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Le Dernier voyage

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Chant d’amour aux films de SF français, ce spectacle rafraichissant parfois un peu trop naïf parvient à rester sympathique et accrocheur.

Paul est un surdoué, un astronaute d’élite formé pour une mission de la plus haute importance. Il y a quelques années, la Lune rouge, un astéroïde gigantesque venu du fond de l’espace, a croisé l’orbite de la Terre. La roche dont elle est faite s’est révélée être un excellent substitut aux énergies fossiles qui avaient rendu notre planète inhabitable. Jusqu’à ce que la Lune change de trajectoire pour se diriger droit vers la terre. Paul est le seul à pouvoir piloter le vaisseau qui doit permettre de la détruire avant la collision. Seulement voilà, il ne reste qu’une semaine et il s’est enfui…

Film de fan

Les premières images nous montrent clairement son identité : Le Dernier voyage est un film de fan, fait par un homme qui aime l’esthétique du genre et qui aime ses personnages. On ressent qu’il répond à un désir, un fantasme d’enfant qui se réalise enfin, ce qui lui donne un côté très bienveillant et sympathique. La référence à Star Wars saute aux yeux, notamment le tournant pris par la série The Mandalorian. Le costume des policiers pourrait parfaitement être emprunté à la saga, et leur comportement rappelle celui des Stormtroopers. On serait tenté de citer Mad Max (George Miller, 1982) mais il serait plus exact de parler du Dernier combat (1983), premier film de Luc Besson, qui se déroule lui aussi dans un décor postapocalyptique. On en retrouve un peu dans cette France devenue désertique, dans la fantaisie des personnages qui rappelle un peu les bandes dessinées, et dans la présence de Jean Reno qui joue ici le père de Paul, une sorte d’Elon Musk français plutôt convaincant. Mais c’est l’influence étrangère qui prime. On se croirait par moments dans un road trip américain. Romain Quierot et son équipe sont partis filmer dans le désert marocain de Ouarzazate avant d’ajouter des effets spéciaux sur l’image pour augmenter l’impression de dépaysement science-fictionnel. Le film a également voulu se donner une teinte « rétro », comme on peut en voir sur les couvertures des pulp de l’âge d’or des années 1950. Citons aussi pêle-mêle Blade Runner (Ridley Scott, 1982), Alien3 (David Fincher, 1992), Zelda Majora’s Mask (2000) (pour la Lune rouge qui menace de s’écraser), …

 

 

Beau mais naïf

Tous ces lieux communs font que le film nous accueille très facilement dans son univers. On pénètre dans l’intrigue et on se familiarise bien vite avec les personnages, qui sont efficacement présentés. Malgré des dialogues parfois un peu simplistes, leurs histoires sont touchantes et même les personnages qui ne font que passer sont attachants. Mais passé le milieu du film, le scénario montre ses faiblesses. Un peu comme celui de Mad Max : Fury Road (George Miller, 2015), il tient presque plus du prétexte que du vrai moteur. Le regard de Romain Quierot reste un peu trop naïf pour tout à fait convaincre, et il faudra vraiment accepter de se laisser aller, d’adopter les yeux d’un enfant, pour profiter pleinement du spectacle. Et il est vrai que s’en est un : les images sont très réussies et les effets spéciaux s’intègrent bien. La musique a l’élégance de préférer le français à l’anglais, et de ne pas verser dans le « jukebox » en s’appuyant dessus comme d’une béquille pour souligner les scènes d’action ou les effets dramatiques. Pour résumer simplement, Le Dernier voyage est un rafraichissement à savourer sans le prendre trop au sérieux. Dans un registre similaire, vous trouverez Blood Machines (2019), un autre film de fan réalisé par un duo d’amoureux des effets spéciaux qui étalent ici tout leur talent. Un extrait facilement trouvable sur YouTube illustre le titre Turbo Killer de Carpenter Brut. Il y a également Le Dernier Combat cité plus haut, un film étonnant et bien réalisé. Enfin, à la recherche d’un autre road trip post apocalyptique, vous pouvez admirer le magnifique La Route (2009) de John Hillcoat.

Post Scriptum

Je voulais terminer cet article par une note plus personnelle, pour deux raisons. Le Dernier voyage était le premier film que je voyais dans une salle depuis de très nombreux mois, et c’est ce fut de merveilleuses retrouvailles. Je désirais vous partager un peu du bonheur que j’ai ressenti ce jour-là, en allant m’asseoir dans ce fauteuil qui m’attendait depuis si longtemps. Face à l’écran, au milieu de mes collègues, j’ai senti le léger tremblement qui nous a tous envahis quand la lumière s’est finalement éteinte. Il m’a fallu quelques secondes pour réaliser que c’était bien un film que nous allions voir, comme si j’avais pu oublier à quoi la chose ressemblait. On ne verra jamais un film aussi bien que dans une salle pensée conçu à cet effet, équipée en conséquence et approvisionnée par toute une chaine de métiers très difficiles mais passionnants. C’est ma conviction, on peut ne pas la partager, mais je pense que cet art ne sera plus jamais le même si cette chaine (qu’elle soit dans le « système » ou non d’ailleurs), dont la salle est le dernier maillon, vient à se briser.

La deuxième raison pour laquelle je me permets cette première personne et que je me sens très proche de la démarche du réalisateur Romain Quierot. Le dernier voyage est son premier film ; il en est l’auteur, le monteur et le cadreur. Rares sont les films français à avoir l’audace et l’opportunité de donner dans la science-fiction. C’est un genre de plus en plus codifié qu’on réserve aux productions très importantes, elles doivent conquérir un large public pour pouvoir rentrer dans leurs frais (Valérian et la cité aux mille planètes en est le dernier exemple en date). Romain Quierot attribue en partie sa réussite au court-métrage Le dernier voyage de Paul W.R. qui lui a permis de rencontrer beaucoup de producteurs qui ont cru en lui. En tant que réalisateur amoureux de SF, j’aspire à un destin comme le sien. L’espoir est difficilement permis, mais le fait que ce film existe me fait croire en un changement, de la part des producteurs et des spectateurs. Un jour peut-être, je vous projetterai mes films sur écran et je lirai de votre part quelques critiques attentives.

Titre original : Le Dernier Voyage

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Durée : 1h27 mn


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