Switch

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Frédéric Schoendoerffer et Jean-Christophe Grangé, généralement abonnés aux bons thrillers français, ne parviennent pas à surprendre avec Switch, petit film paresseux.

En tant que réalisateur, Frédéric Schoendoerffer a signé Scènes de crimes, Agents secrets… En tant qu’écrivain de thrillers à succès, Jean Christophe Grangé est l’auteur des Rivières pourpres et de L’Empire des loups. Deux noms reconnus du thriller français au service de Switch, plutôt bon signe, non ? Courses-poursuites, flic un peu bourru, enquête, réalisation enlevée… si les éléments du bon thriller sont effectivement réunis, Switch ne fait malheureusement que tirer de grosses ficelles et enchaîner les mauvais choix.

L’histoire, d’abord : Sophie Malaterre, 25 ans, illustratrice de mode à Québec, sans travail, sans amoureux voit arriver l’été avec angoisse lorsqu’une amie lui conseille d’échanger sa maison sur le site Switch.com. Quelques clics plus tard, la voilà partie pour un duplex dans le 7e arrondissement de Paris. Elle passe une première journée idyllique, mais le lendemain matin, la Police la réveille : il y a un corps décapité dans la chambre d’à côté ! Toutes les traces de la réelle identité de Sophie ayant été effacées, la jeune femme n’a plus aucun moyen de prouver qu’elle n’est pas Bénédicte Serteaux, la propriétaire des lieux.

Le personnage de Sophie, interprété par une Karin Vanasse, manque de crédibilité. En effet, en l’espace d’une journée, elle passe de gentille et jolie dessinatrice de mode à fugitive au courant de toutes les techniques pour survivre en cavale. Frédéric Schoendoerffer explique qu’il a voulu la transformer en « guerrière ». Pourquoi pas, si l’on passe le côté hystérique : elle crie, elle court, prend en otage un dentiste, menace avec son arme… On n’y croit pas une seule seconde.

Sans compter sur le choix d’un « méchant » pas plus convaincant, dont l’inanité se répercute sur l’intrigue en la simplifiant dangereusement. Dans un thriller, un « bon » méchant doit au moins faire ressentir un malaise face à ses actes. Mais surtout, le scénariste et le réalisateur doivent laisser le temps de le démasquer, voire le comprendre. Si l’on se creuse un peu les méninges durant le premier tiers de Switch, force est de reconnaître que l’intrigue devient très tôt ultra prévisible, trop attendue. À peine le film pose-t-il les questions que les réponses nous sont servies sur un plateau.

Quelques éléments sont quand même à sauver : Éric Cantona, notamment, parfait en commandant de la Crime venu de sa province. Peu loquace, il donne à son personnage un ton un peu bourru d’ours mal léché, esquivant heureusement toujours le cliché. Le changement de rythme dans la réalisation est également très réussi. Schoendoerffer filme la première partie de son intrigue comme une comédie romantique, par le biais d’un montage posé, de jolies couleurs… Au moment où Sophie se transforme en fugitive, décide de prendre la situation en main, le tempo s’accélère soudain, entre courses-poursuites, scènes de bagarre et recherche du véritable tueur. La mise en scène devient alors extrêmement nerveuse, parvenant à garder en haleine, malgré sa facture plutôt classique.

Au final, Switch passe donc à côté de son potentiel, restant certes un divertissement agréable. L’intrigue aurait sans doute gagné à plus de complexité, le personnage du méchant à davantage d’opacité, la victime à être plus réaliste, moins hystérique. Schoendoerffer et Grangé auraient alors réussi à surprendre et livrer un peu mieux que ce téléfilm haut de gamme franchement paresseux.

Titre original : Switch

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Durée : 100 mn


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