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Le Doulos (1962)

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Un polar aussi disparate qu´intrigant : ressortie du « Doulos » à l’occasion de la rétrospective consacrée à Melville.

Il a 45 ans quand il réalise son huitième film. Dix ans plus tard, il mourra des suites d’un arrêt cardiaque survenu alors qu’il déjeunait avec Philippe Labro. Il s’appelait Grumbach, mais préférait qu’on l’interpelle par le pseudo imagé de Melville. Il portait l’accoutrement d’un mafieux de la vieille époque, mais ne « portait jamais le chapeau » comme on dit dans le milieu, ce même si l’un de ses plus fameux personnages de fiction avait la manie d’indiquer toutes les affaires louches aux poulets. Donc 1962, Bebel, Reggiani, Piccoli & Desailly devant la caméra, et Jean-Pierre Melville en cadreur hors-pair de cette solitude qui pousse parfois les hommes à balancer leur déclin.

On évoque rarement ce film, sans doute trop court, peu de scènes cultes, beaucoup de ruptures narratives dans une construction en forme d’éventail, où chacun place ses pions sans se soucier de les emmener vers l’échec et mat. D’abord Faugel (Serge Reggiani), fraîchement sorti de prison, qui bute un receleur, assassin présumé de sa femme et finit par dissimuler le magot (des bijoux, de la thune et l’arme du crime). Puis un ami, le sénile et troublant Silien (Jean-Paul Belmondo), jouant sur deux rayons, arpentant le quai des Orfèvres comme il caresserait un cadavre d’un pote après l’avoir flingué, tout en circonspection. Entre les deux, des flics, de jolies pépées et un Piccoli en chef mafieux qui se fera embarquer manu militari dans la spirale démentielle de Silien.

 
On l’évoque donc rarement même si tout cela est discutable. Les grands films indémodables, Le Deuxième souffle, Le Cercle rouge et Le Samouraï viendront plus tard, ils seront énormément dévalisés par des cinéastes tels que Johnny To, Quentin Tarantino et autre Martin Scorsese, et c’est pour cela que la tendance est à faire l’impasse sur cette transition où l’on vit Bob le flambeur, Léon Morin, prêtre et le film qui nous intéresse, Le Doulos. Œuvre délicate, où se respire un souffle en forme de résistance. Silhouettes totalement solitaires, ombres chinoises et le tout emporté par une marginalisation où il faut impérativement choisir entre mentir ou mourir. Destin pourri mais traversé par une période où quelque chose s’est produit et radicalisa le monde du milieu, du cinéma, donc d’une vie pépère. Les hommes melvilliens, qu’ils soient gangsters, flics, ou résistants dans la France vichyssoise, sont en proie à un doute qui ne leur laisse aucun répit. Pour exister, ils doivent continuellement être en mouvement, l’œil aux aguets, les mains dans la poche et la dégaine facile au cas où la situation deviendrait complexe. Aucun paysage ensoleillé, que de la brume et une capitale de douleurs, Paris, qui sera le décor de ce théâtre des rues.
 
 
 
Le Doulos, sans être ce diamant imparable, continue de creuser nos sillons imaginaires. Melville se délecte de travailler le temps tout en refusant de couper frénétiquement dans ses plans. Champs/contrechamps abolis, séquence étirée où la caméra tournoie autour du chef d’orchestre melvillien et personnages hermétiques et aux gestes largement solidifiés. Il n’en faut pas plus pour se laisser transporter par de belles saynètes où le calme et le flegme des choses prennent le pas sur la dramaturgie du plan. Il faut voir cet inspecteur bien campé par Jean Desailly, travaillant au corps le doulos Belmondo tout en lui susurrant des p’tites suggestions qui le forceront à se repositionner en deux temps trois mouvements pour mieux se faire la malle. La séquence est belle, inattendue, et enferme le spectateur dans une belle, très belle leçon de cinéma. L’intérieur, selon Melville, c’est l’atout d’un bon polar. Le Doulos le confirme en 100 minutes.
 

Titre original : Le Doulos

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Durée : 109 mn


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