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Tommaso

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Un vingt-quatrième film pour mettre en scène la dure vie d’un ex toxico repenti dans les rues de la Ville éternelle.

Pour la présence de Willem Dafoe

Pour son vingt-quatrième long métrage, le sulfureux réalisateur américain installé depuis quelques années à Rome semble nous livrer ici un film quasiment autobiographique en se servant du modèle du grand comédien américain, Willem Dafoe. Celui-ci, tout comme le réalisateur, est installé maintenant à Rome et ils sont presque voisins. Cette collaboration, la cinquième avec Abel Ferrara, en attendant la sixième avec la sortie en 2020 de Siberia, donne un film intéressant, aussi puissant que leur travail autour de la figure de Pasolini en 2014. Même si Willem Dafoe se défend dans le dossier de presse d’avoir eu à interpréter une sorte de clone d’Abel Ferrara, la comparaison est cependant troublante. « Dans le film, il y a autant d’éléments autobiographiques que de choses que j’ai inventées, déclare t-il. Abel se nourrit de tout ce qui l’entoure. Comme je suis son voisin et son ami, je baigne dans son univers. Nos vies se recoupent à plusieurs endroits. Nous avons adopté le même style de langage dans certaines situations par exemple. Lorsque je me lance dans Tommaso, avec la femme et la fille d’Abel, avec les gens du coin, je suis en terrain connu. »

 

 

Film troublant et dense sur les mystères de l’amour

On se trouve alors devant un film troublant puisque le spectateur a l’impression, du coup, d’entrer presque par effraction dans la vie du cinéaste, ou celle de l’acteur, ou des deux, un peu à la manière de la gêne ressentie par les premiers spectateurs de Juliette des Esprits de Federico Fellini (1965) ou de Qui a peur de Virginia Woolf de Mike Nichols (1966). On se trouve exactement dans ce qu’on pourrait appeler une autobiographie inventée, entre réel et imaginaire, d’autant qu’ici, Abel Ferrara fait tourner sa propre famille, revient sur son installation à Rome, et surtout sur ses problèmes d’addiction à la drogue, sa désintoxication et sa jalousie maladive.

Sans aller jusqu’à parler de chef d’oeuvre, Tommaso marquera sans doute durablement la carrière d’Abel Ferrara justement parce qu’il joue, comme à l’accoutumée, mais peut-être encore plus qu’avant, sur la fiction et le réel allant même jusqu’à filmer à l’arrache comme le faisaient les réalisateurs de la Nouvelle Vague, notamment dans la scène du clochard qui braille sous les fenêtres de Tommaso, mais surtout dans la scène finale de la crucifixion devant la gare de Termini à Rome, qu’on vous laisse découvrir mais que Willem Dafoe résume parfaitement dans le même entretien : « On a débarqué sans prévenir et on a tourné la scène. Ca a dû leur paraître bizarre, mais tout le monde s’est mis à regarder. Et à ce moment-là, tu te dis que tu n’es pas loin d’une vraie crucifixion. Cela aurait été impossible d’obtenir cette attention et cette confusion d’une autre manière. C’est comme une humiliation publique. C’était une tension très troublante. »

 

 

Le martyre de la drogue

Pour rester en fait dans les années soixante qui y sont évoquées mais jamais montrées puisque le film presque intemporel se déroule quand même de nos jours, il faut bien sûr revenir au mouvement Summer of love qui résume bien cette fausse sensation de liberté et d’hédonisme qui a conduit pas mal de jeunes, et pas seulement américains, sur les chemins de la drogue dure et destructrice. C’est un peu sur ces années-là, cette défonce qui a presque tout ruiné, que revient Abel Ferrara dans ce film qui raconte un peu sa vie d’ex-junkie génial, mais toujours hanté par les fantômes du passé, de la jalousie et de la colère créatrice. « Une personne normale, si elle a un problème, elle le résout, déclare à son tour Abel Ferrara dans le même dossier de presse. Ou au moins, elle essaie. Mais quand on est accro, on n’en a rien à foutre des problèmes des autres. Et surtout, tout ce qu’on fait est illégal. Vous achetez, vous consommez, vous encouragez tous ces putains de Colombiens qui tuent des gens, toutes les familles mexicaines qui se font tuer, tous ces connards… Si vous achetez de la drogue, vous êtes du côté des bad guys. » Son film est presque à l’image de ses propos, un réquisitoire contre les paradis artificiels qui vous font vivre un enfer jusqu’à votre crucifixion réelle ou symbolique.

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Durée : 118 mn


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