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Baccalauréat

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Malgré sa mise en scène maîtrisée de bout en bout, le nouveau film de Cristian Mungiu débouche sur une impasse. Explications.

Baccalauréat, c’est l’histoire d’un diplôme universel qui devient la clé, l’abracadabra devant permettre à une jeune lycéenne de fuir sa ville natale de Transylvanie pour l’Angleterre. L’examen qui n’était pour Eliza qu’une simple formalité, un minime étage de plus à gravir pour cette élève studieuse, se transforme après son agression qui paralyse son bras, en un trophée lointain. Pour son père, Roméo, honnête médecin de la ville, il devient la cause d’une lutte acharnée, lui qui place dans l’idée d’expatrier sa fille l’espoir de sauver la nouvelle génération d’une Roumanie figée. Il se mine à creuser des tunnels à coups de pioches brandies par des ouvriers serviables travaillant à la chaîne, dans un maillage ahurissant de trocs : un foie contre une note, et sa fille profitera de sa bourse.

Sous le filtre de la simplicité, se cache une mise en scène maîtrisée de bout en bout. Des plans-séquences talonnent Roméo dans ses relations étriquées, ses allers, ses venues, ses arrêts, et tandis qu’il poursuit son but, la caméra inexorable comme un train devient un pourchas horizontal qui emprunte les mêmes routes tortueuses que l’homme qu’elle poursuit, et elle s’immisce dans la toile tissée par les complications familiales et par tout un embroussaillement de problèmes.


Un film comme laissé à l’abandon

Dans ces tunnels creusés de part et d’autre, ces fissures sans lumière qui encerclent le médecin comme des tubes bouchés, on n’aperçoit nulle part de voie de sortie, et dans la séquence sombre où bruits de feuillages et de pas se confondent, Roméo opère un tour complet, une scrutation à 360 degrés. A partir de la pierre jetée contre sa fenêtre comme symbole du péché, Roméo sent sur lui une filature douteuse, mais de ce tour il n’apprend rien ; comme l’agresseur invisible, son ennemi absent est inaccessible ; la culpabilité seule le poursuit. L’œil de la caméra remplace celui d’un imaginaire poursuivant, et s’infiltre jusque dans les souterrains vertigineux de sa conscience. Cette séquence angoissante, ce point culminant du film qui aurait dû basculer dans la noirceur, s’estompe comme un rien et finit par trouver sa porte de sortie mollassonne. Car si sa fille décide de se battre et de réussir son examen seule, on confie la solution aux mains d’un personnage peu étoffé, qui n’exprime ni conviction ni idée profonde, jeune homme amouraché qui ne semble pas plus que cela troublé par son agression. Le film est soudainement amené vers la lumière, dans un soleil de plomb qui rappelle le dégel, et qui baigne une classe de terminale attendant sa photo.

Le grain d’optimisme qui efface toute cette bataille, et qui réduit le pouls haletant du film à un battement morne, est confié à une jeunesse apathique, dépourvue de discours. La noirceur de la séquence culminante devient inutile, la complexification narrative stérile. Est-ce parce qu’il évoque la trajectoire d’un pays n’allant nulle part qu’il doit, pour son film, prendre une route semblable?

Baccalauréat, tout comme le dernier film de Ken Loach (Moi, Daniel Blake, 2016) est un film témoin qui fige le temps comme dans la glace, captant l’histoire au travers d’un réalisme fulgurant. Ce genre de films importe, puisqu’il permet de retranscrire une réalité, comme un cliché garde en son grain la preuve d’une existence. Dommage que Mungiu se contente du papier glacé, et qu’il laisse son film à l’abandon comme on laisse voguer la Roumanie sans capitaine. Au delà d’un captage vif d’une réalité historique, il aurait pu projeter son film hors de l’écran. Baccalauréat ne sort pas de lui même, et sans confrontation frontale directe, le film ne nous marque pas au fer de son empreinte.

Titre original : Bacalaureat

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Durée : 128 mn


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