bureaux de la mairie de la ville de Cremona permet au cinéaste de montrer l’inefficacité de l’apparat étatique, l’encombrement de la bureaucratie, les procédés douteux pour se procurer l’argent, les tapes dans le dos et les silences utiles pour faire carrière. Personne ne semble pouvoir fuir cette logique écrasante qui détruit le système de l’intérieur et qui pèse à l’extérieur à travers le chantage des permissions, timbres, signatures qui servent à obtenir la moindre chose.

« Pays de merde, on peut rien y faire », crie, désespéré, le protagoniste qui se voit refuser le permis pour réaliser son rêve, ouvrir une discothèque avec des amis. Pays effectivement endormi, dont les personnages deviennent des miroirs, des incarnations. La scène où Mario, debout sur une table, se fait faire l’ourlet de pantalon par sa mère, inquiet à l’idée de porter une cravate, montre bien le sentiment d’impuissance que la vision des ces personnages dégage. L’Italie que nous montre D’Alatri est un pays peuplé d’adolescents vieillis, des trentenaires qui vivent chez leur mère se faisant laver les culottes. Ils n’ont pas de réel intérêt, sinon la discothèque, pas d’ambition, sinon celle de se caser, surtout pas de propositions, sinon celle de fuir dans des rêves d’enfants. Ils pensent comme des ados, ils vivent comme des ados, ils sont habillés comme des ados.

« Les dés sont pipés », comme le répète souvent Mario, et c’est vrai qu’il n’est donc pas facile de jouer, mais Quelqu’un de bien n’arrive pas à aller au-delà de cette constatation. Il lui manque du poids, de la substance, de l’ampleur. Autrement dit, une mise en perspective, une réflexion, une analyse, un enjeu. On ne se plaint pas évidemment du manque de rhétorique gauchiste, d’une prise de conscience, d’une rébellion. Tout ce temps est passé, surtout en Italie. On craint toutefois que le film se perde, s’écroule, se retourne sur lui-même. Il fuit dans une histoire d’amour mielleuse, mélodramatique et « télévisuelle », dans les ballades en mobylette qui font « très Italie », dans l’amour pour les pauvres chiens abandonnés (rien contre, mais cela n’a pas un grand intérêt), dans les chansons populaires où les poèmes qui commentent le film, dans le vieux discours de la fuite vers la campagne, qui se révèle être enfin la seule proposition concrète pour se soustraire à la crise. La sortie est de l’ordre du rêve, du fantasme, elle ne dépasse jamais la perspective d’une fuite, d’un renoncement. Elle s’exprime à travers de nombreux plans aériens où l’on prend du recul sur le monde, ou dans le choix de ponctuer le film d’effets numériques « magiques », qui séparent les séquences et qui souvent nous amènent à suivre l’imagination du protagoniste.

Contradiction du film et paradoxe : si d’un coté, la mort de Faoni le jour de sa retraite tant désirée, invite Mario à comprendre qu’il ne faut pas attendre un futur meilleur mais qu’il faut au contraire affronter le présent, ce dernier n’arrive pas à faire mieux que de renoncer à tout. Il rêve de restituer sa carte d’identité au Président de la république, de ne plus être un citoyen, un être social, mais juste un individu et il le concrétise en renonçant à son travail et à sa famille pour fuir à la campagne.

Du haut de son avion, le président de la république regarde l’Italie et après avoir déclaré l’amour pour cette terre, il dit « c’est ça la bonne distance pour regarder ce pays ». Propos d’Alessandro d’Alatri, mais malheureusement celui-ci n’arrive pas à prendre assez de recul. Le résultat, c’est la toute petite histoire d’un homme qui se rend compte trop tard qu’il devenu adulte. Peu de choses pour un film qui, en dehors de son Pays, où il a plus de chance d’être compris, risque d’être presque insignifiant.

Titre original : La Febbre

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Durée : 108 mn


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