Hope

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Histoire d’amour dramatique entre deux migrants africains pour donner du sens au nouvel Eldorado.

Tout récemment, le samedi 24 janvier 2015, Hope remportait le Prix du public au festival Premiers Plans d’Angers, dans la catégorie longs métrages français : c’est une très bonne nouvelle, le film le mérite amplement. Avec cette première fiction, Boris Lojkine, normalien et agrégé de philosophie, a peut-être trouvé une manière de mettre en scène l’Histoire et le monde, qui était son sujet de thèse de doctorat et qu’il tentait d’illustrer dans ses deux films documentaires précédents, Ceux qui restent (2001) et Les âmes errantes (2005). Le titre du film n’est pas emprunté à l’anglais pour donner de l’espoir. Non, Hope est le prénom de l’actrice principale du film, une jeune Nigériane qui traverse le désert saharien pour tenter d’émigrer en Europe en passant le célèbre mur de Melilla, cette enclave espagnole en territoire marocain qui est une sorte de « passeport » pour les émigrants. Si le prénom Hope est courant au Nigéria, le titre peut être vu comme trompeur – de fait, il n’y a que très peu d’espoir dans ce film qui raconte le désespoir des migrants et la difficulté de vivre une histoire d’amour dans les conditions de l’exil. 
Lors de ce voyage qui n’a rien d’initiatique, Hope, habillée en jeune homme, va être démasquée par ces émigrants qui sont en grande majorité des hommes. Elle sera protégée par un jeune Camerounais, Léonard. Au départ, leur duo n’est qu’une manière de survivre à la folie des hommes, à leur dureté et à la difficulté de quitter son pays en espérant trouver enfin l’Eldorado. Puis, bien sûr, peu à peu, et suite au bain rituel qu’ils prendront ensemble, cette route côte à côte se transformera en tragique histoire d’amour. Les deux acteurs, non professionnels, traversent le film avec une belle lumière dans les yeux : Hope, qui aurait pu n’être qu’un énième témoignage sur l’immigration clandestine, a du coup un charme incroyable. Même si on traverse des ghettos africains très durs, même si Boris Lojkine, qui interprète un tout petit rôle dans le film, a voulu coller au plus près de la réalité pour ne pas faire seulement un film de fiction, la grâce des deux acteurs est indéniable et confère à cette histoire d’amour un caractère quasi universel et symbolique. 
 
 

Le réalisateur fait fort justement remarquer qu’à partir du XVe siècle, les aventuriers partaient de l’Europe pour découvrir de nouveaux continents comme l’Afrique mais surtout l’Amérique. Depuis la fin du XXe siècle, c’est le contraire. Et si les nouveaux conquistadors, c’était ces hommes et ces femmes qui quittent l’Afrique pour rêver d’une Europe moribonde en pays de Cocagne ? D’ailleurs, nos deux héros, lorsqu’ils parviennent enfin à Melilla, rencontrent un jeune Africain qui leur fait contempler le paysage qu’on devine au loin, l’Espagne, en leur disant que, là-bas les cafards mangent des spaghettis et les moustiques boivent du Coca-Cola ! On reconnaît bien là l’humour africain qui joue sur les situations pour les transformer en contes ou en légendes, afin d’éloigner le mauvais œil ou la difficulté de vivre.

Le film est riche car il va au-delà du misérabilisme qui tente d’expliquer que les Africains ne quittent leur continent qu’en raison de la misère. Même si la sortie du film est aidée par Amnesty International, Hope va plus loin qu’une simple explication économique à un tel exode. Boris Lojkine le déclare lui-même dans l’entretien qu’on peut lire dans le dossier de presse : « Ce n’est pas la misère qui les pousse. Mais le sentiment que là où ils sont, rien ne peut se passer, que le temps s’y déroule immobile, loin du centre. Dans notre monde globalisé, Yaoundé est une sorte de province, une périphérie. On n’y meurt pas de faim. Mais si vous voulez conquérir votre destin, accomplir quelque chose, alors il faut prendre la route. » Gageons que, bientôt, il en ira de même pour les jeunes Européens qui souffrent ici de l’ennui et du désœuvrement, mais où pourront-ils aller ?

Titre original : Hope

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Durée : 91 mn


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