Le Coeur battant

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La vie comme elle va dans un film néo-réaliste sauce texane.

C’est après deux films inédits en France (The Passage, 2011 ; et Low Tide, 2012), que ce discret Coeur battant vient clôre la sorte de trilogie du quotidien texan du réalisateur italien Roberto Minervini. Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2013, le long métrage relève plus du travail d’observation d’un type de vie traditionnel et marginal (façon les sublimes Profils paysans de Depardon) que de la fiction, sans être un documentaire pur et dur. L’entre-deux est précaire, l’intérêt du sujet pliant parfois sous le poids de l’absence presque totale de mise en scène – Minervini le dit en dossier de presse : “Chez moi, c’est l’ethnologue qui l’emporte sur le cinéaste”. C’est sans doute ainsi qu’il a pu, libéré de ses vélléités de filmeur, approcher d’aussi près la famille Carlson, éleveurs de chèvres du fin fond du Texas, cathos frange stricte mais pas forcément sévère, douze enfants élevés et éduqués à domicile selon les préceptes rigoureux de la Bible. Et plus particulièrement Sara, quatorze ans, toute prédisposée à respecter la tradition jusqu’à ce que la rencontre avec Colby, un jeune rodéo du coin, la fasse s’interroger.

Un frémissement à peine – l’attraction mutuelle semble d’ailleurs davantage mise en scène que le reste, et les trajectoires de Colby et Sara font vite route séparée – mais suffisant pour que la jeune fille se demande si elle est une “bonne chrétienne”. Ce frémissement constitue la part la plus intéressante du Coeur battant, qui suit à juste distance le quotidien très délimité d’une famille où le doute et le hasard n’ont que la place que Dieu veut bien leur donner. Dans cette existence régie par les règles et un ancrage très fort dans un territoire donné – nous sommes au Texas, les femmes enceintes tirent à la carabine et les jeunes se sortent de l’alcool et des drogues par des groupes de paroles avec des prêcheurs -, la moindre interrogation fait office de séisme, coeur battant fort dans un corps gardé pur et rigide. Cela, Roberto Minervini le montre très bien dans des scènes puissantes, filmées caméra à l’épaule et sur la durée – la discussion finale entre Sara et sa mère sur la foi ou le débat de Sara et ses soeurs sur la légitimité du mariage font ainsi figure d’exemple.

Traversé d’images superbes et quasi surréalistes (les soeurs Carlson marchant dans la forêt, vêtues de robes d’époques), Le Coeur battant dissèque, se gardant bien de tout jugement mais pointant quelques caractéristiques texanes (le rapport aux armes et à la religion, la ruralité…). Avec la lenteur des étés étouffants de la région, Minervini scrute les compétitions de rodéo locales, les marchés d’artisanat où le fromage peine à se vendre, les chèvres qu’il faut traire inlassablement et la Bible à lire et relire. Jusqu’à trouver son point de convergence, Sara, objet d’étude fascinant : son personnage, c’est elle sans l’être puisqu’elle n’est pas actrice mais c’est sa vie qu’on tourne cinquante-cinq jours durant, argument néo-réaliste d’un film qui se tient loin de toute catégorie prédéfinie. Ca n’a l’air de rien du tout, c’est pourtant bien le frisson d’être au monde que le film parvient à restituer, et la peur contenue de ne pas savoir tout à fait comment s’y prendre.

Titre original : Stop The Pounding Heart

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Durée : 101 mn


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