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Machete Kills

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Une suite en forme de remake mou.

En Machete (2010) tenait l’ambition de renouer avec les velléités militantes pop du western Zapata, tout en y injectant une dose conséquente de testostérone « McTiernanesque ». La sortie du film suivait la loi autorisant les policiers de l’État d’Arizona à pouvoir enfermer à peu près n’importe qui. Et Machete s’amusait à planter sa hache un État plus loin, en pleine frontière mexicano-texane, terreau favorable au western. Pour s’emparer de ce hachoir, Rodriguez donnait à son badass de cousin Danny Trejo la possibilité de planter sa laide gueule burinée façon western spaghetti sur le corps de fer d’un John McClane reaganien. Cette revanche mexicaine sur un cinéma WASP aux relents réac’ jouissait d’un dynamisme à l’épreuve de l’ennui, ramassant sa narration autour d’une infatigable série de plans kitsch mais formidables.

Alors, qu’est-il donc arrivé à Machete Kills ? Pourquoi baille-t-on au milieu de deux, trois rires ? L’écart entre le premier et le second volet se mesure par la fainéantise avec laquelle Rodriguez peint les personnages secondaires de Machete Kills. Son prédécesseur dressait une série de figures patchworks, punks et bariolés : prêtre fumeur guerrier, post-ado junkie reconvertie en nonne barbare, dealer chicano-samouraï, et cætera, et cætera. Le second récidive, sans génie, et surtout, sans acteur. Lady Gaga amuse deux minutes, Mel Gibson semble franchement perdu et Charlie Sheen nous fait regretter son héros des deux Hot Shots (Jim Abrahams, 1991 et 1993).

 

 

 

La faute, aussi, à un changement de taille : exit Zapata, bonjour James Bond. Intention louable que de vouloir changer sa formule, qui finit tout de même par se vautrer dans une mélasse imitant le premier épisode. Gimmicks mous enfilés avec la paresse de l’artiste, fier de son premier opus, Machete répète les gags de sa première aventure, Machete ne fait pas « si… », Machete prend sa machette, Machete aime pas les flingues, Machete découpe, Machete découpe. Il y a trois ans, Machete savait faire naître de vrais rires au sein de châtiments élaborés, en 2013 Machete ennuie. On ne voit plus que lui, le contexte n’intéresse plus. Rodriguez tapote à l’écran son message, sans conviction (après tout, le cinéma, c’est que de la blague), ses révolutionnaires ne sont plus seulement mexicains, mais humains, unis pour sauver la terre d’un bad guy mégalo. Machete passionnait par sa révolution mignonne et candide, mi-sérieuse mi-rigolarde, Machete Kills, sans doute, se fout un peu de notre gueule.

Adieu ce respect, humblement distant, vis-à-vis d’un mauvais goût direct-to-video, honorant Steven Seagal d’un rôle magique. Par ses effets kitsch, frontaux et hilarants, Machete se présentait comme un trublion encastrant joyeusement le petit dans le grand écran, Chuck Norris dans Leone. Machete Kills, bien plus frileux, évacue tout ce petit monde, troque ses seconds couteaux de troisième zone pour des visages bien plus glamours, des stars qu’on ne bouscule à aucun moment. C’est la perte prématurée d’un souffle, d’une franchise qui ne tient déjà plus debout. On se marre pourtant à l’idée d’un troisième opus, Machete Kills Again… In Space!, promesse d’une meilleure gestion de l’espace.

Ce qu’il manque à ce Machete Kills, c’est la trajectoire franche de son illustre aîné, ramassé autour de deux territoires mythiques, ramenant dos à dos Histoire et légende, guerre du Mexique et western tardif. Machete Kills flâne sans fixer sa hargne : États-Unis, Mexique, États-Unis, espace… On passe d’un régionalisme poussé et étudié à un mondialisme vague, mal dessiné. Machete tentait, avec toute la pureté rageuse de l’ado punk, de ramener un poil de militantisme dans ce monde apolitique du blockbuster qui tâche. Machete Kills, lui, ne tente plus rien, et c’est bien triste.

Titre original : Machete Kills

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Durée : 108 mn


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