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En roue libre

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Road-movie d’un genre inédit, « En roue libre » renouvelle le genre et rajeunit le cinéma français.

Complètement déjanté

Enfin un bon film à la fois profond et complètement déjanté. Une belle comédie pour l’été qui n’a ni les caractéristiques de la comédie à la française actuelle trop mièvre et bien-pensante, ni la prétention d’un film intello. Un divertissement d’été intelligent et brillamment amené et interprété, à qui on souhaite un grand succès même si le cinéma en salles semble agoniser depuis la pandémie. L’histoire de base que Didier Barcelo et sa coscénariste, Marie Deshaires, vont développer est simple. Une femme entre deux âges ne peut soudain plus sortir de sa voiture. Cette angoisse puissante l’empêche de continuer à vivre normalement et va lui donner l’opportunité d’accomplir une sorte de road-movie au cours duquel elle rencontrera divers personnages et deviendra de plus en plus solaire et heureuse, jusqu’à la scène ultime filmée comme un suicide et qui est, en fait, une renaissance. « Puisqu’on partait d’une idée un peu absurde, explique le réalisateur dans le dossier de presse du film, il fallait donner du concret au personnage. J’étais sûr que la pathologie que j’avais imaginée n’existait pas, jusqu’à ce qu’une amie, chef de service dans un hôpital psychiatrique, me dise qu’elle avait eu une patiente qui était restée coincée dans sa voiture, mais moins longtemps, quelques heures seulement. Elle s’était garée sur le bord de la route, sur le chemin de son travail, elle n’arrivait pas à en sortir. Il se trouve qu’elle subissait un harcèlement dans sa vie professionnelle. »

Des interprètes hors pair

Il fallait trouver les bons interprètes pour cette sorte de huis-clos roulant. Dans le rôle de l’infirmière atteinte de sidération, c’est Marina Foïs qui est absolument magnifique, acceptant d’être filmée frontalement, dans une situation pas spécialement valorisante pour une actrice de renom. Mais elle fait merveille car elle peut passer sans aucune difficulté du comique à une sorte de pathétique qui la rapprocherait parfois presque de l’immense Magnani. Pour lui donner la réplique, c’est Benjamin Voisin qui joue ici une sorte de loser qui vient voler la voiture sans s’apercevoir qu’elle est occupée par une femme dont il ne pourra jamais se séparer. Didier Barcelo le compare à Belmondo jeune, et il y a de ça en effet dans ce personnage tendre et perdu, qui pourrait devenir fou et violent. Le film a été tourné avant Été 85 de François Ozon qui va le révéler au public et on comprend mieux pourquoi au vu de son immense talent polymorphe, ici dans le rôle d’un cassos. On y croise aussi entre autres Jean-Charles Clichet dans le rôle d’un psy angoissé et Albert Delpy, qui reprend un peu le rôle du vieux dans la voiture qu’on aurait tendance à oublier en chemin tenu par Jean-Paul Roussillon dans Mischka de Jean-François Stévenin en 2001. Et puis, il y a aussi l’autostoppeuse allumée et végane à qui Emilie Arthapignet apporte tout son sel et son comique absurde.

Premier long d’un ancien publicitaire

Venu du film publicitaire, Didier Barcelo nous offre ici son premier long-métrage qui est aussi une réelle leçon de cinéma notamment dans l’art de caser une caméra dans un tout petit habitacle. Il s’en explique dans le dossier de presse du film : « Il y avait des questions techniques à régler : on ne pouvait pas filmer en faisant simplement rouler la voiture, le moteur diesel fait un bruit énorme, il aurait fallu tout post-synchroniser. Je ne voulais pas non plus poser la voiture sur une plateforme, une « camera car » qu’on aurait mise sur la route : ce ne sont pas des conditions idéales, on est loin des comédiens, etc. Finalement, tous les intérieurs dialogués ont été faits en studio. C’était un véritable défi technique parce qu’avec Christophe Beaucarne, on tenait vraiment à ce que ces scènes soient très réalistes. Pour ce faire, on a fait appel à des techniques de mur LED très pointues mélangées à des astuces très simples. Par exemple on faisait bouger la voiture, à l’ancienne, avec un pieu en bois. Je suis très fier du résultat. » Et nous très heureux de voir enfin un bon film, drôle et tendre à la fois. Un film d’amour sans amour ou l’histoire d’un « couple qui n’est pas un couple ».

 

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Durée : 89 mn


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