Players

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Sans manquer de sel, il faudrait autre chose à Players » que de la bonne volonté pour démolir la gangrène de l’argent facile. »

ll faut pas mal de culot aux Américains d’Hollywood pour se poser en donneurs de leçon tout en exploitant à fond les vices de la société qu’ils continuent eux-mêmes d’entretenir – une rhétorique tout à fait passionnante dont il faudrait faire une thèse, si la matière n’était si riche et le travail épuisant. Players surfe sur la déferlante incompréhensible des jeux en ligne, du poker et autres astuces de casino, qui ruinent les gogos du village planétaire pour enrichir d’autres plus fortunés bien planqués dans des paradis fiscaux.

Brad Furman, le réalisateur du film, fait mine d’en être horrifié – c’est ce moderne combat entre David et Goliath qu’il essaie de nous raconter ici. Richie, étudiant à Princeton, joue à ruiner ses camarades de chambrée jusqu’au jour où il se fera ruiner à son tour via Internet par plus malin que lui, un roi de l’arnaque virtuelle. Il ira jusqu’au Costa Rica pour tenter de se venger d’Ivan Block qui le prendra alors à son service. On ne racontera pas le film, mais on peut s’attendre à une bonne dose d’adrénaline et de révolte et un soupçon d’amour, mais pas trop car le film doit répondre à un certain cahier des charges. On entendra bien évidemment quelques "motherfucker", mais moins qu’à l’accoutumée et plus feutrés. C’est dire si le film, qui fonctionne pourtant très bien, est quand même très formaté.

 

 

Voici donc encore une bombe qui fonctionne parfaitement, bien huilée et pétaradante, avec un scénario à peine mal écrit pour faire réel, et des acteurs à la plastique parfaite. Quand on pense qu’il se trouve des imbéciles pour signer des appels à la haine sur Facebook depuis qu’ils ont appris que Ben Affleck allait jouer dans le prochain Batman ! Ici, il est sublime, tout juste dans le ton entre beauté rude et machiavélisme évident, incarnation parfaite du capitalisme sauvage. Quant à Justin Timberlake, il occupe l’écran et sort si bien son épingle du jeu qu’on lui pardonnerait presque d’avoir fait des chansons pour son ex-petite amie Britney Spears.

Avec son esthétique de série américaine, et des moments très attendus, comme le banquet des crocodiles ou les mallettes pleines de biftons, Players évoque assez paresseusement les épisodes des Experts : Miami (Ann Donahue, Carol Mendelsohn et Anthony E. Zuiker, 2002-2012) : belles voitures, piscine, décadence et soûlographie, jet privé, tous pourris, et cætera. Bien sûr la morale est (presque) sauve puisque Richie, le petit génie de l’informatique de Princeton, finira par rejoindre in extremis les gentils du FBI pour punir son affreux patron en lui piquant, au passage, sa petite-amie (Gemma Aterton qui est, paraît-il, l’atout charme du film). Malgré ses grosses ficelles, un certain charme pourrait émaner de ce film estampillé série B si le réalisateur ne suivait pas de trop près les attentes de son producteur tapi derrière le décor, et pourquoi pas la caméra. C’est dommage car avec des acteurs d’une telle trempe, des réalisateurs comme Martin Scorsese ou Brian de Palma auraient pu donner une âme à cette histoire, assez prenante, mais trop cousue de fil blanc.

Actuellement, Hollywood, sans doute trop obnubilée par le fric – à la manière des personnages du film qui vendraient père et mère pour quelques poignées de dollars -, crée des cinéastes à la chaîne mais qui manquent de talent, de charisme. Il faudrait peut-être tout simplement leur apprendre à faire du cinéma, et non de l’audience.

Titre original : Runner Runner

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Durée : 92 mn


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