Select Page

Le Mans 66

Article écrit par

Porté par un Christian Bale meilleur que jamais, « Le Mans 66 » nous raconte la passion d’un champion de course automobile avec des moments de vérité parfois bouleversants.

Vu les blockbusters en haut de l’affiche rien qu’en 2019, on pourrait croire qu’Hollywood ne produit plus que des films pour enfants ou des films fantastiques avec moult effets spéciaux et scenarii tordus à souhait. Mais, ô divine surprise, Le Mans 66, le dernier film de James Mangold, est là pour nous détromper. Avec ce film, le réalisateur américain, auteur entre autres du somptueux Walk the Line (2005), nous offre un spectacle haletant tout en nous donnant l’occasion de revivre un épisode marquant de l’histoire de la course automobile.

Ronron

Nous sommes au début des années 60. La Ford Company, dirigée par Henry Ford II, perd des parts de marché, ses modèles plaisent moins. La direction décide de changer de stratégie et notamment de tenter un rapprochement avec Ferrari pour donner un coup de jeune à la marque américaine. Les émissaires de Ford dépêchés en Italie se font éconduire par Enzo Ferrari. Ils décident alors de lancer un programme pour battre la marque au cheval cabré sur son propre terrain, en visant le graal absolu dans le domaine de la course automobile, Les 24 h du Mans, alors régulièrement remportés par une Scuderia qui, à cette époque, est au sommet de sa gloire. Les dirigeants de Ford donnent alors carte blanche à l’ingénieur Caroll Shelby (Matt Damon), ancien pilote de course devenu designer automobile, pour construire la voiture qui battra les Ferrari. Shelby fait appel à son ami Ken Miles (Christian Bale), pilote surdoué au caractère impétueux, comme pilote vedette de l’écurie.

Le début de cette surproduction ronronne. Mangold pose très bien le contexte mais la mise en scène est attendue, sans surprises. Matt Damon est parfait comme à son habitude, il crève l’écran tout en nous laissant de marbre. L’action se met en place doucement et les décors témoignent du budget colossal du film : 100 millions de dollars… Puis c’est l’entrée en scène de Ken Miles qui va littéralement nous transporter à la cadence infernale de son caractère imprévisible et de sa conduite périlleuse. Miles, qui dans la vraie vie fut un pilote britannique émigré à Los Angeles, remporta dans les années soixante plusieurs fois le championnat du monde de voiture de sport. Icône de la course automobile, il est ici interprété par un Christian Bale qui joue l’intrépidité et la passion à la perfection.

 

 

 

Instinct

Miles est donc le véritable détonateur de ce film qui prend une toute autre dimension que ses débuts le laissaient présager dès lors que l’on rentre dans l’habitacle de sa Ford GT40, le prototype qui est destiné à détrôner Ferrari. Une bonne partie de la magie du métrage repose sur la restitution du vrombissement des moteurs surpuissants de l’époque, résultat d’un travail exceptionnel fait sur le son, dépourvu de trucages numériques, si bien que nous nous retrouvons confinés bel et bien dans l’habitacle de la voiture de Miles. Traversés physiquement par les sensations que pouvait éprouver le pilote pied au plancher, nous ressentons véritablement ses émotions : la peur, l’exaltation, la déception, la griserie d’un dépassement. Mangold réussit à retranscrire de façon quasi-organique ces courses folles qui à chaque instant pouvaient être fatales étant donnés la surpuissance des bolides et une sécurité sur les circuits qui n’était pas celle que connaissent les autodromes d’aujourd’hui. Le réalisme des scènes de course est stupéfiant, en sorte qu’il nous colle littéralement à notre fauteuil comme si nous étions vraiment dans le siège baquet d’une GT40.  Nous en prenons toute la mesure dans une des séquences inaugurales, lorsque Shelby pour la dernière course de sa carrière, écrase le champignon, sous une pluie battante, sur la ligne droite des Hunaudières, à plus de 300km/h…

 

 

 

Nous savons que Miles est prêt à prendre tous les risques. Miles ne triche pas et c’est ce que réussit à interpréter génialement Christian Bale. Le réalisateur, et c’est là son véritable exploit, réussit à filmer un homme qui fait corps avec sa machine. Il filme l’instinct. L’instinct d’un pilote surdoué qui sait qu’à chaque seconde la mort peut le faucher. Le Mans 66 n’est pas un film sur la course auto. Toute la reconstitution de l’époque, la bagarre Ford/Ferrari ne sont, en définitive, que des prétextes, un décorum. La passion, l’élan irrépressible vers un horizon prometteur et fatal sont les véritables sujets de ce film. Le Mans 66 est un très beau film sur la passion, le risque, le désir de vaincre et…le destin.

Acteurs : , ,

Année :

Genre :

Pays :

Durée : 153 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Kanal / Ils aimaient la vie

Kanal / Ils aimaient la vie

« Kanal » ravive le spectre de la guerre. Avec cette odyssée humaine, Andrzej Wajda filme le « romantisme de l’horreur » dans la tourmente de l’insurrection de Varsovie et les convulsions de l’Histoire de la Pologne. Dantesque en version restaurée 4K distribuée par Malavida.

Les reines de la nuit

Les reines de la nuit

Un reportage télé qui ne parvient pas à singulariser ses personnages, et où l’esthétique camp des cabarets parisiens ne contamine pas la mise en scène, trop absente.

It must be heaven

It must be heaven

Un conte burlesque explorant l’identité, la nationalité et l’appartenance, dans lequel Elia Suleiman pose une question fondamentale : où peut-on se sentir « chez soi  » ?

Made In Bangladesh

Made In Bangladesh

Made in Bangladesh est un film en lutte, qui s’attaque à de nombreux sujets politiques, sociaux et économiques, mais avant tout profondément humains, et qui ne le fait pas sans une certaine finesse ni une certaine beauté.