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Kings of the World

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Les Etats-Unis, > ? Trois réalisateurs français, Valérie Mitteaux, Anna Pitoun et Rémi Rozié se sont aventurés dans le grand Ouest américain, armés de deux caméras, mais avec une seule et même question en tête : >. Kings of the world (>), road movie documentaire se déroule durant les élections présidentielles de 2004. Il donne […]

Les Etats-Unis, << what else >> ? Trois réalisateurs français, Valérie Mitteaux, Anna Pitoun et Rémi Rozié se sont aventurés dans le grand Ouest américain, armés de deux caméras, mais avec une seule et même question en tête : << Que pensent les Américains de l´influence de leur pays sur le reste du monde ? >>. Kings of the world (<< Les Rois du monde >>), road movie documentaire se déroule durant les élections présidentielles de 2004. Il donne la parole à une cinquantaine de citoyens dont les confidences, les réserves mais aussi les interrogations révèlent le craquellement profond du système politico-économique de cette hyper puissance mondiale.

Si du côté de la fiction états-unienne, le fameux << modèle américain >> a depuis longtemps été dynamité, le genre documentaire ne s´est réveillé qu´à travers la caméra offensive (et subjective) de Michael Moore. Comment ne pas penser à The Big One, Bowling for colombine ou encore Fahrenheit 9/11 (Palme d´Or au Festival de Cannes 2004) lorsqu´il s´agit de diagnostiquer la situation actuelle de la société américaine ? Kings of the world, film français sans être pour autant un << point de vue français >> sur les Etats-Unis, ne se prétend pas pamphlétaire. Il adopte une démarche compréhensive (au sens sociologique) de la vision que les Américains se font de la politique de leur pays et de leur positionnement par rapport à elle.

Le film repose sur des rencontres, sur des dialogues et en particulier sur des portraits. En ne sillonnant que des Etats de l´Ouest, les réalisateurs semblent s´attaquer d´emblée au discours de << l´Amérique profonde >>, celle que tout un chacun dans le monde a un jour côtoyer sur son écran cathodique. Place aux cow-boys et aux Indiens, en passant par les bickers et les Mormons. La caméra, assoiffée d´expériences, traverse grandes villes, campagnes et déserts. Les plans rapprochés ou américains (ironie du sort) alternent régulièrement avec des plans d´ensemble censés planter le décor. Au premier abord les clichés sont intacts. Un homme dans une laverie (l´un des décors typiques de la culture états-unienne) argue que la guerre en Irak est une bonne chose : << On fait des choses pour aider les autres gens et si on fait des erreurs, et ben tant pis ! >>. En près de deux heures, tous les sujets actuels sont questionnés : la guerre bien sûr, mais aussi la religion, le travail, le système de santé, la sécurité, les armes, et même le réchauffement de la planète.

Le manichéisme, évident au départ, s´estompe au fur et à mesure de notre plongée dans le pays. Kings of the world n´est pas un film sur les gentils citadins démocrates (comme ce gauchiste déchu qui a épousé une afro-américaine) contre les méchants cow-boys républicains (ce cow-boy démocrate qui se bat pour promouvoir la campagne John Kerry l´illustre bien). La rhétorique du rêve américain s´est presque entièrement effondrée. Les personnes interrogées semblent en proie à l´incertitude. Le << pays des opportunités >> n´en offre plus autant et flotte dans un désenchantement ubiquiste. Se confier à ses trois cinéastes étrangers devient apparemment rassurant pour certains, l´occasion de s´interroger pour d´autres. L´habitante d´un mobil home confie ainsi que jusqu´à ce qu´elle voyage en Europe, elle était persuadée que les Etats-Unis étaient appréciés partout dans le monde. Kings of the world révèle aussi le pouvoir exceptionnel des médias américains qui s´efforcent de confiner dans une bulle gigantesque des valeurs parfois obsolètes, et surtout d´entretenir un rêve qui n´est plus que nostalgie.

Kings of the world questionne évidemment l´avenir du monde tout entier. Nos imaginaires étant << traversés d´Amérique >>, voire tournés vers elle, la démarche des documentaristes apparaît plus que nécessaire aujourd´hui. La réalité inquiétante du quotidien américain et les doutes de ses citoyens offrent un aperçu peu réjouissant pour des pays comme la France dont le choix politique actuel tend vers ce modèle-fantôme. << America, love it or leave it >> ne sonne d´ailleurs plus si outre atlantique…

L´oeuvre documentaire de ces trois réalisateurs s´est nourrie d´un << melting pot intellectuel >> particulièrement intéressant. Leurs parcours, d´abord, conjuguent la curiosité et l´engagement du journalisme au recul de l´ethnologie, le tout scellé par une solide expérience de l´image (Valérie Mitteaux et Anna Pitoun ont remporté en 2004 le Prix Spécial du Festival des Droits de l´Homme de Paris avec leur film Caravane 55). Enfin, l´influence de Jacques Derrida, (philosophe décédé durant le tournage) et de son concept de << déconstruction >> joue un rôle central dans la réalisation de ce documentaire. << La déconstruction, c´est l´Amérique : le pays du pouvoir absolu et de l´extrême pauvreté >>, expliquait-il.

Kings of the world est plutôt bien construit, même si la multitude de personnes interrogées et de sujets soulevés peut parfois égarer. Le film reste intelligent et propice à la réflexion.

Titre original : Kings of the World

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Durée : 113 mn


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