Select Page

Mikey et Nicky

Article écrit par

Une errance dans les rues sombres du Philadelphie des années 70 incarnée par deux grands noms du cinéma américain, John Cassavetes.

Avec Mikey & Nicky, Elaine May plonge au cœur du Philadelphie des années 70 et immerge ses deux personnages dans une nuit sombre qui ne ressemblera à aucune autre.

Nicky, interprété par un John Cassavetes superbe en monstre de paranoïa, se terre dans une chambre d’hôtel miteuse, persuadé qu’un mafieux veut sa tête. Mikey, son ami de toujours, court à sa rescousse. Le ton est donné dès l’ouverture du film. La paranoïa emplit la chambre d’hôtel autant que l’écran. La caméra, à l’image des personnages, tremble puis s’engouffre hors de la chambre pour courir les rues sombres et désertes de la ville.

S’ensuit alors une course-poursuite lors de laquelle les deux héros occupent tout l’espace et le temps, tentant d’échapper au tueur lancé aux trousses de Nicky. Les décors se succèdent (rues, bars, bus, cimetière…) mais ils sont toujours au centre de ces derniers et de cette nuit qui leur appartient. Celle-ci, couvrant ainsi leur errance, est en réalité l’unique témoin de leur histoire.
Car la réalisatrice fait très rapidement comprendre qu’il ne s’agit pas uniquement d’un règlement de compte entre un mafieux et celui qui l’a arnaqué (en l’occurrence Nicky). Le règlement de compte concerne également Mikey et Nicky eux-mêmes.

Cette nuit si particulière place sur le devant de la scène, au milieu d’une rue sombre, la mort d’une amitié de laquelle renaît haine et mépris. Cette folle course avec le temps représente l’effilochement qui unit Mikey et Nicky. Tout peut enfin être dit et doit, semble-t-il, être dit.
Petit à petit les rôles s’inversent, Mikey et Nicky échangeant ainsi leurs propres costumes. Nicky, névrosé et terrifié au début, que Mikey venait sauver, prend rapidement le dessus. Durant toute cette longue nuit, ce ne sera que Mikey par rapport à Nicky et Nicky par rapport à Mikey. Puis la goutte d’eau…

Le temps s’égrène. De 21h à 5h du matin, le spectateur suit Mikey et Nicky dans leurs déambulations nocturnes, observant ces deux personnages qui portent à eux seuls le film. Ils imposent l’empreinte de leurs corps qui se confrontent à travers les mots tout d’abord puis qui se rencontrent physiquement par la suite. Les deux forts caractères permettent de tenir le spectateur en haleine jusqu’à ce que l’aube approche. La parenthèse nocturne peut alors se refermer.

Bonus :

Belle idée que cette sortie dvd qui s’accompagne d’un bonus des plus intéressants. Vincent Amiel, rédacteur à Positif, revient sur cette nuit si particulière dans un documentaire de 20 minutes s’intitulant 21h-5h : Nuit Close.

Vincent Amiel décortique le film, analyse certaines scènes et porte essentiellement son attention sur le couple d’acteurs Peter Falk-John Cassavetes et sur ce que représente ce film au sein du cinéma américain des années 70.

Selon lui, Mikey & Nicky met en valeur l’aspect hybride et insolent du cinéma américain indépendant des années 70 : « une modernité de continuité qui ne fait pas table rase des éléments traditionnels ». Le film laisse une grande liberté à ses acteurs et trouve sa force dans le « minimalisme de l’intrigue » ainsi que dans « une structure narrative très forte, très maîtrisée ».

L’autre point très important réside dans les acteurs eux-mêmes qui sont ici « utilisés à contre-emploi ». Habitués à une violence dans leurs mouvements, ils ne semblent pas « armés pour jouer ce film », la méfiance, l’abandon, l’amitié etc… qui nécessitent autre chose que des corps pour être exprimés. Par la suite, Vincent Amiel insiste aussi sur l’importance de la ville qui se place entre les deux personnages mais aussi sur les dialogues très écrits et la mise en scène quasi théâtrale « d’un culot monstre ».

Une belle façon de redécouvrir le film…

Titre original : Mikey and Nicky

Réalisateur :

Acteurs : , , , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 118 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Derniers Chrysanthèmes

Derniers Chrysanthèmes

« Derniers chrysanthèmes » fait implicitement allusion à la floraison tardive dans son épanouissement qui se fane avec le temps selon un processus irréversible d’étiolement. La métaphore porte ici sur une communauté d’anciennes geishas qui ne sont plus dans “la fleur de l’âge”; ravivant leurs nostalgies dans le Tokyo désenchanté d’après-guerre. Aperçu…