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Azuro

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Soleil, amour et Campari, ou l’Italie expliquée aux durassiens.

Sous le soleil exactement

Acteur depuis l’âge de 18 ans, Matthieu Rozé réalise ici son premier long métrage en adaptant le roman de Marguerite Duras, Les petits chevaux de Tarquinia, en Super 16, juste après le premier confinement en raison de pandémie de covid, et sous un soleil écrasant. Et il s’en sort plutôt bien avec l’aide de comédiens chevronnés qu’il appelle ses Stradivarius, et George Lechaptois, le chef opérateur du film de Rebecca Zlotowski, Une fille facile, auquel Azuro fait penser par moments, d’autant que Matthieu Rozé a engagé le même acteur, Nuno Lopez dans un rôle similaire. Ensuite, il a fallu beaucoup d’autres ingrédients, du jaune pour le soleil, du bleu pour la mer et l’éternité rimbaldienne, et du rouge à la fois pour les incendies de forêt qui ravagent la montagne toute proche, pour le Campari qu’on boit à satiété comme dans le roman, et pour la passion car, Duras oblige, c’est un film d’amour. C’est un film qui fait très années 70 avec la sacralisation de ce petit groupe d’amis de sept personnes, dont un petit garçon et une ado, qui vit en vase clos, sans repère, dans une maison de location près d’un restaurant pas bien reluisant, où ils se plaignent toujours de mal manger, à quelques mètres de la mer.

Comment filmer l’ennui ?

Ils s’ennuient, s’épient, et surtout se trompent. Enfin surtout Sara qui le fait effrontément, presque devant ses amis, avec l’homme surgi de la mer, sorte de Neptune motorisé. Il n’a pas de nom, il symbolise le désir, l’amour fou et, peut-être n’a-t-il jamais vraiment existé même s’il leur parle, même s’il partage leur loisir et leur ennui. C’est de ce roman que viennent les expressions durassiennes devenues quasi mythiques, comme par exemple : « L’amour, il faut le vivre complètement avec son ennui et tout, il n’y a pas de vacances possibles à ça. » ou encore « Il faut beaucoup aimer les hommes. Beaucoup, beaucoup. Beaucoup les aimer pour les aimer. Sans cela, ce n’est pas possible, on ne peut pas les supporter. » Le texte de Marguerite Duras est là, et bien là. Matthieu Rozé explique dans le dossier de presse du film qu’il a beaucoup insisté pour qu’il soit respecté à la virgule près. Non pas scandé comme l’aurait exigé peut-être l’écrivain, mais dit, comme pour un film qui est censé se passer de nos jours, même s’il semble très seventies.

Le farniente comme mode de vie

Ce qui ressort du film et qui est vraiment revendiqué par le réalisateur, c’est cette impression d’immense et insupportable chaleur qu’il est allé travailler jusque dans le travail de la bande son. C’est l’été, peu importe où, on est écrasé de chaleur, on ne fait rien, parce qu’on ne peut rien faire, pendant que le monde va peut-être aller vraiment à sa perte à cause de ces incendies et de la pollution. « On est en vacances au bord de la Méditerranée, confie Matthieu Rozé, dans un pays non défini, il fait chaud, avec tous les stéréotypes des vacances : la plage, le café, la maison de location… Le titre participe de cette indétermination générique : Azuro, écrit ainsi, n’existe dans aucune langue, mais il évoque l’Italie, l’été, la mer. » Le farniente qui se dégage de toutes ces images et de leur immobilité paresseuse est un piège redoutable qui enferme les personnages dans une sorte de rêve embrumé.

 

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Durée : 104 mn


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