Ça commence à Vera Cruz

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Mitchum dans un polar nerveux de Don Siegel.

La RKO réunit le couple vedette de La Griffe du passé (Jacques Tourneur, 1947) dans un polar mexicain avec gros magot, poursuites de voitures sur voies campagnardes, caractères louches à tous les étages et coups de poing dans la figure. C’est le cinquième film de Don Siegel, les conditions de production sont un peu chaotiques – Mitchum y fait de la prison pour détention de marijuana -, et le résultat est un négatif parfait du film de Tourneur. Tout ce qui, dans celui-ci, était mystère et ambiguïté, épaisseur du récit, brouillard et suspension, laisse place à un style très direct et agressif, une clarté qui établit d’emblée les positions pour filer en ligne droite et mesurer, une fois les personnages lancés, les écarts, à-coups, accrocs, l’évolution des positions. Finalement assez consensuel, et manquant d’une noirceur qu’il semble chercher dans le caractère très affirmé et violent – mais assez mal dégrossi – de ses personnages, ainsi que dans les séquences finales, le film est une sorte de précurseur sage des œuvres qui naîtront dans le cinéma américain des années cinquante, des visions d’Aldrich ou de Fuller.

Dans cette histoire de poursuite en territoire mexicain d’un officier de l’armée américaine par un autre, son supérieur, l’un en quête de preuves de son innocence, l’autre d’un pigeon, le tout allant tremper dans de sombres trafics, se dégagent par moments les éléments d’un style Don Siegel. On identifie assez vite une manière de construire certains raccords sur des mouvements brusques et anguleux, presque des coups donnés dans le vide, ainsi que de jouer sur des déplacements rapides et heurtés de ses personnages dans le cadre, qui donnent une rythmique particulière. On trouve également une tendance à l’imagerie du corps en lutte, dans le caractère très composé et mouvant des cadres des scènes de bagarres, qui accompagnent plus qu’ils ne laissent sortir les personnages donnant et recevant les coups. Et ce caractère quasi obsessionnel de la poursuite d’un point aveugle – ici une valise de billets – vers lequel s’abîment les personnages, et qui semble générer la montée d’une tension, d’une rage – qui se traduisent à l’image par la présence de visages de plus en plus grimaçants, sauf Mitchum, trop placide en toutes circonstances, qui du coup ne semble pas tellement entrer dans le moule -, culmine en un règlement de comptes qui règle surtout la mort de la majorité d’entre eux.

Une fin heureuse, précipitée tout autant qu’alambiquée, annule un peu lourdement le sentiment de vertige commençant à naître de la poursuite, et empêche le film d’atteindre une dimension métaphysique. Le monde y reste trop facile à comprendre. Néanmoins, le film vaut pour brouillon des réussites de Siegel (L’Invasion des profanateurs de sépultures, 1956 ; L’Inspecteur Harry, 1971), où la quête ou l’enquête ouvre sur des perceptions nouvelles et déconcertantes, où la noirceur imprègne les corps et les attitudes de chacun, où le mouvement embrayé par la fiction ne conduit que sur un vide plus grand que l’absence de réponse au phénomène auquel les héros sont confrontés.

Titre original : The Big Steal

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Durée : 71 mn


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