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Moffie

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Un nouveau film, sud-africain de surcroît, assez rare pour ne pas le signaler et qui, en plus, traite de l’armée et de l’homosexualité avec une optique nouvelle.

Moffie est le quatrième long métrage du Sud-Africain Oliver Hermanus peu connu en Europe tant il est vrai qu’on connaît mal la filmographie de ce vaste pays. C’est pourtant un film intéressant à divers titres : historique, politique puisque l’apartheid y est évoqué, social avec le racisme sous-jacent et psychologique puisqu’il y est aussi beaucoup question d’homosexualité masculine dans ce pays dans les années 80 encore divisé et machiste. Dans la note d’intention, Oliver Hermanus explique sa démarche : « J’avais très peu de connaissance au sujet du conflit frontalier entre le sud-ouest africain (aujourd’hui la Namibie) et l’Angola, et sur le fait que les hommes blancs sud-africains soit forcés de participer à cette guerre. » Le réalisateur ne se situait pas à cette époque du côté des Blancs sud-africains en raison de ses origines puisque ses grands-parents et parents sont de couleur, mais aussi en raison du fait que ces jeunes de la bonne bourgeoisie d’alors se sentaient un peu plus privilégiés. Le service militaire venait un peu replacer les valeurs et le film s’emploie à décrire l’horreur que peut inspirer l’armée, son enfermement et la cruauté des caporaux envers ces appelés traités comme des condamnés. On pense d’ailleurs souvent, dans la description de la vie de caserne, à Platoon et Full Metal Jacket car toute guerre se prépare hélas toujours de la même façon, dans l’injustice et les coups.

 

 

Alors bien sûr lorsqu’un des appelés, même s’il prend soin de s’en cacher, se révèle homosexuel, le châtiment n’est pas bien loin C’est pour cela que le film s’appelle Moffie, « terme afrikaans très insultant pour désigner les gays. C’est l’arme de la honte sud-africaine, déclare Oliver Hermanus dans le dossier de presse du film, utilisée exclusivement pour opprimer les hommes homosexuels ou efféminés. » Moffie, adapté des Mémoires d’André-Carl van der Merwe, raconte malgré tout la découverte de l’amour et du désir chez son jeune héros qui est séduit et ira jusqu’au bout pour sauver et retrouver le jeune « moffie » que l’armée avait puni et séquestré dans un camp de rééducation. Les scènes finales sur la plage pour lui qui n’avait jamais vu la mer sont d’une grande beauté plastique. Le film fonctionne très bien en raison d’abord de son atmosphère et de son sujet, mais il se perd parfois dans des descriptions soit inutiles, soit redondantes. Mais le style est là, il y a un ton et une véritable maîtrise du sujet qui ne donne pas seulement un énième film sur l’homosexualité, mais dresse le portrait d’un pays au moment où il va se défaire du clivage de l’apartheid. Lorsqu’on demande au réalisateur dans l’entretien du dossier de presse si la société a beaucoup changé depuis, il n’hésite pas à répondre : « Dans l’armée, je ne suis pas trop sûr. Mais dans le grand public, la situation a changé. Le simple fait que je puisse faire un film comme celui-ci en est la preuve. » C’est sans doute pour toutes ces raisons que Moffie est important.

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