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L’incroyable destin de Mickey Rourke

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Histoire fascinante que celle de Mickey Rourke. L’icône << brandoesque >> des années 80, devenue boxeur défiguré et star has-been, a réussi un come-back comme on en fait qu’à Hollywood, avec rôles rédempteurs et promesse d’Oscar à la clé.

Né Philip André Rourke en 1952 (ou peut-être 1956, il aime à entretenir le flou), dans l’Etat de New-York, Mickey Rourke a pourtant passé une bonne partie de son enfance dans les quartiers chauds de Liberty City, à Miami. Comme dans un bon vieux « Karate Kid », l’adolescent rebelle qu’il était alors s’est mis à la boxe pour répondre aux brimades dont il était l’objet. Plus qu’un moyen de se protéger, le noble art est devenu sa grande passion, et s’il n’avait pas été stoppé par les blessures, sa vie aurait sans doute pris une toute autre direction.

Dans la réalité, le jeune Mickey a pris la route de New York, sans plan de carrière prédéfini, mais avec une forte envie de faire ses preuves, de montrer au monde qu’il vaut mieux que ses origines. Entre deux improbables petits boulots, il prend des cours d’acteur avec Sandra Seacat, devient un élève, anonyme mais passionné, du Lee Strasberg Institute. La méthode Actor’s Studio, l’écorché vif avant l’heure est prêt à l’embrasser avec toute la force de sa jeunesse. Il fait logiquement ses armes sur scène, et se retrouve à la fin des années 70, après quelques interprétations dans des pièces d’Arthur Miller, à faire le figurant à Hollywood. Saviez-vous que le premier réalisateur pour qui l’acteur travailla était Steven Spielberg, pour 1941 ?

  

Son premier (petit) rôle marquant, Mickey l’obtient dès l’année suivante, dans La fièvre au corps de Lawrence Kasdan. Dans la foulée, il rencontre l’un de ses mentors, le fantasque et génial Michael Cimino, qui lui offre une part de La porte du paradis, son grandiose échec. Cimino se reconnaît et admire à la fois le jeune Mickey, déjà aussi marginal et intransigeant que lui. Ils se retrouveront quelque années plus tard, après que le comédien ait enchaîné plusieurs prestations dans des films cultes mais confidentiels (Diner, Eureka, Le pape de Greenwich Village).

Cimino n’aura pas l’honneur de rendre célèbre celui qu’on ne tardera pas à nommer « le nouveau James Dean ». Dans Rusty James, Mickey Rourke incarne le Motorcycle Boy, le grand frère mythifié de Matt Dillon, dont l’ombre légendaire plane sur tout le film. Clipesque avant l’heure, croulant sous les références, mais ô combien inspiré, le film de Francis Coppola transforme instantanément l’acteur en icône cinématographique, magnétique, insaisissable, fascinante.

  

La révélation provoquera dès l’année suivante deux raz-de-marées, en jouant dans deux films aussi différents que complémentaires : Neuf semaines et demi, d’Adrian Lyne, et L’année du Dragon, de Michael Cimino. Sex-symbol absolu puis grande figure tragique, Mickey Rourke démontre en cette année 1985 toute l’étendue de son talent. Le pugiliste frustré gagne par KO, fait la couverture de tous les magazines et est courtisé par tous les réalisateurs, à raison. L’intéressé avoue à cette époque « qu’il vit enfin son adolescence ». Comprendre qu’en marge des plateaux de tournage, où il se montre irrascible, capricieux, mais toujours formidable dès que la caméra tourne, Mickey ne touche plus terre, et profite au maximum de sa célébrité.

Les films s’enchaînent, pour le meilleur (Angel Heart, Barfly, et dans une certaine mesure, Francesco, la biographie de Saint-François d’Assise) et pour le pire (Homeboy, Lorchidée sauvage). Tout irréprochable qu’il soit à l’écran, Mickey Rourke perd le contrôle, petit à petit. Il se murmure à la fin des années 80, qu’au vu de son comportement extrême, l’ami Mickey ne devrait pas tarder à connaître le même sort que James Dean. Il emmerde le monde, et le monde va finir par le lui rendre.

1990 : Mickey Rourke tourne La maison des otages. Le début de la fin pour Michael Cimino, qui lui avait déjà proposé auparavant le rôle du Sicilien. Pour « payer les dettes », la star partage l’affiche d’Harley Davidson et l’homme aux santiags avec Don Johnson. Un four intégral, la première casserole que le comédien va traîner dans la décennie. Il se montre encore roublard et charismatique dans Sables Mortels, un polar de série B avec Willem Dafoe. Mais trop tard, Mickey a pris sa décision. Il se doit de remonter sur le ring.

     

La suite, les fans la connaissent. La courte carrière de boxeur de Rourke (93-94) laisse l’homme meurtri par les coups, le visage démoli par excès de confiance. Comme dans un roman de Raymond Chandler, Rourke multiplie les mauvais choix, se fait refaire le visage par des chirurgiens esthétique peu scrupuleux (et talentueux), se retrouve coincé par ses débiteurs… Une descente aux enfers en Cinémascope, version longue. Pour survivre, Mickey se réfugie dans la religion, la psychiatrie… et un amour considérable pour les chihuahuas.

Devant des spectateurs médusés (c’est le moins que l’on puisse dire), il réapparaît bientôt dans l’ovni nanardesque de Tsui Hark, Double Team. Le visage à moitié paralysé, le regard réduit à deux fentes « bronsoniennes », l’acteur fait effectivement un bon méchant. Mais dans quel film… Dans son long chemin de croix, Rourke a tout de même une chance : son talent inné, énorme, sa gloire passée, et un agent qui croit en lui, lui permettent de toujours trouver un second rôle où il peut briller, discrètement : L’idéaliste de Coppola, le Buffalo 66 de Vincent Gallo, The Pledge, Spun, ou encore son incroyable prestation de travesti dans Animal Factory.

La grande erreur de l’acteur, rétif à toute autorité et persuadé à raison qu’il ne doit son succès qu’à lui-même, a sans doute été de se croire au-dessus des étiquettes, « plus grand que nature ». Quasiment à la rue après des années à baigner dans le luxe, sans femme, ni maison, ni argent, il a payé cher ses errements.

Et puis le miracle est finalement venu. Deux metteurs en scène, Robert Rodriguez et Tony Scott, se prennent d’amour pour cette gueule cassée, burinée, porteuse d’une histoire et d’un mythe à nul autre pareil. En quatre films (Desperado 2, Man on fire, Domino et surtout Sin City), ils offrent sur un plateau une résurrection à l’acteur. Il est prêt pour incarner le catcheur repenti, qu’un dernier combat pourrait envoyer définitivement au tapis, de The Wrestler, sous la direction de Darren Aronofsky. Cette vie, c’est bien sûr la sienne, romancée, différente. Mais le parallèle est plus que touchant : il est mérité. La vie de Mickey Rourke valait bien un film d’exception, haut en couleurs, fort en larmes, sans fards ni paillettes excessives. Après une telle vie, ce n’est plus le genre de la maison.


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