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Week-end à Zuydcoote (Henri Verneuil, 1964)

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Adapté de Robert Merle, Week end à Zuydcoote retrace deux journées de la vie d´un soldat durant la bataille de Dunkerque, au plus fort de la débâcle de mai/juin 1940. Un grand film existentialiste, injustement oublié.

Drôle de huis-clos que cette langue de plage, ces dunes et cette coquette petite station balnéaire où erre à la longue notre héros. Drôle de frontière que la Manche qui empêche la retraite vers l’Angleterre et expose les troupes alliées en pleine débâcle aux harcèlements allemands. Drôle de guerre, enfin, qui s’achève ici et annonce l’Occupation et les occupés.
 

Sur fond de dévastation et de terreur, le sergent Julien Maillat (un Belmondo gouailleur en diable, dans un rôle synthéthisant Pierrot et Poiccard) s’acharne à survivre, entre la violence du sentiment amoureux que lui inspire une irréductible jeune fille refusant la fuite, et la camaraderie salvatrice qui le lie à ses copains, l’optimiste Alexandre et le stoïque Pierson.

Pour évoquer son sujet, Henri Verneuil fait le choix du Scope, des explosions impressionnantes et des milliers de figurants. Le résultat, quarante ans plus tard, est d’une poésie et d’une démesure toujours aussi bluffantes. Chaque plan est composé comme un tableau dont les arrière-plans sont particulièrement soignés, qu’il s’agisse des scènes de bataille (la séquence de l’embarquement est un véritable morceau de bravoure) ou des scènes plus intimes, familières mais soutenues par des dialogues qui font mouche.
 

Bien qu’elle ne soit pas toujours très cohérente, la construction narrative du film, en spirale, est le cadre parfait pour le parcours initiatique de Maillat, quête inévitable mais sans objet, si ce n’est de découvrir une raison d’être au milieu du chaos. Le désoeuvrement des soldats, la peur des obus et des bombardements des stukas, la brutalité de la guerre mèneront notre héros à réaliser  l’absurdité de la condition humaine. Cette prise de conscience inscrit Week-end à Zuydcoote dans la droite ligne de l’oeuvre de Camus – et plus généralement de la littérature humaniste de l’après-guerre (le roman de Robert Merle paraît en 1949) – mais est également à replacer dans le contexte de 1964 (date de la sortie en salles), et des prémices des grands mouvements contestataires.
 

S’il y a du Meursault dans Julien Maillat, il y a aussi du Bardamu, grâce aux répliques incisives du scénario de Robert Merle et François Royer. Comme l’antihéros de Céline, Maillat est pour le spectateur un prisme à travers lequel l’humanité à l’épreuve est révélée. La leçon de Voyage au bout de la nuit est retenue : « La vérité de ce monde c’est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir ». Ainsi, si certains font preuve de courage, nombreux sont les lâches, et le portrait des indifférents, des calculateurs, des profiteurs (personnifiés par Derhy, personnage malgré tout pas si condamnable), des violeurs préfigure les heures amères de la collaboration à venir.

Titre original : Week-end à Zuydcoote

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Durée : 120 mn


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