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Martin Eden

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Nouvelle adaptation fidèle du roman culte de Jack London.

« Ses ailes de géant…

Ce magnifique film aurait mérité sans doute mieux qu’un prix d’interprétation masculine au festival de Venise, même si Luca Marinelli qui interprète le rôle titre le mérite largement. S’il a fait don de cette récompense symbolique aux migrants morts en mer, c’est sans doute parce que tout ce film, librement adapté du célèbre roman de Jack London paru en 1909, est une ode à la mer, à la liberté et aux combats menés par les peuples pour obtenir leurs droits. En regardant cette belle fresque qui raconte la pugnacité du marin Martin Eden pour devenir un grand écrivain afin de répondre à l’amour qu’il ressent pour une belle jeune fille de la bonne société, on se dit que ce beau jeune homme, révolté et pur, correspond aussi tout à fait à notre époque et que « ses ailes de géant l’empêchent de  marcher » pour paraphraser Charles Baudelaire, bien présent dans le film à travers, notamment, le premier livre que Martin Eden découvre chez son amoureuse.

 

 

…l’empêchent de marcher… »

Pendant plus de deux heures, dans une Naples rêvée et imaginaire, faite de ruelles et d’ouvertures vers la profondeur infinie des eaux, Pietro Marcello nous embarque dans l’histoire de ce jeune homme magnifique, dernier héros « romantique » d’un monde au bord de l’agonie, qui ne va pas sans évoquer le nôtre par ailleurs. C’est pour cette raison, et non pour de basses considérations économiques, que les décors et les costumes jouent sans cesse sur l’époque et la mode comme pour plonger le spectateur dans une confusion qui tente de réveiller une conscience politique bien endormie, et pour montrer que la lutte, en plus d’être universelle, concerne aussi tous les temps et toutes les époques. On revient ainsi au choix de Luca Marinelli d’offrir son prix aux morts en mer, qui n’apparaît ni comme une posture, ni comme une hypocrisie, mais comme l’aboutissement des combats que le film raconte. En effet, et le réalisateur le confie aussi dans son dossier de presse, son film doit parler au coeur, mais aussi à notre conscience politique en ces temps troublés où l’on fait fi trop facilement des humbles et des opprimés. « Dès mon premier film, Il passaggio della Linea, un documentaire sur les trains de nuit en Italie, j’ai toujours cherché à focaliser ma recherche créative sur la vie des plus humbles et des opprimés. Ce monde fait aussi partie de mon expérience de vie personnelle. »

 

 

Un hommage à Pasolini ?

En adaptant ce magnifique roman de Jack London, qu’il qualifie d’« oeuvre de formation », Pietro Marcello, et son coscénariste Maurizio Braucci qui avait écrit aussi avec lui Bella e Perduta, ont voulu non pas adapter un roman inadaptable au cinéma semble-t-il, mais lui donner une nouvelle interprétation tout à fait juste et profonde qui en montre toute l’importance – et peut-être plus encore – de nos jours, à une époque où l’individualisme se fait toujours plus fort, plus omniprésent, jusqu’à écraser les révoltes, ce que l’on constate à travers les luttes des Gilets jaunes que les dirigeants s’empressent sans peine de dénigrer.

Le film se divise en deux parties à peu près égales : le jeune Martin Eden dans sa pureté, à la recherche non pas de la gloire et de la richesse, mais de la reconnaissance en tant qu’homme de Lettres. Puis le Martin Eden, auteur reconnu et riche, qui va tout donner aux combattants du peuple, dans un geste plus anarchiste que socialiste comme on le verra dans diverses séquences. Film magnifique, très bien mis en scène et interprété, ce Martin Eden nous paraît aussi être un hommage à Pier Paolo Pasolini qui ne l’aurait certainement pas désavoué. « L’épopée du jeune matelot aux origines humbles, déclare Pietro Marcello dans le dossier de presse du film, qui, en essayant de s’élever socialement, trahit sa classe d’origine, est une histoire éternelle. Je suis convaincu qu’elle peut parler encore aujourd’hui aux nouvelles générations. »

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Durée : 128 mn


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