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Le sac de farine

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L´histoire d´une adolescente marocaine ayant vécu ses premières années en Belgique, dans un foyer catholique. Un film assez maladroit dans son ensemble mais qui vaut le détour grâce à ses quelques fulgurances.

Le choc des cultures, celui des religions, la solitude d’une jeune adolescente rejetée par ses parents, la condition de la femme, finalement diluée au sein d’un paysage social en plein mouvement. Le sac de farine est un film ambitieux, qui propose, en une centaine de minutes, de balayer une diversité de thématiques sans doute essentielles, probablement empruntes d’universalité, donc forcément d’actualité. Ca marche, parfois, et d’autres fois, ca ne marche pas.

Le récit reste ancré sur son héroïne, Sarah, une adolescente au caractère bien trempé (interprétée par Hafsia Herzi, remarquable). La première partie du film nous relate sa petite enfance. Abandonnée dans un foyer catholique en Belgique, son destin va changer quand son père décide de la ramener au Maroc. Et de l’abandonner une nouvelle fois : il la confie à sa sœur, et retourne en Europe. Il nous apparaît comme un être dur, égoïste, secret, symbole d’une culture patriarcale qui ne justifie jamais ses motivations et se contente de les imposer. Ce père absent, mais qui pourtant a le pouvoir de décider du destin de sa fille, constitue la clef de tout le récit.

Sarah est une héroïne résolument moderne. Forte, déterminée, courageuse. Les plaies de son enfance ne sont pas refermées, ces fragilités sont assumées, elles refont surface régulièrement, comme s’il fallait les rappeler à intervalle régulier pour pouvoir non pas les panser, mais tout simplement les rendre supportables.

C’est donc à travers les yeux de Sarah que l’on voit abordées les nombreuses thématiques du récit. Au premier rang desquelles le choc des cultures. Sarah n’est pas une jeune femme à proprement acculturée. Elle n’est pas à moitié marocaine, à moitié belge : elle est marocaine. Mais elle a du adopter la culture marocaine, alors que sa petite enfance en Belgique lui avait inculqué les bases d’une culture européenne. Culture européenne que le film a la mauvaise idée de présenter de manière un peu idéalisée. Sarah n’a qu’une obsession, retourner en Belgique. Elle ne se sent pas à sa place dans un pays que son père a choisi pour elle, mais dont elle ne partage pas les pratiques, qu’elles soient culturelles, sociales ou religieuses.
 

Le problème du Sac de farine n’est pas tant de savoir si l’on ressent de l’empathie pour son héroïne. La cinéaste fait tout pour, à grands coups de scènes peu crédibles, et dont le pathos bien trop appuyé annihile toute véracité dans la puissance émotionnelle qui pourrait s’en dégager. Le problème, c’est que toutes les situations auxquelles est confrontée l’héroïne sont présentées sous le signe de la dualité et de l’opposition presque manichéenne. Il y a la culture marocaine contre la culture européenne. Il y a le courage d’une fille contre des parents qui la rejettent. Il y a l’armée qui déploie ses manières musclées contre le peuple qui a faim. Le personnage de Sarah manque d’aspérité et de profondeur, et est souvent prévisble. Ses cousines rêvent de mariage, elle non. Son oncle la rejette, elle fait preuve de sacrifice. Etc…

Bref, il y a dans Le sac de farine un déséquilibre rédhibitoire. Tout se passe comme si l’héroïne devenait une sorte de symbole, voire de porte-parole. Les différentes mises en opposition sont d’une part trop évidentes, d’autre part trop simplistes. La profondeur du personnage est sacrifiée sur l’autel de mises en situation qui manquent souvent de finesse. Dommage, car il y a bien quelques fulgurances qui émaillent le récit. Lors de ces instants de grâce que le film parvient à atteindre miraculeusement, il n’est plus question de messages ou d’opposition. Il est simplement question d’une jeune adolescente au parcours bouleversant, dont le regard recèle une puissance universelle.

Titre original : Le sac de farine

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Durée : 100 mn


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