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1 journée

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Jacob Berger propose de découvrir 1 Journée au travers de trois regards. Trois membres d’une même famille emportés, malgré eux, dans le tourbillon de 24h décisives pour leur avenir commun. Le planning est chargé, mais on ne se perd pas pour autant dans le dédale des sentiments. Dommage, on aurait aimé être confronté à plus de densité !

1 Journée dans la vie d’une famille en Suisse. Celle où ils faillirent se perdre. Trois temps, trois journées différentes pour Serge, Pietra, son épouse, et leur fils de huit ans, Vlad. Le départ de Serge, journaliste vedette de la matinale de la station de radio locale, réveille toute la famille. Lui file vers sa radio après un détour par chez sa maîtresse, Mathilde, et provoque un accident de la route. Il s’arrête pour chercher une victime qu’il n’a pas envie de retrouver. Puis, il repart. Pietra, après avoir déposé leur fils à l’école, prend le bus pour se rendre au musée qui l’emploie. Elle trouve portes closes pour cause de présence de chien enragé dans les locaux. Une autre surprise l’attend chez elle : son mari la trompe. A l’école, Vlad attend de faire sa grande déclaration à celle qu’il aime d’amour.

Pour chacun des protagonistes du film de Jacob Berger, cette journée pluvieuse est une révélation. Hanté par l’accident qu’il a provoqué dans la matinée, Serge réalise peu à peu que sa vie est un tissu de mensonges. Son infidélité en est la preuve. Qui blâmer pour cette inconstance ? La tristesse de sa compagne justifie-t-elle tous ses égarements ? Il est bien vrai qu’à côté de la sublime et sensuelle Mathilde, incarnée par Noémie Kocher (également co-scénariste), Pietra, alias Natacha Régnier, parfaite dans un registre qu’elle connaît bien (cf. sa filmographie), ne fait pas le poids. Pietra est une âme en peine qui se traîne et traîne sa vie, semble-t-il, comme un boulet. Même son fils, qui se barbouille de fromage blanc au petit déjeuner, n’arrive pas à la dérider. Pietra ne saurait produire de la joie. Au mieux, elle est capable de l’absorber ou d’en donner un peu à plus malheureux qu’elle. En découvrant la trahison de son compagnon, elle tente d’échapper à cette coquille qui vient de se craqueler. Vlad, quant à lui, est une âme d’adulte dans un corps d’enfant. Son innocence n’a d’égal que la certitude que son nouvel amour sera partagé. L’expérience de la première déconvenue n’est pas loin.

A la différence d’autres films conçus autour de cette narration qui fait la part belle aux itinéraires croisés, Jacob Berger a pris l’option d’une unité de lieu qui trouve sa cohérence dans les liens familiaux des personnages. Appliqué, il déroule, tour à tour, le point de vue de chacun d’eux. La triple détresse de Serge, de Pietra ou de Vlad est palpable. Mais au-delà des faits, Jacob Berger ne leur offre ni densité ni profondeur. A l’exception peut-être du personnage de Mathilde, le choc exogène, l’alibi des trois autres, que le cinéaste prend le temps de décortiquer. Après Aime ton père (2002), où il réunissait Gérard et Guillaume Depardieu, Jacob Berger, fils du scénariste John Berger, renoue avec le thème de la famille. S’il en évoque encore une fois les imperfections, du moins celles de ses membres, il en fait néanmoins la clé de voûte de ces trois destins. L’abri sous lequel ils trouvent refuge, quand se déversent sur eux métaphoriquement les trombes d’eau du générique d’ouverture d’1 Journée.

Dans la première partie du long métrage, le souci de l’esthétique est perceptible et d’autant plus maladroit que les allusions manquent de subtilité. Néanmoins, au fur et à mesure, à l’instar de Pietra dont les fondations s’affaissent, Berger se lâche pour laisser pleinement vivre l’histoire et ses acteurs. Le récit prend alors un peu plus de chair. L’émotion, quoique ténue, s’installe… dans la scène finale. L’adage ne dit-il pas que le meilleur vient à ceux qui savent attendre.

Titre original : 1 journée

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Durée : 95 mn


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