La Marche

Article écrit par

Pour son deuxième long métrage, Nabil Ben Yadir se met en marche contre le racisme. Son équipe ? Des jeunes de cité, un curé, une lesbienne, un chanteur, un voleur, une militante, bref, le cocktail idéal dans les années 80 pour changer les mentalités.

A l’origine de ce film, une envie de réalisateur. Partir d’un fait réel – une Marche menée en 1983, appelée dans la presse « La Marche des beurs » où une trentaine d’enfants d’immigrés et de militants antiracistes partent de Marseille pour Lyon, Amiens jusqu’à Paris. Cet événement, vieux d’à peine trente ans, avait déjà dans sa démarche quelque chose de cinématographique. Surtout si l’on s’attache au côté pacifiste des jeunes d’une cité témoins d’une bavure policière, un ras-le-bol partagé mais difficile à témoigner au niveau national, un malaise identitaire et un coup de gueule contre le manque d’égalité entre Français… Tous les ingrédients étaient réunis pour romancer cette marche et la proposer sur grand écran.
  
Nabil Ben Yadir, après son premier film Les Barons (2010), fait le pari d’un long métrage au casting prestigieux. En effet, le réalisateur belge a réuni Olivier Gourmet, Jamel Debbouze, Charlotte le Bon, Hafsia Herzi, Lubna Azabal, mais aussi de jeunes acteurs qui ne cessent de faire parler d’eux, on pense à Tewfik Jallab et Vincent Rottiers. C’est le cœur du scénario, créer une équipe capable de faire « vraie », d’être crédible sur le plan des convictions contre le racisme et sur leur entente après une longue marche où les obstacles s’accumulent, le confort s’efface. C’est d’ailleurs ce que le producteur du film, Hugo Sélignac – Les Petits Mouchoirs (Guillaume Canet, 2010), Ne le dis à Personne (Guillaume Canet, 2006), Seul Two (Eric Judor et Ramzy Bedia, 2008) – a confié lors de la promotion de La Marche : les acteurs ont tourné dans des conditions semblables à celles des véritables marcheurs.

 

 

Tout commence dans la cité des Minguettes, dans la banlieue sud de Lyon. Trois copains – Mohamed, Sylvain et Farid – assistent à une bavure policière dans leur quartier. L’un d’eux en sera même la victime collatérale. Et c’est de cet accident que naît, avec une ferme intention de se faire entendre au niveau national, l’idée d’une marche pacifiste à la Gandhi. Avant de constituer un groupe, ils vont devoir successivement convaincre leurs proches, les associations de lutte contre le racisme, les habitants des villes traversées. A chaque étape, ils sont logés et nourris par ces habitants, avec parfois quelques surprises. A cette trame s’ajoute une romance, un amour entre Sylvain et Monia – la nièce venue soutenir sa tante pendant ses vacances – mais aussi des coups durs, des agressions en tout genre, des sessions en boîte de nuit, etc.

Un peu à la Luc Besson, Nabil Ben Yadir a réalisé son film très proprement, avec une histoire et des personnages à qui l’on s’attache crescendo. Même si le film a quelques longueurs, toutes les séquences forment un long métrage très intéressant. Les émotions sont fortes, crédibles, les personnages issus d’univers totalement opposés se coordonnent sans fausse note, on y croit, on les soutient sans trop savoir jusqu’où cette marche va les mener. D’un hôpital à un restaurant, d’un gymnase à un discours politique, tous les lieux et tous les dialogues sont finement pensés et servent le scénario pour un film engagé.

 

Et côté engagement, Nabil Ben Yadir arrive assez facilement à donner son point de vue sans trop en faire. Le film reste de l’ordre du divertissement, telle une épopée civile et motivée pour plus de droits de l’homme, d’égalité, et contre le racisme, sans mélodrame. La Marche met en scène l’événement de 1983 avec une légère dose de romance. A la manière des marcheurs, le spectateur vit à leurs côtés au fil des villes, au fil des rencontres parfois surprenantes, parfois provocatrices, parfois décourageantes. Le plus du film, c’est sa bande originale. Composée par Stephen Warbeck, Oscar de la meilleure musique de film pour Shakespeare in Love (John Madden, 1999), c’est le véritable rythme de cette aventure, qui cadence les faits et gestes des personnages. A noter aussi, l’accent belge de cette production, avec un réalisateur, un acteur – Oliver Gourmet – et une native du même quartier que le réalisateur en Belgique (Lubna Azabal).

En conclusion de cette histoire et du film, les marcheurs sont allés jusqu’à l’Elysée. Et c’est d’ailleurs devant le chef de l’Etat et sa femme que le film La Marche a été présenté un mois avant sa sortie. Jusqu’à faire pleurer la Première dame. Reste à voir si ces larmes seront partagées par tous…
 

Titre original : La Marche

Réalisateur :

Acteurs : , , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 120 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La Passagère

La Passagère

Plongée traumatisante dans l’électrochoc concentrationnaire, « La Passagère » est une oeuvre lacunaire unique en son genre tant elle interroge l’horreur de l’Holocauste par la crudité aseptisante de ses descriptions aussi bien que par les zones d’ombre qui la traversent. Retour sur ce chef d’oeuvre en puissance qui ressort en salles en version restaurée 4K.

Le Salon de musique

Le Salon de musique

Film emblématique et sans doute le chef d’oeuvre de Satyajit Ray même si le superlatif a été usé jusqu’à la corde, « Le salon de musique » ressort dans un noir et blanc somptueux. S’opère dans notre regard de cinéphile une osmose entre la musique et les images qui procèdent d’une même exaltation hypnotique…

WESTFIELD STORIES SAISON 2

WESTFIELD STORIES SAISON 2

Interview de Nathalie PAJOT, Directrice Marketing France d’Unibail-Rodamco-Westfiel. Elle nous présente la deuxième édition du Festival de courts-métrages Westfield Stories auquel est associé Kourtrajmé, le collectif de jeunes cinéastes crée par Ladj Ly.

Cycle Mani Kaul, cinéaste féministe de l’errance et du voyage intérieur

Cycle Mani Kaul, cinéaste féministe de l’errance et du voyage intérieur

Le cinéma de Mani Kaul dépeint subtilement la manière dont la société indienne traite ses femmes. On peut qualifier ses films d’art et essai tant ils se démarquent de la production commerciale et sont novateurs par leur forme originale. Avec une âpreté et une acuité douloureuses, le réalisateur hindi décline le thème récurrent de la femme indienne délaissée qui subit le joug du patriarcat avec un stoïcisme défiant les lois de la nature humaine. Un mini-cycle à découvrir de toute urgence en salles en versions restaurées 4K.