Adrienn Pál

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Recherche Adrienn désespérément.

Piroska, infirmière obèse et amorphe, mange et descend des cadavres. Pas très engageant comme état civil. C’est pourtant ainsi que la hongroise Agnès Kocsis introduit l’« héroïne » de son second long métrage, remarqué à Un Certain Regard à Cannes en 2010 : sans beaucoup d’ambages, frontalement à l’image de l’affiche du film. On comprendra qu’elle est mariée, qu’elle a des amis… Mais Piroska paraît seule, indifférente et étrangère à la vie. Si elle est de quasiment tous les plans, elle reste à distance, souvent cadrée en plan moyen ou américain. Au propre comme au figuré, on ne peut l’approcher. Sans qu’on – le spectateur comme ses proches – comprenne réellement pourquoi, Piroska se met en tête de retrouver une amie d’enfance, l’Adrienn qui donne son nom au film, pas vue depuis vingt ans.

Si son indifférence peut sembler de l’insensibilité tour à tour glaçante (quand elle annonce brutalement le décès d’un patient à ses proches) ou comique (dans ses rapports avec une jeune interne un peu frêle), c’est en filigrane une sorte de phobie sociale, peut-être pas si éloignée d’une forme d’autisme, qui se devine avec une vraie peur du contact humain. Tel un virus, l’état de Piroska se transmet à tout le film : minimaliste dans les décors et dans la mise en scène, clinique et quasi autistique comme rejetant toute empathie, toute possibilité de l’aimer tant il est sec et distant. Comme Piroska, c’est dans sa lenteur – 136 minutes, peut-être nécessaires mais parfois un peu poussives – qu’il se révèle dans une complaisance parfois dommageable dans son observation du personnage (Piroska sur les chiottes, Piroska, assise devant le frigo s’empiffrant à même la poêle…) ou dans des effets de décrochement un peu trop facilement calculés (les scènes d’ascenseur).

 

De la lenteur et du statisme du début, on voit alors le personnage et le film entrer dans l’action, se détacher de leur passivité coutumière. Passant de témoins potentiels en connaissances, d’anciens amis à de parfaits inconnus pour recueillir de maigres renseignements sur Adrienn, à sa manière Piroska reprend vie. Les séquences se redoublent et s’inversent. La danse une première fois refusée est acceptée lors d’une nouvelle occasion, l’agressivité passive se meut en prévenance touchante… Le film lui-même s’éveille. De fixes, les plans s’animent et la caméra se met à tourner autour du personnage comme pour l’étreindre. La recherche d’Adrienn n’est finalement pour elle que le moyen trouvé pour renouer avec le monde. Alors même qu’elle se déleste de son passé – voire d’une bonne partie de son présent – Piroska peut tisser des liens, rétablir le contact. Le film est alors moins dans le but (l’impossible Adrienn n’est peut-être que MacGuffin) que dans la quête. Le Charon des temps modernes qui accompagne les cadavres dans son Styx-ascenseur peut revenir à la vie. Adrienn Pál est alors l’histoire d’une véritable résurrection.
 

Titre original : Pál Adrienn

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Durée : 136 mn


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