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The Party (Blake Edwards, 1968)

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Modèle de comédie aux ressources inépuisables, « The Party » ressort en salles.

Fâchons-nous d’emblée : comédie culte pour des générations de fans, The Party pêche aujourd’hui par tout le bestiaire pop qui l’inscrivait alors dans son époque. En 1968, les titres du générique coloré, l’éléphant recouvert de slogans flower power et le final vaguement hippie rehaussent la farce de Blake Edwards d’une pointe d’actualité acidulée. Aujourd’hui, il ne reste de ces moments qu’un goût de kitsch que l’on jugera plus facilement ringard que rafraîchissant. Outre le génie de Peter Sellers, The Party demeure malgré tout indispensable précisément parce qu’il navigue moins dans la comédie pop-psychédélique datée que dans le registre du burlesque, quelque part entre Jacques Tati et Buster Keaton.

À l’époque obsédé par l’idée de réaliser un film muet, Blake Edwards parvient à convaincre Peter Sellers, acteur avec qui il entretient une relation volcanique depuis les deux premiers volets de la série Panthère Rose (La Panthère rose, 1963 ; Le Retour de la panthère rose, 1975 ; Quand la panthère rose s’emmêle, 1976), de repasser devant sa caméra à partir d’un scénario ultra-mince : 63 pages (certains parlèrent même d’une quarantaine). L’intrigue y est réduite à sa plus simple expression. Hrundi V. Bakshi, acteur hindou raté, est invité par erreur à la réception du producteur hollywoodien dont il a fait sauter le décor sur le tournage du remake de Gunga Din (George Stevens, 1939). Blake Edwards tient à se servir de ce script minimaliste comme d’un plan à partir duquel les comédiens devront construire leurs gags. Soucieux de laisser toute latitude à l’improvisation sans aller jusqu’à perdre le contrôle de la réalisation, il inaugure alors ce qui est depuis devenu la norme sur presque chaque tournage : l’assistance vidéo. Soit la retransmission sur un moniteur de ce que filme l’opérateur sur pellicule grâce à une caméra vidéo de télévision. Lorsqu’au premier jour de tournage, Peter Sellers découvre le procédé, il en profite pour affiner son jeu avec une méticulosité maniaque, demandant à refaire les prises après les avoir visionnées à répétition. De son côté, plutôt que de collectionner une avalanche de gags hystériques, Edwards tourne en plan-séquence, prend le temps d’élaborer au jour le jour des situations absurdes et étire les gags sur plusieurs scènes jusqu’à en épuiser les ressorts comiques – voir l’improbable voyage du caviar débuté par une poignée de mains un peu trop virile.

 

 
 
De tous les plans, Sellers assume le fil directeur, en gaffeur désarmant de sincérité et de naïveté. Affable et courtois, l’hindou est un véhicule imparable pour l’acteur, dont le génie constitue moins à se moquer de son personnage qu’à le rendre à la fois digne et attachant. Entouré d’une palette d’acteurs visiblement inspirée par l’ambiance créative du tournage (au premier rang desquels l’énorme Steven Franken qui compose un serveur bourré inimitable), il dynamite une soirée hollywoodienne étriquée. Loin du glamour que l’on prête d’habitude à ce genre d’évènement, Edwards dévoile une micro-société baignant dans la satisfaction égocentrique des nouveaux riches. La maison de producteur qui sert de décor principal est un catalogue de mauvais goût qui aurait à l’époque pu passer pour de l’avant-garde. Piscine intérieure et extérieure, bar pivotant, portes battantes, console électronique : chaque élément est utilisé par Sellers et Edwards comme une source de gags jusqu’au final en apothéose qui voit la destruction du décor sous un tsunami de mousse de savon et la sortie de Hrundi V. Bakshi en héros de la soirée.

Souvent considéré comme le meilleur film de Blake Edwards, il est aussi le modèle avoué de plusieurs comiques : Michael Palin des Monty Python, Mike Myers et son Austin Powers, les frères Farrelly. Paradoxalement, les puristes de Peter Sellers auront tendance à lui préférer des films autrement plus distingués, à commencer par Dr Folamour (Stanley Kubrick, 1964). Ce serait oublier un peu vite que The Party a marqué une date de la comédie populaire, avec son rythme posé et ses gags improvisés passés à la postérité (le Birdie Num Num, une scène de débordement dans les toilettes maintes fois copiée). Absent des écrans depuis 1993, Blake Edwards ne parviendra plus à se hisser à la hauteur de ce film, à la fois machine comique millimétrée et achèvement stylistique.

Titre original : The Party

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Durée : 99 mn


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