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La Vénus à la fourrure

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Huis clos drôle et piquant : un des sommets de Polanski.

Adaptation d’une pièce de David Ives proposant une relecture critique d’un roman érotique de Sader-Masoch, le dernier film de Polanski a l’audace des plus grandes réussites du cinéaste. Enfermant un soir d’orage, dans une salle de théâtre, un metteur en scène, Thomas (Mathieu Amalric) et une actrice, Wanda (Emmanuelle Seigner) postulant pour un rôle dans la dernière pièce du bonhomme, il construit un huis clos à deux figures, au cours duquel un glissement va s’opérer peu à peu d’une simple séance de casting à l’expression de la prise de pouvoir d’un personnage sur l’autre. Très proche, mais dans un style plus littéraire et virevoltant, beaucoup plus drôle également, de La jeune fille et la mort (1995), La Vénus à la fourrure ne cesse de questionner sur l’implicite qui structure un rapport de force et une domination, ainsi que sur notre (in)capacité à le percevoir, à ne pas être dupe.

C’eût été trop beau pour être vrai. Après une journée passée à auditionner des jeunes femmes pour sa nouvelle pièce, Thomas voit arriver, en retard, dans le petit théâtre qu’il n’occupe qu’à moitié (la scène étant encombrée par les restes de décors et accessoires d’une production belge de La Chevauchée fantastique) une nouvelle candidate au rôle principal. Présence dont le caractère fantomatique dévorait l’espace dès le premier plan (travelling dépourvu de présence humaine avançant pleine rue sous la pluie, démarche assurée, cadre et tête légèrement penchés), inconnue au bataillon portant de manière trop providentielle le prénom du personnage qu’elle devra interpréter sur scène, revenante, vengeresse ou autre, elle incarne la possibilité d’un basculement pouvant s’opérer à n’importe quel moment (à l’image de ce virage effectué en direction du théâtre venant rompre l’impression de continuité du premier travelling), et un doute qui s’insinue pour remettre en question l’appréhension que l’on a de la situation. Comme le cow-boy de L’Homme des hautes plaines, elle n’arrive de nulle part. Ce voile posé sur l’origine du personnage et ses possibles connexions (comment a-t-elle eu le manuscrit ? comment est-elle au courant de l’audition ?) fait naître un masque sur sa personnalité et ses intentions. D’abord perçue (et montrée) comme vulgaire, elle se révèle talentueuse et idéale pour le rôle, mais son anonymat oppose une résistance aux certitudes qu’elle installe en semblant répondre aux attentes du metteur en scène. Une merveilleuse interprète d’une cinquantaine d’années, sans CV, et dont le nom n’évoque rien, dans le monde de la scène, cela ne doit pas pouvoir exister.

Le film progresse en s’appuyant sur une perception esthétique de la situation par le personnage de Thomas, où le ravissement l’emporte petit à petit en prenant le pas sur ses hésitations, et où le sentiment qu’il a de la manipuler pour la noble cause de l’art se voit pris au piège de quelques flatteries. Il se retrouve face à une force qui, tout en semblant jouer son propre jeu, l’emporte bien au-delà de ses propres moyens. Mais le jeu se révèle double jeu, et la providence vire au cauchemar, renvoyant à sa misérable condition celui qui aura cru le temps du film que toute la scène se déroulait pour lui, pour sa pièce, sa notoriété, sa vision bourgeoise et sexiste de l’art.
 
 

Titre original : La Vénus à la fourrure

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Durée : 93 mn


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