Les Climats (Iklimler)

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Que recherche un véritable cinéaste ? Le plan où il pourra filmer la plus belle des beautés. Cette interprétation correcte de l’émotion cinématographique s’applique considérablement dans Les Climats, cinquième film d’un cinéaste qui ne craint pas de perdre son temps, le turc Nuri Bilge Ceylan. D’abord l’histoire. Un couple se désagrège. Quotidien morne, incompréhension totale, […]

Que recherche un véritable cinéaste ? Le plan où il pourra filmer la plus belle des beautés.
Cette interprétation correcte de l’émotion cinématographique s’applique considérablement dans Les Climats, cinquième film d’un cinéaste qui ne craint pas de perdre son temps, le turc Nuri Bilge Ceylan.

D’abord l’histoire. Un couple se désagrège. Quotidien morne, incompréhension totale, lassitude des sentiments. Le canevas est bien connu, familier, vu en Italie (Voyage en Italie, Roberto Rossellini), aux USA (Voyage à deux, Stanley Donen), en France (Feux rouges, Cédric Kahn). Cette fois-ci, l’archéologie turque servira de paysage cinématographique. Ici point de virée, juste des démarches gracieuses où le silence des femmes plombe l’atmosphère glauque des hommes.

Ensuite la caméra. Invisible et lourde à la fois. Cette main du diable claque la joue rose de Bahar, directrice artistique, qui accepte la rupture proposée par Isa, professeur de son état et amoureux maladif. La scène est belle. Quelque part sur une plage, il la regarde sans espoir et décide de tout briser. Ce regard qu’elle lui offre est un cadeau empoisonné. Elle attendait ce moment, le désirait de toute son âme. Il lui tend une main, frénétique, tremblante. Elle n’en fera qu’une bouchée. L’arroseur est décidément bien arrosé !

Puis le temps. Changement de saisons, quelque chose qui brûle en enfer, qui ravit nos cœurs et qui continue inlassablement de nous traîner vers le firmament. Cela s’appelle l’amour et c’est toujours d’actualité. De fil en aiguille, Ceylan nous entraîne dans un monde tantôt glacial tantôt chaleureux où se baignent des amants de la nuit, des amoureux transis, des corps emmitouflés et des désirs inassouvis. Les nuages défilent et la ronde poursuit sa quête du désespoir. Voyez ces pauvres âmes tournoyant, virevoltant au beau milieu d’un champ de solitude. La mort est partout, dans des ruelles sombres, prête à choper le moindre inconnu. La vie est ainsi faite et Ceylan la filme sans artefact.

Baudelaire l’écrit quelque part, « la bêtise est un ornement de la beauté ». Les plans de Ceylan sont austères, froids et sans répit. Et puis, soudainement, un sentiment se dégage de ces séquences tristes, un je-ne-sais-quoi qui nous enivre, qui nous pousse à y croire encore et encore. Cela s’appelle l’aurore et c’est la plus belle des beautés qui se matérialise devant nous. Cette accomplissement est le fruit d’une continuité logique, une aura qui entourait cette bêtise, qui contournait la beauté et qui fuyait loin, très loin.

Les Climats est une œuvre magique et complexe. On tente de goûter au fruit défendu, somptueux présent offert par Ceylan et l’on s’aperçoit très vite que son cadeau risque de nous fléchir définitivement.


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