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Ich bin eine Terroristin

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En suivant à la trace une petite Violette communiste et provocatrice, « Ich bin eine Terroristin » trouve le moyen d’exprimer le besoin urgent de révolution et de fraternité de nos sociétés trop policées et matérialistes.

 Une fois accepté le postulat de base du film, à savoir l’histoire d’une gamine de 11 ans amoureuse folle de Rosa Luxembourg et qui va partir en voyage seule avec l’urne funéraire de sa grand-mère, communiste et adorée, Ich bin eine Terroristin peut se laisser voir. Il faut seulement l’accepter et ne pas se crisper. C’est un film intéressant justement parce qu’il se présente comme un ovni par les temps qui courent, sorti presque clandestinement, avec sa photo et son format fauchés, son interprétation tâtonnante et son scénario plus que bancal. Il en résulte, après la première demi-heure où l’on ronge son frein pour ne pas sortir de la salle tant nous sommes peu habitués à pareil cinéma, encore plus underground que les archétypes warholiens, un film finalement assez attachant parce que pur, naïf et désintéressé, ce qui est devenu rarissime.
La réalisatrice a sans doute pensé à la célèbre phrase de Kennedy « Ich bin ein Berliner » en donnant ce titre à son film, mais on n’y pense pas vraiment en le regardant. Sans doute en hommage à Rosa Luxembourg, le titre est en allemand, mais il ne va pas non plus sans évoquer la bande à Baader qui terrorisa les années 80. D’autant que le mot Terroristin est mal approprié parce qu’en fait, la jeune Violette est plus communiste, comme sa grand-mère, que terroriste. À une époque où le mot est devenu presque tabou dans une société vendue pieds et poings liés au libéralisme, voir une gamine se révolter de cette manière et faire tant de kilomètres pour honorer sa chère Rosa Luxembourg et sa grand-mère par ricochet, c’est presque jouissif. Belle image que cette enfant porteuse d’espoir, qui lit les lettres de prison de sa chère Rosa, qui console les anciens mineurs et récite des paroles de bonheur, tout en écrivant un journal de bord d’une précision infinie qui compte les kilomètres parcourus et les lignes lues ou écrites…

On parcourt en effet tous ces kilomètres avec cette enfant sage et déterminée qui, au début du film, aide son père à se placer comme poseur de moquettes chez ceux qu’elle appelle les riches, et on finit par faire confiance au scénario qui ne nous raconte pas une histoire bien ficelée mais une prise de conscience politique, une détermination hors pair, un engagement que peu d’adultes parviennent à tenir maintenant, et l’on se dit que Violette a raison, a raison de se révolter comme le conseillait déjà Jean-Paul Sartre. Elle a raison même si elle est une enfant, même si elle ressemble pourtant aussi à une adulte, et surtout parce que sa détermination et sa liberté de ton et de mouvement nous culpabilisent presque d’être devenus aussi inertes et dociles, nous les adultes.
Même si l’histoire ne tient pas debout, même si tout le film est maladroit et complètement improbable, il ne laissera personne indifférent. Certaines images resteront aussi dans nos esprits comme la rencontre de l’enfant fugueur et dialecticienne avec les policiers polonais, prétexte à des échanges purement dadaïstes et fantaisistes. Certains spectateurs seront sans doute agacés, voire excédés, par ce qui est dit et montré, mais personne ne restera indifférent à Violette qui sait parler, lire, écrire, chanter des chants révolutionnaires et provoquer mieux que quiconque. Une leçon plus politique que terroriste à méditer en période électorale comme la nôtre.

Titre original : Ich bin eine terroristin

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Durée : 97 mn


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