Pour ton mariage

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Retour sur une vie, à la fois burlesque et bouleversant !

Kate, Léah, Enrico et les autres

Fait à partir de trois fois rien, surtout des archives familiales et trois repas de famille filmés pour la circonstance et qui en constituent l’épine dorsale, Pour ton mariage n’est pas la preuve pourtant que tout le monde peut faire un film, loin de là. Artisan du cinéma, un peu à la manière d’Agnès Varda qu’il adore et avec qui il a beaucoup travaillé notamment sur Sans toit, ni loi, c’est ainsi qu’Oury Milshtein se présente avec ses angoisses, sa judéité, sa peur de la mort et ses vingt-cinq ans d’analyse. D’ailleurs, le film s’ouvre et se clôt sur le célèbre Père Lachaise où sont enterrés ses parents et ses amours notamment Kate la fille de Jane Birkin, et même sa propre fille, Léah, à la manière de Woody Allen notamment dans cette séquence où il vole des fleurs sur une autre tombe pour les mettre sur celle de ses parents. De Woody Allen, il y a donc bien l’humour, mais aussi une logorrhée verbale ornée de bons mots et d’une certaine forme de provocation paresseuse. Voici comment est venue cette idée de film, ainsi qu’il le raconte  dans le dossier de presse du film : « Je déjeunais un jour avec un ami producteur. Je lui racontai que j’ai été marié avec la fille d’Enrico Macias ; lui a grandi à Marseille parmi les rapatriés d’Algérie et il me dit qu’Enrico Macias était une figure majeure de son enfance. Sa mère était une fan. Je lui dis alors que j’avais fait un film à l’époque, sur ce mariage, un film de deux heures. C’était un vrai film, tourné avec quatre ou cinq caméras, des techniciens professionnels ; un film que je n’ai pas regardé depuis. C’était il y a presque trente ans. Je l’ai revu, et non seulement il était visible, mais intéressant, drôle, et par moments émouvant. J’ai eu envie de me le réapproprier. » 

L’ombre de Woody

Tout du long, Oury Milshtein n’a pas l’impression de faire un vrai film. Heureusement, Arnaud Desplechin le soutient vivement et, de ce fatras d’images souvent émouvantes, parfois involontairement comiques comme celles de ce premier mariage avec la fille d’Enrico Macias, émerge un magnifique diamant brut un peu exhibitionniste certes, mais tellement tendre dans lequel on découvre la vie compliquée et très riche de ce réalisateur dont le père, Zwy, fut un grand artiste peintre, et qu’il nous invite aussi à découvrir, tout comme le côté enfantin de Kate, et les oeuvres filmées de sa jeune fille, Léah, morte de maladie à 14 ans et dont l’interprétation de la chanson Le jour s’est levé de Téléphone, brise le cœur. Ce qui fait aussi le charme indicible de ce film, outre sa mélancolie et sa justesse de ton, c’est la mise en abyme qu’il propose entre passé et présent dans la mesure où les membres de sa famille (son ancienne épouse et leurs deux garçons, et sa nouvelle femme et leurs deux filles) sont présents, regardent les rushs, se disputent et se pardonnent. 

Mise en abyme

Il faut dire que peu de gens peuvent prétendre à une vie aussi haute en couleurs et mouvementée. Mais le réalisateur n’en tire aucune gloriole, simplement l’envie de redonner vie à ce qui est mort à jamais, comme sa mère, Kate, sa fille Léah à qui il rend le plus beau des hommages en incluant ses images pour attester de son grand talent. Quant à la voix-off du film, c’est la sienne puisqu’il s’est enregistré couché sur le divan comme chez le psy en visionnant ses rushs. « La mise en abyme était importante à mes yeux. L’idée était de se laisser aller à filmer ces dîners comme si on était dans une séance d’analysant, de se laisser porter par des associations d’idées, de pensées. Par exemple, quand Bénédicte dit que ce sera un film sur Léah, ça m’autorisait à aller chercher les images de Léah. Ce qui est important pour moi, ce sont les différentes temporalités. Le passé m’habite en permanence à travers des films, des photos, je navigue toujours entre le passé et le présent et c’était important pour moi de voir les personnages à différentes étapes de leurs vies, notamment de revoir Léah jeune et vivante. »

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Durée : 79 mn


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