Alma Viva

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« Les vivants ferment les yeux des morts, mais les morts ouvrent les yeux des vivants. »

Enquête ethnologique

Par sa puissance à la fois artistique et technique, le premier long-métrage de fiction (après deux documentaires et plusieurs courts-métrages) de Cristèle Alves Meira étonnera, enchantera et marquera le cinéma portugais. Présenté l’année dernière au festival de Cannes dans le cadre de la Semaine de la critique, Alma Viva est passé dans plusieurs festivals depuis où il a, à chaque fois, fait son effet. Parce que, à une époque réputée matérialiste où le néolibéralisme semble triompher partout, ce film revient sur la part secrète, voire maudite selon Georges Bataille, de l’homme, celle de la mort, des ténèbres, de la magie et de la superstition. Oscillant sans cesse entre une observation quasi-ethnologique (du propre aveu de la réalisatrice) et une sorte d’empathie du moins dans la forme de la sorcellerie et des croyances populaires, le film est un bijou à la fois tendre et cruel sur les relations familiales entre France et Portugal. Venue passer l’été auprès de sa grand-mère adorée, Salomé va assister à sa mort à la fois inattendue et étrange comme si elle avait été empoisonnée ou ensorcelée. Tout le film se passe dans une sorte de semi-pénombre chère aux défunts et aux croyants ou dans le flou généré par un été torride du Nord-Est du Portugal où Cristèle Alves Meira avait déjà planté sa caméra notamment pour un film sur le village de sa propre mère. Ici, elle filme encore une fois un village pour revenir sur un souvenir d’enfance qu’elle raconte dans le dossier de presse du film : « Le projet est né d’un sentiment d’injustice que j’ai ressenti à la mort de ma grand-mère maternelle. J’avais une vingtaine d’années et j’ai vu mes oncles et mes tantes se déchirer autour de sa dépouille pour une vulgaire question d’argent. Elle n’était pas encore enterrée qu’on se disputait déjà pour savoir qui allait payer sa pierre tombale. Elle est restée sans sépulture pendant deux ans. Cette brutalité dans les rapports humains m’a frappée au point de vouloir en faire un film. J’avais besoin de comprendre ce qui pouvait mener à ça. De cette histoire personnelle, il reste seulement une scène dans le film. Parce que très vite, mon attention s’est focalisée sur la relation d’une grand-mère avec sa petite-fille. » 

Sorcières et rituels

Cette relation est très bien rendue puisqu’elle fonctionne aussi bien dans le présent lorsque la grand-mère est encore en vie et même, en direct en en plus frontal, par des rituels de sorcellerie, lorsque la grand-mère est décédée et dont on ne sait que faire de son corps qui commence à puer alors que l’un des fils tarde à arriver, et ne viendra finalement jamais. Outre l’observation à la loupe d’une famille traditionnelle presque comme le ferait une entomologiste, le film raconte surtout les traditions de magie et de sorcellerie encore en activité au Portugal, dans ces régions retirées des montagnes, où elles fascinent et irritent de la même manière que lors des siècles lointains tout autant que pendant la dictature de Salazar. On ne brûle plus les sorcières certes, mais elles sont toujours l’objet d’une vindicte populaire ainsi qu’elle se manifeste ici, dans le film, lors de la lapidation des personnes qui participent à la procession d’enterrement du corps de la grand-mère qui a accusé la voisine naine de lui avoir jeté un sort alors que celle-ci lui reprochait d’avoir couché avec son mari. Les sorciers existent bien sûr aussi au Portugal, mais  Cristèle Alves Meira avoue volontiers avoir voulu se pencher sur le phénomène qui touche en majorité les femmes qui y trouvent sans doute matière à exercer une sorte de pouvoir sur les autres que la société leur refuse. Magnifiquement éclairé et photographié par Rui Poças, le film s’inscrit profondément dans les mémoires en raison même de l’interprétation magistrale des acteurs professionnels ou non qui donnent vie à ces personnages, avec bien sûr mention particulière à la petite Lua Michel qui interprète Salomé, et bien sûr tous les autres, femmes et hommes de cette partition sublime qui donne une âme au Portugal, à ses croyances et ses allers retours vers la France présente elle aussi en filigrane et par la parole tout au long du film. 

Titre original : Alma Viva

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Durée : 85 mn


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