DVD « Yella » et « Jerichow »

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Après la sortie en salles de « Barbara » en mai dernier, Jour2Fête édite en DVD les deux précédents films de Christian Petzold, belles observations de l´Allemagne d´aujourd´hui.

La vision, aujourd’hui, de Yella (2007) et Jerichow (2009) vient confirmer ce qu’on pensait de Petzold depuis la découverte de Barbara, plus tôt dans l’année et lui aussi disponible en DVD : que le cinéaste allemand pourrait bien être le seul à filmer si bien l’intime en territoire mouvant, à savoir l’ex-Allemagne de l’Est post-chute du Mur. Que son cinéma parte de l’idée qu’un espace a priori réunifié soit toujours le théâtre de fractures, surtout personnelles, est déjà passionnant. Qu’il le filme avec une volonté de rester en ses murs, encore plus. Dans Barbara, la femme jouée par Nina Hoss (actrice géniale) y était déportée malgré elle, pour des raisons obscures, et essayait par tous les moyens de s’en échapper. Dans Yella et Jerichow au contraire, elle y est et y reste, encore pleine de l’espoir qu’une nouvelle vie, et par extension de nouvelles amours, pourraient s’y jouer. Les deux films donnent eux aussi le rôle principal à Nina Hoss, égérie instantanée qui donne l’impression que personne d’autre qu’elle ne pourrait jouer cette détermination forcenée bien que discrète de personnages englués dans leur vie et rêvant de mieux.

Dans Yella (c’est le prénom de son personnage), elle joue une femme qui quitte son mari névrosé pour aller s’installer à Hanovre, où elle devient l’assistante d’un financier magouilleur, apprenant au passage le goût de l’autorité et des jeux de pouvoir. Dans Jerichow, elle est l’épouse criblée de dettes d’un immigré turc, propriétaire à succès d’une multitude de fast foods, victime consentante d’un mariage arrangé pour la tirer de prison et qui tombe amoureuse de Thomas, revenu dans la ville à la mort de sa mère. Elle n’a, dans ce dernier film, pas le rôle principal, et pourtant on ne voit qu’elle. Si Yella et Jerichow accrochent, c’est qu’ils partagent tous deux un intérêt prononcé pour la captation d’un quotidien ultra-réaliste, en même temps qu’ils donnent à voir des lieux hybrides, proches des limbes, où tout pourrait être rêvé, imaginé. Cette spécificité démarque Christian Petzold des membres de la "Berliner Schule" (l’école berlinoise), appellation par la critique outre-Rhin d’un certain mouvement d’une nouvelle vague allemande, auquel le réalisateur se défend d’ailleurs d’appartenir. Le cinéma de Petzold est travaillé par la question d’un nouvel avenir possible, d’un espoir de renaissance : que ce soit Yella ou Thomas dans Jerichow, ses personnages avancent vers du mieux, porteurs d’une peur panique d’échouer mais jamais résignés.

 

Yella

Il y a malgré tout qu’ils emportent avec eux leurs fantômes, ceux d’une vie passée, celle d’avant le Mur (le mariage raté de Yella, la mère de Thomas). Et que les films de Petzold, bien souvent, portent le poids de l’Histoire. Loin des succès de Good Bye Lenin! (Wolfgang Becker, 2003) ou de La Vie des autres (Florian Henckel von Donnersmarck, 2006), les siens ne brillent pas au box office mais font partie d’une rare frange de la production allemande à examiner ce que l’Allemagne est devenue, de manière moins austère que ceux de Christoph Hochhäusler (Sous toi la ville, 2010), moins désespérée que ceux de Maren Ade (Everyone Else, 2010). Les personnages de Yella et Jerichow sont pourtant bien à la marge, assez solitaires, vivant dans des patelins là où ils, les femmes en particulier, rêvent de la ville. Et s’ils ne nourrissent pas d’illusions sur leur sort (Yella fuit une entreprise en faillite, Thomas n’hérite que d’une maison qui ne vaut rien), ils ont le sens de la débrouille, électrons libres qui savent ce dont ils ne veulent plus. C’est le personnage de Yella qui marque le plus, par son sens de la mesure, son obstination à avancer un pas après l’autre. Elle fait tout de justesse : attraper un train, se réveiller, retrouver son argent – mais elle le fait. De même que Thomas, qui pense au meurtre quand la perspective de perdre Laura l’effraie trop.

Yella et Jerichow ont aussi en commun, comme Barbara après eux, de coller au plus près de leurs personnages, de ne jamais les lâcher, tout en sachant dessiner de vrais rôles secondaires. Et si les champs/contrechamps sont légion chez Petzold (partie intégrante d’une mise en scène par ailleurs limpide), ce n’est que pour mieux illustrer un quotidien obsédant, rendu de manière extrêmement précise et sans fioritures. C’est pour cela que, autre point commun, quand un évènement inattendu vient rompre cette logique, Yella et Jerichow deviennent d’autant plus fascinants.

 


Jerichow

Yella et Jerichow de Christian Petzold – DVDs édités par Jour2Fête – Sortie le 17 octobre 2012


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