Un jour

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Un an après le très subtil « Une éducation », le nouveau film de Lone Scherfig déçoit un peu… sauf à l’interroger en deçà de son enjeu supposé.

Succédant à une bien charmante Education (2010), le nouveau film de la Danoise Lone Scherfig est une petite déception. Moins en raison d’un franc ratage que d’une monotonie ambiante empêchant ce pourtant beau récit d’un amour différé de vingt ans de s’incarner vraiment, trouver son lieu. Emma et Dexter, étudiants anglais en 1988, passent une nuit ensemble suite à l’obtention de leur diplôme… mais, comprendrons-nous très vite, ne se sont pas permis de franchir le cap, préférant cultiver leur affinité sur le long terme, dans un cadre purement amical. Détail qui n’en est pas un : cette amitié a pris effet le 15 juillet de cette année, date de la Saint Swithin, obéissant en Angleterre à une croyance selon laquelle de la pluie en ce jour serait annonciatrice de pareil sort pour les quarante suivants, et inversement en cas de beau temps. La structure entière d’Un jour, adaptation du best-seller de David Nicholls, également auteur du scénario, reposera alors sur le suivi de l’évolution de cette relation sur une vingtaine d’années, mais à la seule lumière de cette date.

Le principal problème du film est de ne finalement savoir que faire de son concept, sinon trouver tel ou tel moyen de laisser entendre que le temps passe en effet (et avec lui les tubes de chaque époque, la Tracy Chapman de 88 cédant la place au François Feldman de 92, qui aura lui-même pour successeur le Robbie Williams de 2000…), mais surtout que l’une et l’autre ont beau tout faire pour ne surtout pas s’aimer (s’imposer des « règles » d’amitié, fréquenter d’autres filles ou garçons, se marier et avoir un enfant avec un(e) autre), quelque chose doit un jour, ce jour être réglé. Manque une cruauté dans cette chronologie, une injustice durablement palpable dans les engagements de cet homme et cette femme parfaitement conscients de passer à côté de leurs sentiments, ne pouvant donner davantage à leurs compagnons du moment que leur relative disponibilité. Les parents, les amours, les enfants accompagnant Dex et Em sur ces vingt ans n’apparaissent au départ que comme des substituts, les spectateurs privilégiés d’une histoire les regardant à peine.

Avant que le film semble trouver son sens réel à la faveur d’un twist scénaristique, un quart d’heure avant la fin, donnant enfin à mesurer la singularité de cette histoire. Peut-être les liens tissés avec d’autres avaient-ils un peu plus de force que prévu, que l’enjeu pour ces deux vies était moins de s’unir, créer quelque chose ensemble, que de mesurer ce qu’ils ont malgré tout su créer l’un sans l’autre. Qu’importe au fond ce prétexte mal exploité du 15 juillet, la vraie expérience se situe dans ce qui excède ce cadre comme n’importe quel autre (celui du couple, du mariage, de la fidélité, de la comédie sentimentale…) : l’expérience partagée d’une douleur d’hommes, le regard compréhensif d’une enfant maintenant grandie, le fairplay d’un ancien rival amoureux. Un jour vaut donc in fine de garder une certaine conscience des autres jours.

Titre original : One Day

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Durée : 112 mn


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