N’Djamena City

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« N’Djamena City » est une peinture saisissante de l´ordinaire d´un régime qui a érigé la torture en mode de gouvernement. Poignant et révoltant.

N’Djamena City est insoutenable. Non pas à cause des scènes de tortures que filme le réalisateur tchadien Issa Serge Coelo, mais parce que sa fiction illustre le règne de l’arbitraire. Adoum est un journaliste indépendant tchadien qui doit se rendre en Belgique pour une prétendue formation en photographie. C’est avec difficulté qu’il obtient son passeport. Le reporter n’imagine pas alors que les geôles du tortionnaire attitré de la République, le général Koulbou, l’attendent avec impatience. L’Etat ne saurait laisser libre de ses mouvements un témoin gênant.

Avec son dernier long-métrage, deuxième volet d’une histoire politique du Tchad après Daresalam, qui raconte les années 70, Issa Serge Coelo dénonce l’utilisation de la torture comme moyen de gouverner, et la façon dont quelques-uns, comme le général Koulbou, s’en servent comme exutoire. Dans le Tchad de ces 80-90, celui d’après le coup d’Etat d’Hissène Habré en 1982, on torture pour des raisons politiques, mais aussi pour son bon plaisir en arrêtant une jeune femme trop belle dans une discothèque.

N’Djamena City est une longue description des conditions d’arrestation, de détention et du sort qui est fait aux prisonniers d’un Etat policier. Les malchanceux de la République sont nourris de pain sec agrémenté d’excréments, le fameux Tartina. On « aère » quand les capacités d’accueil de ces prisons souterraines ont atteint leurs limites. Le récit filmique s’organise autour de l’obéissant chef militaire Koulbou, fier comme un paon de recevoir du grand patron ses funestes instructions par téléphone. Sa vie de polygame, qui terrorise sa jeune seconde épouse, fait écho aux mauvais traitements qu’il inflige à ses détenus. Issa Serge Coelo utilise aussi la couleur, à l’instar d’un marqueur : le vert dont sont auréolés les détenus, et qui leur donnent des allures de fantômes, le rouge de la chemise du général Koulbou. Un personnage qu’interprète Youssouf Djaoro avec toute la cynique nonchalance que l’on pourrait prêter à un bourreau. N’Djamena City tient sa force de ce personnage, et de cette torpeur dramatique que dégage la narration d’Issa Serge Coelo.

Entre flashbacks, photographies et vraies images de la télévision tchadienne, le cinéaste réussit, avec un film à petit budget, à frapper les esprits. Le message est d’autant plus fort qu’il est simplement formulé. Son œuvre pourrait paraître trop descriptive, voire sans perspective. Mais n’est-ce pas le cas de tous les citoyens qui subissent la torture ? Ils assistent impuissants aux enlèvements, à la disparition des leurs, en attendant un miracle pour voir finalement tous leurs bourreaux amnistiés.

Le régime que Coelo décrit n’existe plus : Hissène Habré, réfugié au Sénégal, attend d’être jugé pour toutes les atteintes aux droits de l’Homme qui ont été perpétrées pendant son règne. La récente tentative de coup d’Etat, la mort et l’arrestation d’opposants, il y a quelques mois, démontrent que la chape de plomb qui pèse sur les Tchadiens est pourtant toujours d’actualité avec son successeur : Idriss Deby Itno. Pour toutes ces raisons, N’Djamena City est un précieux témoignage, à voir absolument.


Titre original : N'djamena City

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Durée : 90 mn


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