Easy Girl

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Un des très rares exemples récents de teen movie réussi. Enjoy!

Plus que dans tout autre genre ou sous-genre, le teen movie tient l’essentiel de son potentiel de séduction dans l’élection d’un ou quelques personnages aux préoccupations assez franches pour monopoliser chaque scène. Dans la vague récente qui nous intéresse, des films tels que American Pie (Chris et Paul Weitz, 1999) ou l’inégalé SuperGrave (Greg Mottola, 2007) se sont par exemple distingués par leur manière de faire de la question du « dépucelage de fin d’année » le point de départ de toutes les distorsions narratives possibles. Plus que le passage à l’acte en lui-même, c’est le pur délire verbal et la dépense physique motivés par la quête qui, littéralement, donnent matière au film. Trash et ingénuité teenage avancent ainsi, parfois pour le meilleur, main dans la main, jusqu’à la confrontation décisive du ou des antihéros au moment de vérité : est-ce bien l’heure de faire ce que j’ai passé 1h30 (parfois 2) à projeter ? Est-ce que tout sera comme avant, avec moi-même, avec les autres, si je commence à sortir réellement avec quelqu’un ?

Olive Penderghast (Emma Stone, découverte dans SuperGrave, ça tombe bien) semble dès le départ de Easy Girl fidèle à cette lignée. Un simple mensonge fait à Rhiannon, sa BFF (best friend forever), autour de son passage à l’acte suffira à lui créer dans l’enceinte du lycée une réputation de fille facile qu’elle mettra tout le film à s’approprier. Dois-je cultiver cette image qui, si elle n’est pas gratifiante, me rend au moins plus visible, plus « remarquable » que je ne l’ai jamais été parmi les silhouettes anonymes du bahut ? Dois-je au plus vite rétablir la vérité, en confessant que mon mensonge était un simple prétexte justifiant à ma BFF ma non-motivation à passer le week-end en compagnie de ses parents relous ? L’adolescence comme défiance permanente, donc, plus que jamais. Et vous vous doutez bien que si, happy end oblige, la jeune fille optera in fine pour l’honnêteté, l’enjeu narratif et esthétique du film tiendra dans l’esprit de revanche la poussant à jouer autant que possible de sa nouvelle image.

Ce que l’on peut légitimement reprocher au teen movie post-John Hugues – référence absolue du genre, auquel il est très clairement rendu hommage dans une séquence du film, comme d’ailleurs dans The Hit Girls (Jason Moore, 2012) dont nous parlons à côté -, c’est précisément cette facilité des personnages à retomber sur leurs pattes après s’être frottés à ce qui ressembla longtemps à une authentique sortie de route. Le sous-genre reste ultra-codifié, ses sentiers ô combien balisés, un prince charmant – soit un mec moins queutard que les autres – attendant la belle au coin de la rue, du couloir ou que sais-je. Reste que les meilleures productions teen de ces dernières années tiennent en parvenant à donner corps et surtout matière (la matière, on y revient toujours) à la problématique superficielle leur tenant lieu d’argument. Comment, par exemple, Olive décide-t-elle – d’abord à son corps défendant certes – de cultiver sa réputation ? En monnayant ses services, ni plus ni moins.

Alors qu’elle tente, lorsque commence à s’étendre la rumeur originelle, de se soustraire au regard des autres, Brandon, un jeune gay persécuté, lui demande si elle ne pourrait pas simuler avec lui un acte sexuel au su (et presque au vu) de tous, lors de la prochaine soirée de la fille la plus populaire du lycée. D’abord réticente mais le cœur sur la main, elle acceptera, à condition d’obtenir des bons d’achat pour s’acheter de nouvelles fringues. S’ensuivra une litanies de requêtes du genre de la part des autres garçons rejetés des environs. En plus d’avoir fait la chose, la jeune fille devient alors officiellement rien moins qu’une… vous avez compris. L’idée centrale de Easy Girl est de s’appuyer pour mieux la détourner sur la trame de La Lettre écarlate (1850), le roman de Nathaniel Hawthorne étudié par Olive et ses camarades et adapté au moins deux fois au cinéma – dont une, oubliable, avec Demi Moore (Les Amants du Nouveau Monde – Roland Joffé, 1995). Soit l’histoire d’une femme contrainte par sa communauté puritaine à porter sur la poitrine la lettre « A » comme adultère, suite à l’accusation d’avoir fauté avec un autre homme que son mari. Olive, au moment où elle voudra assumer en plein jour sa nouvelle image, décidera à son tour d’arborer la lettre sur ses nouvelles fringues, bien plus affriolantes que d’ordinaire.

Le charme réel du film, outre celui de la décidément géniale et atypique Emma Stone, repose ainsi sur son exploitation intelligente de la notion de distinction. À quel niveau un mensonge a priori anodin, un instant de mythomanie inconséquente se muent-ils en impasse, faisant de l’attaque (assumer fièrement le scandale sans objet que l’on a engendré), sinon la meilleure, en tous cas la défense la plus à portée ? C’est parce que le faux aura, un temps, été suffisamment vrai, parce que la projection se sera réellement et durablement matérialisée que l’on accepte ainsi, sans trop de regret, le retour final à la vérité vraie. Au moins pour cette fois, au nom de cette belle audace, ne verra-t-on aucun mal à ce que tout se finisse trop bien – enfin, ça dépend pour qui : voyez le film pour comprendre.

Titre original : Easy A

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Durée : 92 mn


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