Banana

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Comédie douce-amère sur l’adolescence, dont le poids des influences l’empêche de se démarquer d’autres récits initiatiques.

Giovanni est surnommé Banana par ses camarades de foot, la faute à un pied en forme de banane qui l’empêche de frapper correctement la balle. Giovanni aimerait plutôt qu’on l’appelle « Le Brésilien », son alter ego fort et aimé, et être acclamé par la foule en délire avant qu’il ne réalise une action brillante : quitter son poste de goal pour dribbler tout le terrain et marquer dans un seul et même élan, comme touché par la grâce. Mais le ballon part toujours chez un voisin qui le crève, et, plutôt que de s’élever, Banana se retrouve face contre terre, humilié par ses camarades.

Banana s’ouvre sur cette séquence et en profite pour installer les différents motifs qui parcourront le film : intérêt pour les textes littéraires, nostalgie de l’adolescence, refuge dans l’imaginaire à travers une voix off guidant les images. Cette voix off est celle de Banana lui-même, écrivant une dissertation sur le bonheur. Banana est un film initiatique, convoquant autant la parole de personnages populaires incarnés par la mère et la sœur de Banana, que celle des auteurs romantiques italiens (Leopardi notamment), par le biais du professeur de littérature. Ces lectures, ponctuant les séquences par un commentaire ou une annonce de l’action, font basculer le film du littéraire au littéral. Andrea Jublin expose ouvertement la forme de son film et semble entreprendre de légitimer son histoire par la convocation d’auteurs classiques italiens. Ainsi, le film se place d’emblée dans le genre du récit initiatique racontant les déboires amoureux d’un jeune garçon, ses espoirs et ses désillusions, qui l’amèneront à franchir un cap dans sa vie.

Andrea Jublin cherche à exprimer le choc entre réel et fiction, le premier venant tirer le rêveur vers le bas, rattrapé par les nécessités matérielles de l’époque. D’où les nombreuses ruptures de ton, comme par exemple lors de cette scène où une pluie de confettis s’abat sur le premier baiser de Banana, avant un retour brutal à la réalité. Banana, rêveur et impétueux, est lui-même une figure romantique qui cherche à influer sur son quotidien. Il vit la littérature, à l’opposé de sa professeur morose qui, ayant constamment le nez dans les livres, ne voit plus que des cloportes dans un jardin de roses. L’exaltation de Banana rappelle celle du jeune Werther de Goethe, l’amour du football en plus.

 

  

Dans Banana, les problèmes liés à l’amour ne diffèrent pas que l’on soit adulte ou adolescent. Les adultes ont cependant ceci d’être devenus désabusés sur leurs attentes. Les parents de Banana vivent une routine écrasante, sa sœur fuit ses sentiments à l’égard d’un metteur en scène de théâtre – incarné par Jublin lui-même. L’acceptation de cette situation semble être une étape importante pour la mère de Banana, qui demandera à sa professeur de mettre en garde Banana des déceptions amoureuses. Le portrait dressé du couple dans le film est amer, difficile de raviver une flamme éteinte, et le père, dans un cynisme absolu, déclarera : « Toutes les filles rêvent du prince charmant. En attendant, elles se marient ».

Dans cette comédie douce-amère, Jublin se présente en metteur en scène cherchant à monter Macbeth (William Shakespeare, 1587) avec des enfants. Auto-dérision manifeste, comme revenant sur la conception du film avec humour et piquant – le sujet d’un film s’impose par ses acteurs, et plus encore s’ils sont enfants –, mais qui pose la question du miroir que tend Banana à Jublin. Lors de leur rencontre, c’est comme si les deux personnages s’observaient, se reconnaissaient et pouvaient s’influencer l’un l’autre. À l’image de cette séquence simple et émouvante, Banana n’est pas dénué de charme. Pour autant, en appuyant ses différentes références littéraires et cinématographiques, comme si elles ne relevaient pas uniquement de l’apprentissage du personnage mais d’un modèle indépassable, Banana nous apparaît plutôt artificiel.

Titre original : Banana

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Durée : 90 mn


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