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Lions et agneaux

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Et dire qu’il y a encore des gens qui pensent que le cinéma américain n’est pas engagé ! Depuis quelques temps, les cinéastes d’outre atlantique semblent mus par une urgence intenable de s’attaquer à l’actualité : la guerre en Irak (De Palma), la situation des vétérans (Dans la Vallée d’Elah), et enfin, avec le dernier […]

Et dire qu’il y a encore des gens qui pensent que le cinéma américain n’est pas engagé ! Depuis quelques temps, les cinéastes d’outre atlantique semblent mus par une urgence intenable de s’attaquer à l’actualité : la guerre en Irak (De Palma), la situation des vétérans (Dans la Vallée d’Elah), et enfin, avec le dernier opus de Redford, roulement de tambours : la lutte contre le « terrorisme » ! Chapeau ! Dira-t-on, pour l’effort… pourtant il reste à voir ce qu’il en dit et surtout comment.

Voilà que les problèmes commencent. Sujet fort, scénario très écrit (trop ?), casting de prestige et l’on tourne : mais tout ça, est-ce suffisant ? Non, certainement pas. La réalisation de Robert Redford, certainement piégé par son objet, ne fait qu’illustrer une histoire, en nous livrant un film plat, machinal, et dont on sent le manque asphyxiant de regard. On prend un sujet fort, on énumère tous les points de vue possibles, on en confie un à chaque personnage cherchant à trouver un prétexte pour qu’ils se croisent. Le sénateur belligérant (Tom Cruise) rencontrera ainsi la journaliste nostalgique de la contestation de la guerre du Vietnam (Meryl Streep), un prof de Sciences Politiques (Redford) fera la morale à un élève qui est en train de se désintéresser, deux soldats partis volontaires se retrouveront seuls sur un montagne de l’Afghanistan entourés d’ennemis. Quoi donc ? On s’assoit et l’on discute ! Pendant une heure et demie il n’y a rien d’autre que des scénettes alternées dans lesquelles rien n’intervient pour perturber la suite immuable de champs/contrechamps illustrant les propos des uns et des autres. Même les soldats, les seuls à ne pas être derrière un bureau, se trouvent figés dans la neige : personne ne bouge et rien ne se passe. C’est vrai, le scénario a été écrit pour le théâtre, mais c’est une bien pauvre excuse…

Très peu de film et tant de discours, mais passons outre et jouons le jeu : où voulait en venir Redford avec toutes ces répliques auxquelles il nous fait assister ? Quelle idée porte le film ?
À vouloir mettre en scène une pléthore d’opinions diverses, on risque de perdre de vue les vrais problèmes et les enjeux réels. Pourquoi voulez vous vivre ? Pourquoi êtes-vous prêts à mourir ? Sur l’affiche, on lit des questions pertinentes ; dans le film, on constate malheureusement que les réponses ne sont pas à la hauteur.

Le film commence, l’écran est encore noir quand la voix off d’un JT annonce la mort de deux jeunes soldats américains, le « la » est donné. Le film, du début à la fin, se noie dans les raisons de tout le monde (ah Renoir, toujours Renoir) et finit par s’en tenir uniquement au vieux discours moralisant et bien simpliste : il y a des jeunes qui meurent, des jeunes qui auraient la possibilité de vivre une vie confortable et d’avoir une carrière brillante, pour une guerre dont on ne voit pas d’issue. Mais qu’en est-il des raisons, des enjeux, des questions soulevées par cette guerre ? Le film laisse passer sans la moindre hésitation, ou sans un véritable répondant, les lieux communs les plus dangereux qui servent souvent à justifier ce qui est en train de se passer (un axe du mal existe, l’Iran est une menace, la France et la Russie soutenaient Saddam). Un sur tous : cette guerre est légitime en tant que réponse, il s’agit d’une défense ! « On a été attaqués », souligne Tom Cruise en évoquant le 11 septembre, et par la magie d’un violon providentiel, ses yeux se baignent de larmes, comme ceux de sa rivale et journaliste : sur ce point, nul n’exprime le moindre doute. Et pourtant …

Si l’on dresse un bilan du film, on s’aperçoit qu’il ne fait qu’un constat un peu facile d’une situation grave et qu’il ne prône guère autre chose qu’un retour à l’action : faire quelque chose, telle semble être la devise de Lions and Lambs. Le film semble vouloir pousser le spectateur à ouvrir les yeux tout en étant incapable de regarder la situation dans sa complexité (ce qui ne veut pas dire dans la multitude des points de vue possibles). Mais que faire ? L’action ne peut pas être une valeur en elle-même : il faut bien juger l’action au regard de ses conséquences. A moins que la peur des ombres des turbans avançant dans la brume ne soit encore en dernier ressort ce qui unit les six personnages dans leurs différences… ce qui est à plusieurs égards préoccupant.

Titre original : Lions for Lambs

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Durée : 89 mn


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