Mes meilleures amies

Article écrit par

Une énième réussite d’une production de comédie labellisée Judd Apatow. Mais cette fois-ci, ce sont des filles qui font rire. Enfin.

 Après avoir étudié le ridicule masculin et décortiqué l’amitié entre potes à travers de nombreuses comédies écrites ou produites par ses petites mains, le nouveau baron de la comédie américaine intelligente Judd Apatow s’attaque désormais aux filles. Il propose à deux scénaristes et humoristes (Annie Mumolo et Kristen Wiig) d’écrire un film de nana drôle et délirant offrant à des comédiennes, des rôles inédits et rafraichissants dans un cinéma où les meilleurs rôles comiques sont squattés par les garçons. Mes Meilleures amies présente une bande de filles vulgaires, pathétiques, touchantes et surtout très drôles bref, un groupe de copines banal si rare sur grand écran.

Les productions Apatow baignent toujours dans ce mélange réussi d’histoire réaliste et de situations loufoques avec, en filigrane, des kilomètres de vannes. Mes Meilleures Amies ne déroge pas à la règle en racontant une histoire à l’apparence basique mais propice aux dérapages. Larguée par son mec et dans la vie, Annie se voit délivrer la tâche difficile d’organiser l’enterrement de vie de jeune fille de sa meilleure amie. Elle va devoir composer avec les autres amies de la future mariée, un peu barges mais jamais stéréotypées, pour planifier et partir à l’aventure des festivités. Il serait inconscient de qualifier le film en un simple Very Bad Trip au féminin. Plus doux, plus sensible et plus écrit, Mes Meilleures amies est cependant tout aussi trash, permettant un juste équilibre entre folie et réalité, appréciable et original. Le film est porté par les épaules solides de comiques américaines inconnues du grand public français nourri aux facéties chirurgicales de Jennifer Aniston ou Cameron Diaz. Kristen Wiig dont le talent comique entraperçu dans En cloque mode d’emploi et Paul tient enfin un rôle principal à sa juste valeur prouvant qu’une humoriste peut prétendre à être tête d’affiche d’une comédie à succès sans forcément découvrir son décolleté. Elle est accompagnée d’actrices éclatantes, possédant chacune un humour personnel (notamment la révélation Melissa McCarthy) délivrant une multitude de pistes comiques réussies. Comme toute production Apatow, les personnages se doivent d’être le plus humain possible en étant touchant par leur ridicule. Chose produite, chose due, dans Mes Meilleures Amies, cette obligation est validée toujours dans le souci d’une meilleure implication du spectateur dans les problématiques des personnages.

Cette comédie semble avoir tous les atouts pour devenir essentielle dans l’avenir des œuvres comiques de nanas mais possède un défaut relativement constant chez Apatow : ses éternelles longueurs. Le scenario prend en effet un virage décevant en milieu de film nous laissant sur notre faim et nous permettant d’imaginer les possibilités alléchantes qui auraient pu être développées. L’action peine à repartir laissant place à des scènes plus intimistes. L’envie de proposer une comédie différente est irréprochable, mais un déséquilibre frustrant se crée et met du temps à se dissiper. Malgré cela, Mes Meilleures Amies fourmille de trouvailles et défriche un terrain inexploré destiné aussi bien au public féminin, qui y retrouve enfin des personnages semblables et délirants, mais aussi masculin puisque même si sans contrefaçon, on est un garçon, on peut adhérer facilement à l’univers et l’humour proposés et surtout apprendre beaucoup de choses sur les spécimens étranges du sexe opposé…

Titre original : Bridesmaids

Réalisateur :

Acteurs : , ,

Année :

Genre :

Durée : 125 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

L’Odyssée

L’Odyssée

Le film de Christopher Nolan décrit les aventures d’Ulysse, de la prise de Troie à son retour victorieux à Ithaque où il retrouve sa femme, Pénélope, et son fils Télémaque. L’adaptation est très conventionnelle sans aucune inventivité formelle, et reflète plutôt les fantasmes de notre époque que ce qui pouvait animer les personnages homériques.

Pâques sanglantes : entre tragédie antique et western conventionnel

Pâques sanglantes : entre tragédie antique et western conventionnel

Le cinéma néo-réaliste de Giuseppe de Santis exalte la choralité et le lien cosmique entre les paysages ruraux du Latium et leur population vivant en complète autarcie et dans un enracinement profond à une terre inhospitalière. D’amples travellings et mouvements d’appareil à la grue assument cette transition entre le décor naturel agreste et les protagonistes en proie à des luttes intestines ou des rixes claniques. Dernier volet de la trilogie paysanne de Giuseppe de Santis, Pâques sanglantes est une tragédie grecque au dénouement cathartique. Relecture ..