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DVD « Hollywood Legends »

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Première salve de DVD de films oubliés ou rares de Hollywood et ses grands réalisateurs.

Elia Kazan, Joseph L. Mankiewicz, Raoul Walsh, Otto Preminger, George Cukor, Joseph Losey, Blake Edwards, George Stevens… pour les réalisateurs. Errol Flynn, Bing Crosby, Liza Minnelli, Jane Fonda, Elizabeth Taylor, Eva Marie Saint, Rita Hayworth, Robert Redford, Peter Falk… chez les acteurs. La liste est longue et donne la berlue. Une bonne partie de la crème hollywoodienne voit ses films jusqu’alors difficilement accessibles enfin édités ou réédités en DVD. Édités depuis quelques jours, ils se vendent, non pas comme des petits pains (encore que les grandes « enseignes culturelles » aient pour beaucoup désormais un rayon épicerie), mais jouissent d’un succès certain. C’est dire si l’attente autour de ces films-là était palpable.

Ce sont vingt films produits par la 20th Century Fox et la Metro-Goldwyn-Mayer qui sont remis en lumière. Ce ne sont pas les chefs-d’œuvre ni les films les plus connus de ces stars. Parfois même des semi-casseroles. Mais tous sans exception apportent un éclairage important sur leur carrière et viennent combler un réel manque cinéphilique. On attend donc avec impatience la seconde fournée de vingt titres à venir en septembre avec le fantasme immense de voir enfin édité La Roulotte du plaisir (1954) de Vicente Minnelli, produit par la Metro-Goldwyn-Mayer, sur les joies de la vie en caravane. Tous les genres y passent ici et quatre décennies sont couvertes des années 1940 à 1970. On découvre ainsi Jean Gabin aux États-Unis dans La Péniche de l’amour (1942) commencé par Fritz Lang avant qu’il ne jette l’éponge au bout de quelques jours au profit d’Archie Mayo (il dirige en 1946 Une Nuit à Casablanca qui voit les Marx Brothers affronter des espions nazis). Si l’autre film américain de l’acteur français, L’Imposteur de Julien Duvivier (1944), n’est pas présent, on se console avec Six destins (1942) du même metteur en scène avec Charles Boyer et Rita Hayworth.

 

Gigot, le clochard de Belleville (Gene Kelly, 1962)
 

Mieux encore, c’est l’inénarrable et réjouissant Une seconde jeunesse (1960) de Blake Edwards qui montre Bing Crosby incarnant un veuf de 51 ans reprenant ses études et tentant de se mêler aux fougueux jeunes étudiants. Surprenant encore quand Gene Kelly délaisse la comédie musicale pour la fable humaniste dans Gigot, le clochard de Belleville (1962). Kelly réalisateur délaisse le Paris idéalisé de Un Américain à Paris (1951) en passant lors d’un incroyable panoramique inaugural de la Tour Eiffel aux taudis du nord de la capitale. Son Gigot est un concierge sans le sou qui est la risée du quartier, une sorte de Chaplin perdu dans le néo-réalisme. La charge humaniste de Kelly compense largement les faiblesses de la mise en scène. Ce qui n’est pas forcément le cas de L’Oiseau bleu (1976) de George Cukor, adapté de la pièce éponyme de Maurice Maeterlinck écrite en 1908. Ce récit initiatique en partie à destination des plus jeunes fait le grand écart entre une Elizabeth Taylor en mère campagnarde sans le sou – assez ridicule il faut bien l’avouer – et des visions pastorales qui voient animaux et objets du quotidien s’anthropomorphiser (mention spéciale pour le chat). Ici la portée humaniste, certes assez jolie, reste en deçà du plaisir des visions ludiques d’un réalisateur qui se débat avec la dimension théâtrale de son sujet. Une curiosité dont l’image et le son mériteraient une sacrée restauration.
 
 


L’Oiseau bleu (George Cukor, 1976)

Deux films d’Elia Kazan des années 1950 viennent compléter ce panel. Tous deux encadrent les grands Panique dans la rue (1950) et Un tramway nommé Désir (1951). Après une interrogation sur l’antisémitisme américain dans Le Mur invisible (1947), Kazan signe L’Héritage de la chair (1949) sur le drame d’une jeune femme noire à la peau blanche. « J’ai connu une autre vie. J’ai été traitée comme un être humain » dit Pinky à sa grand-mère. À nouveau, il s’agit de questionner le sort de ceux que l’Amérique relègue à ses marges, à l’arrière des bus et dans des emplois subalternes, et la vision du réalisateur n’a rien d’angélique sur ses contemporains. Cirque en révolte (1953) n’est pas sorti en salles en France à l’époque. Le film joue sciemment le jeu de l’anticommunisme américain de l’époque, avec pour but de calmer la commission McCarthy qui le juge bien trop engagé – surtout, pas engagé comme il le faudrait. Un film sur un cirque tchèque contrôlé par le ministère de la Propagande qui surveille la vie de chacun en prétendant la liberté pour tous et l’emploi d’Adolphe Menjou, ardent défenseur de la chasse aux sorcières au côté de John Wayne (ce qui lui attire les foudres de Katharine Hepburn, sa partenaire dans plusieurs films dans les années 1930), sera-t-il suffisant pour calmer le fiévreux sénateur ? Le film limite la charge anticommuniste au possible et via un personnage secondaire met en scène l’aberration de la division Est/Ouest de l’Europe. Surtout, il surprend par les liens inattendus qu’il semble entretenir avec le cinéma d’Ingmar Bergman dont Monika (1953) est le strict contemporain. Kazan a-t-il vu Jeux d’été (1951) ? Le réalisateur se plaît à mettre en scène un amour hédoniste de deux amants sur fond de variations inspirées de la Moldau (1874-1879) de Smetana.

 

Collection Hollywood Legends – DVD édités par ESC Conseils – Disponibles depuis le 17 mars 2014.

Six destins (Julien Duvivier, 1942) avec Charles Boyer, Rita Hayworth ;
La Péniche de l’amour (Archie Mayo, 1942) avec Jean Gabin, Ida Lupino ;
La Maison des étrangers (Joseph L. Mankiewicz, 1949) avec Edward G. Robinson, Susan Hayward ;
L’Éventail de Lady Windermere (Otto Preminger, 1949) avec Jeanne Crain, Madeleine Carroll ;
L’Héritage de la chair (Elia Kazan, 1949) avec Jeanne Crain, Ethel Barrymore ;
L’Armure noire (Henry Levin, 1949) avec Errol Flynn, Joanne Dru ;
Les Marins de l’Orgueilleux (Henry Hathaway, 1949) avec Richard Widmark, Lionel Barrymore ;
La Grande nuit (Joseph Losey, 1951) avec John Drew Barrymore, Preston Foster  ;
Violences à Park Row (Samuel Fuller, 1952) avec Gene Evans, Mary Welch ;
Cirque en révolte (Elia Kazan, 1953) avec Fredric March, Terry Moore ;
La Piste fatale (Roy Ward Baker, 1953) avec Robert Ryan, Rhonda Fleming ;
Une poignée de neige (Fred Zinnemann, 1957) avec Don Murray, Eva Marie Saint ;
Une seconde jeunesse (Blake Edwards, 1960) avec Bing Crosby, Tuesday Weld ;
Esther et le Roi
(Raoul Walsh, 1960) avec Joan Collins, Richard Egan ;
Gigot, le clochard de Belleville (Gene Kelly, 1962) avec Jackie Gleason, Katherine Kath ;
Las Vegas, un couple (George Stevens, 1970) avec Elizabeth Taylor, Warren Beatty ;
Les Quatre malfrats (Peter Yates, 1972) avec Robert Redford, George Segal ;
Les Aventuriers du Lucky Lady (Stanley Donen, 1975) avec Gene Hackman, Liza Minnelli ;
L’Oiseau bleu (George Cukor, 1976) avec Elizabeth Taylor, Jane Fonda ;
Têtes vides cherchent coffres pleins (William Friedkin, 1978) avec Peter Falk, Peter Boyle.


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