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La Mif

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Exercice virtuose de cinéma direct

Une vraie fausse famille

Déjà, il est important de savoir que le titre n’est pas un énième sigle pour désigner un foyer d’accueil en Suisse. La mif en verlan des jeunes, ça veut dire la famille. Parce que ces jeunes filles sont en foyer d’accueil autour d’une solide équipe et de Lora, la directrice en fin de carrière, qui sont présentes à chaque minute de leur vie. Les conflits, les pleurs, les drames mais aussi parfois les joies ne sont pas rares et ils sont superbement mises en scène. Les éducateurs ne sont pas leurs vrais parents, mais ils doivent être attentifs à tout et ne pas devenir complices non plus de ces adolescentes en manque de repère et d’affection. On constate avec ce film que c’est un métier très difficile, d’autant que la hiérarchie veille au grain et les rejettera à la moindre erreur, expérience que fait Lora à deux reprises dans la film, jusqu’à sa mise à la retraite forcée.

Méthode de travail

Comment l’idée est-elle venue au réalisateur, Fred Baillif, dont le travail de cinéma absolument fabuleux est issu de son expérience de réel autodidacte qui travaille le cinéma qu’on appelait autrefois « vérité » avec des acteurs non professionnels immergés dans leur monde habituel ? Et pour La Mif, c’est absolument saisissant. Le spectateur croira vivre entre ces murs, avec ces jeunes filles mal embouchées, vulgaires, mais vraiment vivantes et passionnantes. Le cinéaste explique dans le dossier de presse du film comment il a mené ce travail : « Avec mes deux premiers projets narratifs, Tapis Rouge (2015) et Edelweiss Revolution (2019), j’ai développé un style inspiré du cinéma direct, basé sur des personnes réelles et l’improvisation. Ce qui m’anime avec cette méthode, c’est la recherche d’une performance naturelle et le plaisir de découvrir des talents insoupçonnés chez des personnes qui n’ont pas eu d’expérience préalable du jeu d’acteur. Les actrices sont devenues les “co-autrices” du film, car l’accès qu’elles m’ont donné à leur réalité m’a permis de construire l’histoire. Ce processus a donné des résultats fascinants. Il a commencé par des entretiens individuels avec chacun des résidents et des employés du foyer, qui ont débouché sur des thèmes d’improvisation. »

Aider à vivre et à grandir

On est vraiment admiratif car on ne voit absolument pas l’énorme travail d’improvisation qu’il y a eu en amont pour construire un tel documentaire scénarisé. Le film mérite d’être vu, débattu, projeté dans les maisons des jeunes et les lycées tant il est plein d’humanité, de poésie et de force. De plus, il aide à dénoncer un mal qui ronge la société : la maltraitance des jeunes, les viols et l’inceste, et pas seulement auprès des jeunes filles. Les interprètes, tant du côté des filles que du personnel éducatif, sont inoubliables et sont arrivés à créer de vrais personnages crédibles et émouvants. Laissons la parole à l’inoubliable Lora du film, à qui Claudia Grob prête vie : « Un foyer ce n’est pas une prison, ils ne sont pas punis, ils sont là pour qu’on les accompagne et qu’on continue à les éduquer, y compris dans leur sexualité. La sexualité entre des adolescents, cela met les adultes dans tous leurs états, et qu’est-ce que cela fait parler, la presse adore ça ! Mais la sexualité ce n’est pas un crime, ça s’apprend, c’est un droit. » Beau travail !

 

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Durée : 110 mn


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