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Portrait de Gilbert Melki

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À l’affiche cette semaine de « L’Avocat » de Cédric Anger, Gilbert Melki poursuit son petit bonhomme de chemin entre films d’auteur et grosses productions. Retour sur la carrière d’un acteur aussi discret que talentueux, qui explore les registres avec pertinence et sensibilité.

Le grand public a découvert Gilbert Melki à travers La Vérité si je mens !, sorti en 1997 et suivi du véritable succès commercial que l’on sait (près de cinq millions d’entrées). Un succès relativement inattendu d’ailleurs, et une critique, si ce n’est mauvaise, en tout cas peu prolixe à l’époque. Pourtant, avec le recul, Thomas Gilou, en compagnie d’une petite équipe de comédiens alors constituée de Bruno Solo, Richard Anconina, José Garcia, Elie Kakou, Amira Casar, Aure Atika, Vincent Elbaz ou bien encore Richard Bohringer, réalisa avec ce film l’une des meilleures comédies françaises de la fin du XXe siècle, drôle et originale, de surcroît sans véritable star. Parmi le casting, Gilbert Melki, sorti (quasiment) de nulle part, ne s’attendait pas à une reconnaissance aussi forte mais finalement amplement justifiée. Et même si l’on n’entend pas beaucoup parler de lui aujourd’hui, il tourne. La preuve cette semaine avec la sortie en salles de L’Avocat (2011), dans lequel il partage l’affiche avec Benoît Magimel, Aïssa Maïga et Eric Caravaca. Il y retrouve le cinéaste Cédric Anger, après leur collaboration pour Le Tueur en 2008, premier long somme toute réussi aux allures de polar sombre et serré. L’occasion rêvée de revenir en détails sur un parcours original, certes jalonné de quelques échecs cinématographiques, mais finalement irréprochable et ce, sans faire de bruit.

Une reconnaissance soudaine et inattendue

Né au sein d’une famille juive pied-noir, Gilbert Melki est avant tout le neveu du comédien Claude Melki (comparé à Buster Keaton lors de ses débuts, en raison de son physique, et de ses faux airs de clown triste), vu notamment dans L’Acrobate, Le Pistonné ou bien encore Subway. Pas étonnant donc que dès l’âge de 20 ans, Gilbert décide de s’orienter vers la comédie. Il suit alors une formation à la Comédie de Caen puis à l’Atelier de Blanche Salant de Paris. Mais rapidement déçu par le milieu, le jeune acteur prend finalement ses distances avec la profession et part vivre quelques années en Italie. C’est donc seulement en 1992 qu’il apparaît pour la toute première fois sur grand écran. Ce sera dans Betty, signé Claude Chabrol. Le rôle n’y est pas très important mais permet au comédien de faire une entrée particulièrement prestigieuse dans le monde du septième art.

Ses partenaires ont en effet pour nom Marie Trintignant, Stéphane Audran ou bien encore Pierre Vernier, le tout sous la direction du plus grand spécialiste du polar à la française. Malgré tout, les contrats se font rares et Gilbert Melki tarde à réapparaître au générique d’un film. Ainsi, il lui faut attendre près de cinq ans (à presque 40 ans déjà) avant de se voir proposer le personnage de Patrick Abitbol dans le désormais culte La Vérité si je mens !. Triomphe absolu. Il hérite d’un rôle extrêmement charismatique, un homme à la fois riche, puissant, séducteur et caractériel. L’acteur s’y investit littéralement. Il compose une véritable personnalité, entre parodie (Robert de Niro et Marlon Brando réunis) et prestance. Par ailleurs, il propose un duo d’une efficacité redoutable avec l’excentrique José Garcia, lui aussi encore peu connu du public cinéphile. Dès lors, la carrière de Melki est lancée. Son nom n’est peut-être pas encore sur toutes les lèvres, mais la France entière garde en mémoire le physique et la voix si atypiques de cet acteur viril mais sensible. Reste désormais à lui offrir des rôles à sa (dé)mesure. Ce n’est pas chose gagnée…

Un enchaînement chaotique

Des propositions, Gilbert Melki n’en manque plus. Hélas, ce ne sont pas forcément les meilleures. À la fin des années 90, l’acteur enchaîne une série de comédies généralement anodines, à la limite du nanar. Pourtant, au premier abord, rien ne laissait présager de tels « désastres ». En 1997, il croise Vanessa Paradis, Jean Réno et Jeanne Moreau dans Un amour de sorcière, œuvre des plus pathétiques s’il en est, signée René Manzor (mais si voyons, le frère de Francis Lalanne). Il poursuit avec Richard Berry dans une comédie de boulevard à peine potable intitulée Une journée de merde. En résumé, une succession d’échecs, tant publics qu’artistiques. Melki, de nature timide et discrète, perd peu à peu de sa crédibilité. Il peut néanmoins compter sur le soutien de ses amis. Bruno Solo et Vincent Elbaz l’appellent pour participer au tournage de Grève party sous la direction de Fabien Onteniente (à une époque où le cinéaste portait encore un réel regard sur notre société, avant de sombrer dans le populo et le lourdingue). L’oeuvre n’a rien d’extraordinaire en soi, mais pose tout de même d’importantes questions quant à la grève et ses conséquences sur notre beau pays. Entre temps, le comédien tourne un court métrage dirigé par Olivier Nakache et Eric Toledano, futurs metteurs en scène de Nos jours heureux et, plus récemment encore, de Tellement proches. En 1999, Gilbert Melki retrouve son cinéaste fétiche, le dénommé Thomas Gilou, et joue face à Antoine de Caunes dans Chili con carne. À oublier. La même année, il croise à nouveau le regretté Elie Kakou, quelques mois avant sa triste disparition, sur le plateau de Monsieur Naphtali. Une fois de plus, il peine à convaincre, la faute à un scénario inexistant et une mise en scène bâclée. 1999 se termine tout de même avec éclat, grâce à une participation remarquée dans le magnifique Vénus beauté (institut) réalisé par Tonie Marshall. Une lueur d’espoir quant à la suite de sa carrière ?

Une carrière désormais installée entre cinéma d’auteur et grosses productions

Le début des années 2000 va se révéler décisif dans la suite de son parcours professionnel. En 2001, il est dirigé par Marion Vernoux, scénariste de Vénus beauté (institut), à l’occasion de son nouveau film en tant que cinéaste, Reines d’un jour. L’oeuvre est une réussite à différents niveaux, mélangeant humour et émotion avec un talent rare, soutenue par un casting d’une très grande intelligence, de Karin Viard à Sergi Lopez, en passant par Jane Birkin, Victor Lanoux ou bien encore Hélène Fillières. Gilbert Melki doit se contenter une fois encore d’un rôle secondaire mais chacune de ses apparitions se montre d’une pure drôlerie. Amant désabusé, il développe son personnage de Casanova des temps modernes avec une décontraction et une misogynie irrésistibles.

Pour son premier film en tant que metteur en scène, le comédien Antoine de Caunes réserve un rôle particulièrement fort à Gilbert Melki dans Les Morsures de l’aube (malgré cette adaptation en partie ratée du roman de Tonino Benaquista), celui de Dogman, personnage totalement barré, une sorte de rasta spécialisé dans l’élevage de chiens de combat. Un contre-emploi qui permet à Melki d’élargir sa palette de jeu. Mais c’est bien évidemment la sortie tant attendue de La Vérité si je mens ! 2 qui relance définitivement la carrière du comédien. Non seulement le film se montre plus abouti que le premier volet, aussi bien dans l’écriture que la mise en scène ou l’enchaînement des gags, mais en plus le personnage de Patrick Abitbol (et de son fameux cousin) devient l’une des véritables vedettes du long métrage. Son duo avec José Garcia entre définitivement dans l’Histoire. Si leur face à face présente une certaine tradition bien de chez nous, à savoir un meneur constamment aux prises avec un boulet, il réserve tout de même de grands moments de comédie sur fond de répliques cultes dont on ne se lasse pas.

Par la suite, et à la surprise générale, Gilbert Melki se réfugie principalement dans le cinéma d’auteur. Peut-être la volonté de désamorcer l’immense succès de La Vérité, ou de ne pas s’enfermer dans le carcan du juif pied-noir fort en gueule. Il excelle alors dans la fameuse trilogie écrite et réalisée par Lucas Belvaux, Un couple épatant, Cavale et Après la vie, où comment, après un simple petit mensonge, tout peut se dérégler. Selon le cinéaste, lors de leur première rencontre, « Quand je l’ai vu arriver, quand il a passé la porte, déjà c’était troublant, au bout d’une demi-heure de discussion, c’était évident ». À l’arrivée, un choix des plus judicieux, et un véritable rôle dramatique à la hauteur de l’acteur Melki.

En 2002, il prend plaisir à travailler pour la seconde fois sous la direction de Tonie Marshall (Au plus près du Paradis), avant d’interpréter le père de Momo dans Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, une sorte de fable, de voyage initiatique mis en scène par François Dupeyron. Melki livre une prestation bouleversante, emplie d’émotions et de mystère. L’acteur confirme alors son talent et poursuit devant la caméra d’André Téchiné (Les Temps qui changent), de Patrice Leconte (Confidences trop intimes), d’Alain Corneau (Le Deuxième Souffle), et de Benoît Mariage (Cowboy). Sur les traces de son oncle, Gilbert Melki travaille également avec Luc Besson, face à Jamel Debbouze dans Angel-A, une oeuvre mineure dans la carrière de l’un et de l’autre. Il n’en délaisse pas pour autant la comédie : en 2005, il entre dans l’univers totalement déluré de Valérie Lemercier (Palais Royal !) et y interprète l’amant de la comédienne. C’est sûrement en 2007 qu’il atteint l’un des summums de sa carrière pour Très bien, merci, une sombre comédie kafkaïenne de la réalisatrice Emmanuelle Cuau. Aux côtés de la non moins épatatante Sandrine Kiberlain, il offre une interprétation au cordeau, empreinte de sobriété et de subtilité, tour à tour drôle et inquiétante, à l’image d’une oeuvre sur le fil de la tragi-comédie. Salué unanimement par la critique, le film atteindra péniblement les 200 000 entrées, malheureusement.

Changeant encore radicalement de registre cinématographique, il fait partie du casting de la méga production Largo Winch, avec Tomer Sisley et Kristin Scott Thomas. Résultat, une médiocre adaptation de la BD créée par Jean Van Hamme dans laquelle Melki surnage, comme souvent, grâce à sa présence immédiate et sa classe naturelle. En 2010, le comédien est de nouveau sous le feu des projecteurs. Outre Complices (autre bide), il retrouve son binôme José Garcia dans une comédie populaire et efficace, Le Mac, de Pascal Bourdiaux. On attend avec appréhension le troisième opus de La Vérité si je mens ! prévu pour le début d’année 2012. À vrai dire, peu importe, Gilbert Melki, lui, trace sa route, toujours sans faire de bruit… Ah si quand même, Yalaaaaaah !


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