Ulzhan

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Sur les plaines arides d’Asie Centrale, un homme cherche à fuir son passé. Engagé et réflexif.

Avec Ulzhan, Volker Schlöndorff nous projette de nouveau dans un univers bien à lui. Celui d’un cinéma de la contemplation et de la condition d’un personnage qui évolue dans un environnement incontrôlable. Incontrôlable : le mot est fort mais convient parfaitement, car la nature prédomine, ici, sur l’énergie vaine de l’être humain. L’introduction peut rappeler la mutation solitaire du "Passenger" (interprété par Jack Nicholson) dans Profession reporter (1975), notamment par le refus des contacts humains et l’errance dans le désert. La conclusion du film de Schlöndorff introduit quant à elle une dimension mystique dans le récit, avec cet amour de la femme pour l’homme, rendu ambigu car on peut croire que la femme ne souhaite que récupérer son cheval.

Ce film commence comme un Antonioni et se termine comme un Truffaut. Le personnage de Philippe Torreton est triste et même un peu cruel. Il cherche quelque chose que nous, spectateurs, ne pouvons deviner. Dès le début, silencieux et mélancolique, il en veut aux gens qui s’amusent et profitent des biens futiles à ses yeux. Il abandonne alors son identité de citoyen occidental pour faire corps avec la Nature. Mais cette quête s’avère très difficile. Impossible pour le héros de trouver la solitude ultime qu’il espérait recouvrer dans les grandes steppes d’Asie centrale. D’abord, il y a le vendeur de mots interprété par David Bennent, lequel n’est ni plus ni moins que l’enfant du film Le tambour (1979) ; puis Ulhzan, la jeune femme à qui il achète un vieux cheval blanc, pour que celui-ci devienne son compagnon de peine.

Les paysages sont construits de manière à faire évoluer la situation de Charles, le protagoniste. Ils permettent de rappeler ce qu’était le Kazakhstan au temps de L’URSS, avec des goulags, des Kolkhozes et cette zone d’essais nucléaires désaffectée. Bien entendu, le point de vue du réalisateur transparaît fortement : avec ce naturalisme obsolète, la réflexion sur l’histoire de l’arrogance des hommes, c’est-à-dire l’Histoire avec un grand H, disparaît face à une nature surpuissante, et le naturalisme est ainsi dévoré lui-même par une force qu’il n’a pu contenir.
Apparaît alors cette représentation de l’Asie centrale contemporaine, soit un paysage dénaturé par les derricks de pétrole et troublé par l’apparition de villes champignons aux architectures High-tech. Dans l’image cinématographique moderne, à la suite de films tel que Le désert rouge de Michelangelo Antonioni, Stalker d’Andreï Tarkovski ou de La Jetée de Chris Marker, les bâtiments désaffectés et ruinés font office de figures récurrentes. En leur milieu, il y a les hommes. Dans ULZHAN, il n’y a qu’un homme: Philippe Torreton. Et celui-ci, impassible, cherche la mort. Mais, comme dit Volker Schlöndorff, « ce n’est pas la mort qu’il trouve, mais la vie ». Il la trouve dans ces gigantesques carcasses du passé soviétique, dans la nature brute de l’Asie, dans l’amitié qu’il noue avec le vendeur de mots et finalement dans Ulhzan elle-même, sorte de femme idéale, protectrice et amoureuse.

ULZAHN est un film très intéressant, moderne parmi les modernes. La dramaturgie du scénario épique, sans paradigme, nous amène ainsi dans divers lieux et rêves, donnant au film une teinte fantastique. On peut trouver cela quelque peu inadéquat, aux vues du contexte du récit, mais l’ambiance globale, celle du voyage, de la quête, reste immuable.
 

Titre original : Ulzhan

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Durée : 105 mn


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