L’Epreuve

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Juliette Binoche crédible en photographe de guerre dans un drame sans grand relief.

Quand on rencontre Rebecca, elle est à Kaboul : elle photographie un groupe de femmes kamikazes dont l’une s’apprête à partir faire une exploser une bombe sur un marché de la capitale afghane. Rebecca mitraille les préparatifs et, au dernier moment, saute dans la voiture qui emmène la jeune femme sur les lieux de l’attentat. Il s’en faudra de peu pour qu’elle ne meure pas dans l’explosion mais, avec deux poumons perforés, elle trouve encore la force de prendre un cliché des corps fauchés. Aberrante inconscience ou nécessité quasi physique de témoigner par l’image jusqu’au bout : L’Epreuve pose la question et cultive l’ambiguïté jusqu’au bout. Là réside d’ailleurs l’intérêt de ce premier film en langue anglaise d’Erik Poppe, réalisateur norvégien respecté en ses terres et qui a lui-même couvert des zones de conflits en tant que photographe reporter de guerre dans les années 1980, pour l’agence Reuters notamment.

Sur le terrain documentaire, L’Epreuve s’en sort bien, ménageant une tension palpable et sans enjolivure du travail d’un journaliste spécialisé dans les conflits. C’est déjà plus compliqué quand Rebecca rentre en Irlande, où tout est vert et serein, sa maison gigantesque et très Roche-Bobois, où l’attendent homme (Nikolaj Coster-Waldau, de Game of Thrones) et deux filles bonnes à l’école – toute la famille décide qu’après cet épisode, il serait souhaitable que Rebecca ne reparte plus en mission. Son mari lui pose un ultimatum, qu’elle accepte à contre-coeur. N’était-ce la partition impeccable des acteurs, les scènes de disputes et de vie quotidienne sont plutôt mal écrites et sans grande profondeur, le cinéaste soulevant par ailleurs une interrogation assez perspicace : en allant mettre sa vie en danger, Rebecca ne fait-elle pas acte d’expiation quant à son confort de vie à Dublin ? 

 

L’Epreuve est, à l’image de son personnage, tiraillé entre la connaissance solide de son sujet et ses velléités fictionnelles : le thème soulevé – qu’est-ce qu’être accro à l’information ? – est aussi passionnant et vertigineux que son traitement est superficiel, le film étant trop affairé par ailleurs à faire de belles images et à remettre au centre les tensions familiales. Il y a pourtant des scènes fortes, à l’instar de l’expédition au Kenya où Rebecca emmène sa fille aînée et, dans un nouvel accès d’addiction au tumulte, se met à nouveau en danger. C’est cette dualité – comment être une bonne mère et une bonne reporter – qui n’est malheureusement qu’effleurée, alors qu’elle constitue la moelle épinière du film. D’autant plus que, Juliette Binoche étant Juliette Binoche, on croit aveuglément à son personnage.

Titre original : Tusen ganger god natt

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Durée : 117 mn


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