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Monuments Men

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Parce que la guerre, c´est trop cool.

George Clooney n’est pas qu’un acteur, c’est aussi un réalisateur engagé. Good Night and Good Luck racontait la lutte d’un journaliste contre le sénateur McCarthy, tandis que Les Marches du pouvoir voulait s’inscrire dans la lignée des thrillers politiques d’Alan J. Pakula. George Clooney n’est pas qu’un physique, il a aussi des opinions. Rien d’étonnant dès lors à ce qu’il se soit intéressé à l’histoire des Monuments Men, lui qui milite aussi pour la protection du patrimoine artistique syrien ou irakien. Adapté du roman éponyme de Robert M. Edsel, le film évoque le destin d’œuvres d’art confisquées durant la Seconde Guerre mondiale et des hommes qui ont voulu les sauver de la destruction.

Aquarelliste médiocre, Adolf Hitler caressait l’idée d’un gigantesque musée, le Führermuseum, qui rassemblerait les chefs-d’œuvre de la peinture et de la sculpture, venus de collections privées ou publiques. Des Rembrandt ou encore des Watteau seront ainsi cachés dans des mines de sel autrichiennes, à l’abri des bombardements. En réaction à ces spoliations, le président Roosevelt envoie des experts, les Monuments Men, pour les retrouver dans le but de les rendre à leurs propriétaires. Le livre, et le film, se focalisent sur neuf hommes (joués, entre autres, par Matt Damon, Bill Murray ou encore John Goodman) et une femme (Cate Blanchett) lancés dans une chasse au trésor à travers la France et l’Allemagne. Nouveaux capitaines Achab, ils sont prêts à sacrifier leur vie pour sauver des trésors artistiques en péril.
 
 

 

Contrairement à ce que pourrait laisser présager ce résumé, Monuments Men est aux antipodes du film de guerre. Car cette équipe n’est pas composée de soldats aguerris mais de plasticien, d’historien de l’art ou de conservateur de musée, pour la plupart plus proches de la retraite que du stage en entreprise, ce qui nous les rend plutôt sympathiques. Au moment où ces hommes posent le pied sur le sol européen, tout a déjà été joué des semaines auparavant. Leur débarquement normand se fait dans l’indifférence totale et plus tard, une scène de sniper embusqué tournera à la comédie. Dans ses premiers instants, Monuments Men regarde plus du côté de M.A.S.H (Robert Altman, 1970) que de celui d’Il faut sauver le soldat Ryan (Steven Spielberg, 1998). Parce que, finalement, la guerre c’est cool. On rigole avec les copains, on s’entraîne pour de rire et on fait des balades en jeep dans les forêts allemandes. Bien sûr, parfois il y a des morts, c’est la guerre quand même, il faut qu’on y croie. La blague fonctionne un temps mais le côté Danny Ocean vs Troisième Reich finit par provoquer des rires nerveux. Une nonchalance qui alterne cependant avec des passages estampillés « aux grands hommes, Hollywood reconnaissant ». A intervalles réguliers, qu’il faudrait chronométrer, le personnage de Clooney se fend d’une tirade sur le rôle primordial de l’art dans la vie humaine. Qui sauve une œuvre sauve le monde entier ? Sûrement, mais à force de nous l’asséner avec des trémolos dans la voix et des sourcils froncés, à grands coups de musique martialo-sentimentale, le discours devient lassant.

Puis, plus le film avance, plus on se demande qui sont les véritables ennemis de ces œuvres, car deux entités se disputent le rôle du méchant, les nazis et les Russes. Les uns ont la chance d’avoir des lignes de dialogues sous-titrés tandis que les autres crient. Avantage aux Russes, donc. Mais c’est sans compter l’homme à l’origine de cette guerre, le mal à l’état pur, Adolf Hitler. Filmé dans le coin sombre d’une pièce sombre, ou bien de dos dans une pièce sombre, il existe sans exister. Transformé en être sans visage, il est au mieux le nouveau croquemitaine du cinéma ou au pire le méchant d’Inspecteur Gadget.
A l’arrivée, Monuments Men est au cinéma ce que le classicisme est à la peinture. Rien ne dépasse, tout est propre. Et pourtant, le film aurait pu réserver quelques moments à la lisière du fantastique ou du surréalisme. Des statues antiques retrouvées dans le château abandonné de Neuschwanstein, au cœur de la Forêt noire, des toiles entassées dans une mine de sel, tout cela aurait justifié un traitement plus imaginatif. Ces œuvres sont parfois tout ce qu’il reste d’une civilisation engloutie ou d’individus disparus, elles ont une vie propre et Clooney aurait pu jouer avec cette force mystérieuse de l’œuvre d’art. Mais le film campe sur son académisme.

Et devant les images de ces milliers de caisses contenant des toiles spoliées, c’est au plan d’un autre film que nous pensons : la dernière scène d’Indiana Jones et l’Arche perdue (Steven Spielberg, 1981). Un objet convoité par les nazis, stocké au milieu d’autres caisses semblables, condamné à l’oubli. Un seul plan qui résume mieux à lui seul le sort de ces œuvres qu’un film de deux heures.

Titre original : The Monuments Men

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Durée : 118 mn


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