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Cyprien

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A quand un moratoire sur la production cinématographique ?

Cyprien, même si on répugne à dire systématiquement du mal des films, sachant qu’ils requièrent tous, quels qu’ils soient, une somme considérable d’efforts et de travail, mettant en jeu toute une équipe d’intermittents qui, sans cela, se retrouverait au chômage, Cyprien, donc, est un Ovni dans le paysage cinématographique français pourtant habitué à la médiocrité. Le personnage fait, paraît-il, un tabac auprès des jeunes, immortalisé qu’il a été par le même Elie Semoun dans ses photomatons télévisés. Un personnage, une caricature désincarnée plutôt, censée dénoncer les travers de notre société cybernétique, élitiste et vulgaire. Vaste programme aurait dit le général, et ce ne serait pas pour nous déplaire. Pourtant, le réalisateur qui vient de la pub, nous sert une soupe mal fagotée, vulgaire et aux couleurs criardes. Dénoncer la vulgarité qui nous entoure en se servant finalement de cette même vulgarité pour la filmer, ne peut que conduire à l’échec. D’autant que la mise en scène et les comédiens ne font pas dans la dentelle, même si David Charhon lorgne un peu vers Le Diable s’habille en Prada. Hélas, Catherine Deneuve en patronne de presse de la mode n’arrive pas à la cheville de Meryl Streep. On pourrait même lui conseiller de changer d’agent ou de copains, car on se demande ce que notre ex-splendide Peau d’Âne vient faire dans cette galère, sinon le minimum syndical pour payer ses impôts locaux ! Quant à la mise en scène, à la fois prétendument enjouée (bonjour Tati, Jerry Lewis, et j’en passe…) et complètement ringarde (même pas faussement ringarde, ou alors le second degré nous passe au-dessus de la tête), elle n’est quelquefois même pas raccord, notamment la scène finale où les plans sur cette pauvre Léa Drucker fagotée pire qu’Andréa, l’assistante de la Cruella du Diable, ont été mélangés : un coup épaule nue, un coup épaule recouverte.

Elie Semoun qui peut émouvoir au cinéma – il en a fait la preuve récemment, devrait se reconvertir. L’âge arrivant, pourquoi continuerait-il à faire ricaner les boutonneux, et en rajouter dans le comique forcé vu qu’il n’est hélas pas le fils spirituel de Louis de Funès qui, malgré ses tics et grimaces, est parvenu à se constituer une stature. Incarnant deux personnages, bonjour Docteur Machin et mister Chose, il n’arrive pas non plus à convaincre en play-boy trop machiste lorgnant vers Al Pacino et restant encore une fois trop outrancier. Il faudrait aussi apprendre à tous nos comiques qui fatiguent à force de squatter tous les écrans, que la parodie est un genre noble. Il ne suffit pas d’amonceler les scènes grotesques, les personnages caricaturaux et les situations improbables pour faire un film comique. C’est un art délicat qui allie aussi la tendresse et l’émotion. Malheureusement, le réalisateur nourri de Scorsese, Palma et Tarantino selon ses dires, aurait dû revoir en boucle les Chaplin, les Keaton et même les Fernandel.
Bref, un film qu’on peut se passer de voir comme dirait le Canard, mais que les ados adoreront parce que télé le bon plaisir de ceux qui formatent notre culture audiovisuelle contemporaine. Merci pour le mépris !

     

Titre original : Cyprien

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Durée : 98 mn


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